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Climats du monde

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#84. Harbin.

est la plus grande ville de la province (5.3 millions d'habitants intra-muros), elle est située dans une vaste plaine sans relief notable. La station est en milieu urbain (zone industrielle) à environ 9-10 kms à l'ESE du centre-ville. Malgré l'urbanisation elle bénéficie d'un bon dégagement... on va donc y ressentir l'ilot de chaleur urbain mais sans surchauffe particulière due à un mauvais emplacement:

50953_map2.jpg

Nous sommes exactement à la même latitude que chez moi à Lyon... cela permet d’apprécier tout de suite la grande continentalité de cette endroit où janvier est 20°c plus froid et juillet 2°c plus chaud que chez moi. Lyon est considérée comme "continentale" par la plupart des Français, mais on voit bien qu'il y a de quoi relativiser !

Le caractère continental est renforcé par la dynamique de mousson à l’œuvre jusqu'à dans cette partie de l'Asie: la prédominance de l'anticyclone Sibérien et d'un flux de nord en hiver renforce le caractère sec de cette saison, tandis que le renversement du flux dominant en été donne un caractère subtropical aux mois de juillet et aout, avec une hygrométrie marquée.

Les 90centiles de tx nous montrent que le pic de chaleur intervient souvent en juin, comme déjà vu à /topic/67917-climats-du-monde/page__view__findpost__p__1569829'>Pékin. En fait les chaleurs de juin sont marquées par de fortes tx et une faible humidité, alors qu'en juillet/aout les fortes chaleurs se ressentent au niveau des tn et td élevés.

L’évolution de l'hygrométrie tout au long de l'année est typiquement continentale, avec un net minimum de printemps et 2 maximums en été et en hiver.

Merci m'sieur pour cette belle étude. smile.png

Je voudrais tout de même apporter un petit commentaire s'agissant de l'urbanisation : je pense au contraire que l'expansion de la zone urbaine doit jouer un rôle très important sur l'évolution des températures, et notamment sur les Tn. Car pour que l'effet urbain augmente, il ne suffit pas que la station soit entourée ou non de surfaces bétonnées ou artificielles. Non, en fait, et on l'oublie souvent, l'ICU (îlot de chaleur urbain) est particulièrement corrélé à la superficie totale de la zone urbaine considérée. Or, très souvent, celle-ci est corrélée à la population de l'agglomération. Et à Harbin, la population a rapidement augmenté au cours des dernières années et des dernières décennies (+13% entre 2000 et 2010 !). Il va donc de soi que la superficie urbaine de l'agglomération de Harbin a très probablement fortement augmenté en superficie au cours des dernières décennies. Par conséquent, il est quasiment certain que cela ait eu un impact sur les Tm au niveau de la station, et surtout au niveau des Tnm.

D'ailleurs, lorsqu'on compare les données 1961-90, 19971-00, et 2000-2013, on s'aperçoit que si les Tx ont relativement peu augmenté, les Tn se sont, elles, réchauffées de plus de 2°c sur tous les mois (et que l'écart le plus grand est, de loin, celui entre 1971-2000 et 2000-2013) ! C'est énorme, beaucoup trop pour correspondre au "simple" réchauffement climatique.

Par exemple, imaginons au contraire une station parfaitement dégagée, avec de la verdure tout autour dans un rayon de 1 km, mais imaginons que cet espace de verdure soit situé en plein milieu d'une agglomération urbaine étendue, eh bien il serait impossible de ne pas considérer une telle station comme étant urbaine. En fait, il s'agirait d'une station parfaitement représentative (puisque parfaitement dans les normes préconisées par l'OMM) du climat urbain de la zone considérée.

Sinon, tu as parfaitement raison de pointer le fait que cette ville est sans doute l'une des plus continentales qui soient, tenant compte de la latitude. En effet, à Harbin, l'indice de continentalité atteint 0.80 (celui de Lyon atteignant 0.36) !

Et effectivement, à Harbin, la mousson est asiatique vient encore quelque peu accroître les précipitations estivales. Mais on est ici pas loin de la limite nord-ouest de ces flux chauds et moites en provenance du Pacifique.

Ihe = 43 (étés bien humides)

IhA = 82 => végétation associée à un climat humide.

Les étés étant bien chauds, il ne peut pas y avoir présence de forêt boréale, malgré les hivers glacials.

Le biome est donc la forêt tempérée caducifoliée continentale.

Le climat global est frais, à cause d'une Tm annuelle < 8°C (décision personnelle, largement sujette à controverse si le cœur vous en dit ! biggrin.png )

Je nommerais le climat : hypercontinental frais à influence de mousson.

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Très beau climat que celui de Khabarovsk... Ça ressemble à celui du Québec, à la même latitude, mais avec des hivers plus froids (et moins neigeux, je pense), et des étés un peu plus chauds. J'apprécie particulièrement la belle remontée des T entre mars et mai (et inversement entre septembre et novembre), encore plus marquée qu'ici.

Pour moi, c'est pas loin d'être le climat idéal (ça manque de neige default_biggrin.png/emoticons/biggrin@2x.png 2x" width="20" height="20">).

Merci. default_wink.png/emoticons/wink@2x.png 2x" width="20" height="20">

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Très beau climat que celui de Khabarovsk... Ça ressemble à celui du Québec, à la même latitude, mais avec des hivers plus froids (et moins neigeux, je pense), et des étés un peu plus chauds. J'apprécie particulièrement la belle remontée des T entre mars et mai (et inversement entre septembre et novembre), encore plus marquée qu'ici.

Pour moi, c'est pas loin d'être le climat idéal (ça manque de neige biggrin.png).

Merci. wink.png

Oui, ça c'est le point de vue du passionné de meteo, dans le douillet confort de la civilisation industrielle, énergivore à gogo... Il ne faut pas oublier que ce sont des climats très durs et traditionnellement très défavorables à l'activité humaine. Des régions qui étaient, du fait de l'hostilité du milieu, peu habitées avant l'avènement de cette dite civilisation.

Sinon, pour revenir aux climats de Haerbin et Khabarovsk, c'est respectivement Dca et Dcb pour Trewartha.

Les classifications ne les distingue pas mais il me semble que ce sont des climats assez différents de ce qu nous avons vu pour des stations situées plus au sud et plus maritimes comme Séoul, Vladivostok ou Tokyo

Outre l'hiver, glacial dans ces régions et je pense que entre le -2,6 de Tm de janvier à Séoul et le -20,6 de Khabarovsk le fossé est énorme, ce qui est remarquable pour Haerbin et Khabarovsk ce sont les valeurs de l'ensoleillement annuel, très élevées. Comme plus au sud l'ensoleillement hivernal est excellent et, contrairement à ce qui se passe plus au sud, l'ensoleillement estival est tout fait correct.

Les rythmes saisonniers de l'humidité et des précipitations n'est par contre guère changé par rapport à ce qu l'on trouve ailleurs en façade orientale de l'Asie.

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on va donc y ressentir l'ilot de chaleur urbain mais sans surchauffe particulière due à un mauvais emplacement

Je voudrais tout de même apporter un petit commentaire s'agissant de l'urbanisation : je pense au contraire que l'expansion de la zone urbaine doit jouer un rôle très important sur l'évolution des températures, et notamment sur les Tn. Car pour que l'effet urbain augmente, il ne suffit pas que la station soit entourée ou non de surfaces bétonnées ou artificielles. Non, en fait, et on l'oublie souvent, l'ICU (îlot de chaleur urbain) est particulièrement corrélé à la superficie totale de la zone urbaine considérée. Or, très souvent, celle-ci est corrélée à la population de l'agglomération. Et à Harbin, la population a rapidement augmenté au cours des dernières années et des dernières décennies (+13% entre 2000 et 2010 !). Il va donc de soi que la superficie urbaine de l'agglomération de Harbin a très probablement fortement augmenté en superficie au cours des dernières décennies. Par conséquent, il est quasiment certain que cela ait eu un impact sur les Tm au niveau de la station, et surtout au niveau des Tnm.

D'ailleurs, lorsqu'on compare les données 1961-90, 19971-00, et 2000-2013, on s'aperçoit que si les Tx ont relativement peu augmenté, les Tn se sont, elles, réchauffées de plus de 2°c sur tous les mois (et que l'écart le plus grand est, de loin, celui entre 1971-2000 et 2000-2013) ! C'est énorme, beaucoup trop pour correspondre au "simple" réchauffement climatique.

Par exemple, imaginons au contraire une station parfaitement dégagée, avec de la verdure tout autour dans un rayon de 1 km, mais imaginons que cet espace de verdure soit situé en plein milieu d'une agglomération urbaine étendue, eh bien il serait impossible de ne pas considérer une telle station comme étant urbaine. En fait, il s'agirait d'une station parfaitement représentative (puisque parfaitement dans les normes préconisées par l'OMM) du climat urbain de la zone considérée.

Tu m'as mal compris: j'ai dit que la station de Harbin est dans l'ICU de cette ville, c'est indéniable vu la taille de celle ci. Ce que j'ai voulu par "sans surchauffe particulière" c'est que cette station est implantée malgré tout dans un espace suffisamment dégagé (quasiment 2 hectares de champ, sans arbres) pour ne pas en plus être pénalisée par un cloisonnement. Souvent les stations urbaines sont pénalisées par le manque de place et se retrouvent au milieu d'immeubles dans un carré de verdure de seulement 20 ou 30m de coté... y'a qu'à voir les stations japonaises (Sapporo, Tokyo, Naha...), ou même Paris Montsouris qui est entourée d'arbres.

Les 3 dernières stations passées en revue (Séoul, Harbin, Khabarovsk) sont urbaines, soumises à un ICU, mais pas pénalisée en plus par le cloisonnement urbain: Séoul est sur un petit plateau ou promontoire bien dégagé, Khabarovsk aussi, et Harbin est pas trop mal dans son champ.

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Oui, ça c'est le point de vue du passionné de meteo, dans le douillet confort de la civilisation industrielle, énergivore à gogo...

Je ne suis pas un gaspilleur d'énergie. J'ai beau habiter en Amérique du Nord, je n'en ai pas la mentalité pour autant... default_wink.png/emoticons/wink@2x.png 2x" width="20" height="20">

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Tu m'as mal compris: j'ai dit que la station de Harbin est dans l'ICU de cette ville, c'est indéniable vu la taille de celle ci. Ce que j'ai voulu par "sans surchauffe particulière" c'est que cette station est implantée malgré tout dans un espace suffisamment dégagé (quasiment 2 hectares de champ, sans arbres) pour ne pas en plus être pénalisée par un cloisonnement. Souvent les stations urbaines sont pénalisées par le manque de place et se retrouvent au milieu d'immeubles dans un carré de verdure de seulement 20 ou 30m de coté... y'a qu'à voir les stations japonaises (Sapporo, Tokyo, Naha...), ou même Paris Montsouris qui est entourée d'arbres.

Les 3 dernières stations passées en revue (Séoul, Harbin, Khabarovsk) sont urbaines, soumises à un ICU, mais pas pénalisée en plus par le cloisonnement urbain: Séoul est sur un petit plateau ou promontoire bien dégagé, Khabarovsk aussi, et Harbin est pas trop mal dans son champ.

Oups, au temps pour moi, effectivement, je t'avais lu trop vite ! Nous sommes en fait tout à fait d'accord... blushing.gif

J'en profite d'avoir le temps pour avancer, tant pis si vous arrivez pas à suivre smile.png

Euh, effectivement....!

Mollo, m'sieur !! biggrin.png

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#86. Mohe.

 

Dernière étape en Chine, et on va tout au bout du pays, le plus au nord possible. Mohe est en fait le nom du compté, le village qui nous intéresse aujourd'hui semble s’appeler Beijixiang d'après Google maps. Ce village est surnommé "village arctique" par les Chinois, il est situé à 910kms de Harbin et 1050kms de Khabarovsk:

50136_map1.jpg

 

Ce village est situé au bord de fleuve Amour, qui fait frontière naturelle avec le Russie:

50136_map2.jpg

 

La station est située a 280m du fleuve, quasiment au même niveau (13m plus haut). Le lit du fleuve (alt 285m) est dominé par des collines qui s’élèvent rapidement vers 500m d'altitude voire plus... on verra que le relatif encaissement de cette vallée à une grande importance.

50136_map3.jpg

 

C'est anecdotique car à mon sens n'a quasiment aucune influence sur les mesures: la station a été bougée d'environ 25m entre juin 2011 et février 2013... Mais la puissance d'un outil comme Google Earth Viewer ne cesse de m'impressionner ! Je trouve incroyable de savoir d'une station météo du bout du monde a bougé de quelques mètres récemment...

50136_map4.jpg

 

50136_Mohe_A_v7_32.png

 

Petit repère pour juger de la continentalité: on est presque à la latitude d'Hambourg (53°33'N). On a perdu 9°c de moyenne annuelle par rapport à Harbin (pour 8° de latitude gagnés... encore un ratio proche de 1°c/1° de latitude), et l'été trop court (seulement 3 mois avec Tm>10°c) fait que l'on passe en Dwc de Köppen, "continental subarctique à hiver sec".

 

Régimes de RR, de pression, de nébulosité, d'hygrométrie (min de printemps, 2 max d'été et d'hiver): tout est typiquement continental et a déjà été vu dans les exemples précédents.

Ce qui se remarque ici se sont les amplitudes thermiques diurnes qui sont fortes toutes l'année: 17°c en moyenne annuelle ! L'effet cuvette du relief fonctionne parfaitement, et les tn chutent très rapidement le long de cette la vallée.

 

EDIT 23/05/2014: Ajout des tableaux horaires, qui mettent bien en évidence les variations du Td et le "cycle de la rosée" dont je parle plus bas:

50136_Mohe_B_v7_32.png

 

EDIT 11/10/2014: ajout des roses des vents

50136_Mohe_C_v7_32.png

 

 

Voici un bon exemple d'hiver: 2005/2006. Décembre un peu doux, janvier et février plutôt frais.

C'est du très grand froid, notamment la nuit avec des -40°c et du poudrin de glace fréquents. Les amplitudes thermiques sont déjà impressionnantes pour un lieu qui même par temps parfaitement dégagé ne voit le soleil que 7 ou 8h par jour.

50136_DEC05_FEB06.png

 

 

Puisqu'on part de très bas, la remontée des t° est très rapide en mars: en début de mois on connait encore des -35°c, en fin de mois le dégel est fréquent. Les amplitudes thermiques diurnes sont proches de 20° en moyenne, et atteignent parfois 30°c. Les écarts de t° d'un jour sur l'autre sont souvent très forts aussi, et malgré cette instabilité le temps reste souvent très beau et les perturbations n'apportent que peu de précipitations.

A avril le temps est plus instable mais sans grande humidité, puis en mai arrivent de franches dégradations avec quelques journées de pluie bien maussades - avec une variabilité des t° reste tout aussi forte.

50136_MAR_MAY11.png

 

 

L'été 2007 fut dans l'ensemble bien normal: la relative fraicheur des 2 premiers mois fut compensée par la bonne tenue des tx d'aout.

Il faut retenir les amplitudes toujours aussi fortes, les coups de pluies qui apportent parfois une grande fraicheur, les brouillards matinaux, et les prmières gelées dès fin aout.

50136_JUN_JUN07.png

 

 

En automne la dégringolade des t° est encore plus rapide que la remontée au printemps: on perd 15°c en Tm entre octobre et novembre, soit 1°c tout les 2 jours ! Les mois d'octobre comme 2005 ne sont donc pas rares, où l'on passe des dernières douceurs dernier (15°c voire 20°c) au premier -20°c de l'hiver en 2 à 4 semaines:

50136_SEP_NOV05.png

 

 

D'habitude je m'arrête ici, mais là j'ai encore une chose à vous montrer... j'appelle ça le "cycle de la rosée". Sur les exemple estivaux postés ci-dessus je n'ai pas trop parlé des brouillards matinaux et de l'hygrométrie assez forte, avec notamment un Td moyen nettement supérieur aux tn.

Observons quelques journées d'été calmes dans le détail:

50136_Td_summer.png

On voit que durant les heures les plus froides (encadrées an bleu) l'HR est voisine de 100% (t° et Td sont "collés" ou quasiment) et les brumes et brouillards quotidiens. On imagine le paysage recouvert d'une rosée abondante. Puis le Td connait un bond en même temps que la t° lorsque le brouillard se dissipe et la rosée s'évapore, pour rester en journée à une valeur bien plus haute que la nuit (5 à 10°c de + dans les journées du 15 et du 16). En soirée (dès 15hTU) l'HR se retrouve proche de 100% et l'humidité dans l'air se condense à nouveau en rosée et en brouillard au fur et à mesure que la t° s'abaisse durant la nuit.

Cette dynamique, que j'appelle donc "cycle de la rosée" car la rosée se convertit en augmentation du point de rosée et inversement, explique donc les moyennes de Td franchement plus hautes que les moyennes de tn. Elle est typique des stations vraiment campagnardes dès que le milieu est assez humide, on a déjà vu un très bel exemple pour un climat pourtant totalement différent: Puerto Montt au Chili.

 

Et en hiver on observe le même phénomène au dessus de la neige lorsque le soleil la sublime: le Td en basses couche augmente en journée, mais replonge très nettement la nuit avec dépot de gelée blanche. Voici une séquence particulièrement calme de février 2008, avec d'énormes amplitudes thermiques diurnes (30°c en moyenne!): en journée le Td remonte vers -25°c voire au dessus, alors que toutes les nuits il s'établit vers -41°c, c-à-d au voisinage des tn (-39° à -37°c).

50136_Td_winter.png

 

Voilà cette fois çi c'est terminé. J'ai passé beaucoup de temps sur Mohe, mais il y avait vraiment beaucoup de choses à dire et puis surtout cette station est très représentative de la Sibérie Orientale "méridionale", où l'on voit beaucoup de stations russes implantées dans des fonds de vallée ou des cuvettes se comporter pareillement, avec notamment des amplitudes diurnes tout aussi exceptionnelles.

 

Modifié par mottoth
Révision complète.

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#85. Khabarovsk.

Bon c'est un climat très proche de celui de Harbin... A la différence qu'on tombe en Dwb plutôt qu'en Dwa, car l'été n'est plus chaud ( a ) mais juste tempéré ( c ), soit une Tm du mois le plus chaud < 22°c... encore une frontière arbitraire à la Köppen...

A l'année il fait 3°c de moins qu'a Harbin, ce sont les 3° de latitude gagnés vers le nord. On constate aussi que les hivers reçoivent un peu plus de précipitations: c'est du à l'océan plus proche et à des perturbations par retour d'est plus fréquentes... d'ailleurs on se rend compte sur les stats de pression que l'anticyclone de Sibérie est beaucoup moins présent ici - il y a 6hPa de différence en moyenne en janvier avec Harbin.

Sinon comme je disait on garde dans l'ensemble les même caractéristiques qu'à Harbin, avec les même mécanismes en oeuvre au cours de l'année.

L'hiver est donc souvent beau, avec des dégradations passagères plus marquées qu'à Harbin, qui peuvent donner des conditions de blizzard comme ici en dernière décade de janvier 2004. Le vent est plus présent qu'en Mandchourie, et il s’additionne parfois au froid pour donner des conditions très froides (le 8 ou le 11 par exemple):

En été le beau temps ne se maintient jamais plus d'une semaine... et dès des la t° monte le Td monte aussi pour atteindre des valeurs souvent pénibles. Je trouve que juillet à Khabarovsk est très similaire à juillet à Montréal:

Oui, Khabarovsk possède un climat très similaire à celui de Harbin, en en peu plus froid en effet, puisque plus au nord. Mais également en un peu moins continental (l'indice de continentalité ne valant ici "que" 0.74 - comparativement au 0.80 de Harbin), car située plus près de l'océan pacifique, et donc :

1) plus facilement soumise aux quelques dépressions subtropicales qui remontent du sud (comme le font les dépressions en provenance du golfe du Mexique qui arrivent au Québec en longeant la côte est américaine). C'est d'ailleurs cela qui, comme ici au Québec, cause ces blizzards.

2) soumise également au train de dépressions et fronts associés qui se succèdent en été. Ici, il n'est plus question de mousson, ou quasiment jamais, et donc suffisamment peu pour influer ostensiblement sur les stats. Seuls les Td s'en ressentent encore un peu. Et en effet, l'été à Khabarosk est très, très semblable à celui du sud québécois ! Bien vu ! (mêmes causes, mêmes effets...)

Je n'ai pas calculé les indices Ihe et IhA (c'est assez long à faire, et je ne sais pas si vous y portez une grande attention...) mais ils doivent être équivalents à ceux de Harbin, en un peu plus humide (valeurs un peu plus élevées). Peut-être IhA dépasse t-il le seuil des 100 (très humide), auquel cas je nommerais un tel climat : hypercontinental humide à été doux.

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Je ne suis pas un gaspilleur d'énergie. J'ai beau habiter en Amérique du Nord, je n'en ai pas la mentalité pour autant... wink.png

Non bien sur, je ne te connais pas personnellement, je suis donc bien incapable de savoir si tu es plus gaspilleur que la moyenne autant pour moi... Ce que je voulais dire c'est que de tels climats "vivables" aujourd'hui avec l'aide de technologies modernes (mais hélas bien consommatrices d'énergies et de ressources naturelles) ont longtemps été considérés comme hostiles à l'homme et très difficiles à vivre et le sont encore actuellement pour certaines populations n'ayant pas accès à tous les éléments de confort.

Ce sont des climats bien passionnants à étudier et je pense que même avec notre point de vue de passionnés, il faut garder à l'esprit le fait qu'ils représentent un milieu dur duquel l'être humain ne s'accommode pas facilement.

Sinon, bravo mottoth pour cette étude du climat de Mohe, de type "E" dans la classification de Trewartha, impressionnant par les valeurs de l'amplitude diurne et également par le froid bien que nous soyons encore loin de la Yakoutie et de son climat extrême.

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#86. Mohe.

Dernière étape en Chine, et on va tout au bout du pays, le plus au nord possible. Mohe est en fait le nom du compté, le village qui nous intéresse aujourd'hui semble s’appeler Beijixiang d'après Google maps. Ce village est surnommé "village arctique" par les Chinois, il est situé à 910kms de Harbin et 1050kms de Khabarovsk:

Petit repère pour juger de la continentalité: on est presque à la latitude d'Hambourg (53°33'N). On a perdu 9°c de moyenne annuelle par rapport à Harbin (pour 8° de latitude gagnés... encore un ratio proche de 1°c/1° de latitude), et l'été trop court (seulement 3 mois avec Tm>10°c) fait que l'on passe en Dwc de Köppen, "continental subarctique à hiver sec".

Regimes de RR, de pression, de nébulosité, d'hygrométrie (min de printemps, 2 max d'été et d'hiver): tout est typiquement continental et a déjà été vu dans les exemples précedents.

Ce qui se remarque ici se sont les amplitudes thermiques diurnes qui sont fortes toutes l'année: 17°c en moyenne annuelle ! L'effet cuvette du relief fonctionne parfaitement, et les tn chutent très rapidement le long de cette la vallée.

n'apportent que peu de précipitations.

Incroyable différence climatique entre les deux extrêmes nord (ici) et sud (île de Hainan) de la Chine, tout de même distants d'exactement 4000 km...

Continentalité presque aussi forte qu'à Harbin, avec un indice de continentalité de 0.77.

Là, je suis complètement d'accord avec le critère "köppenien" qui consiste à dire qu'on à affaire à un climat subarctique dès lors que le nombre de mois dont la Tm est > 10°c est compris entre 1 et 3 mois. Or ici, à Mohe, il s'avère que la période "chaude" (Tm > 10°c) n'est pas inférieure à 3 mois, puisqu'elle est précisément de 3 mois et demi ! Vous allez me dire que je chipote, mais dans ce cas précis, ici à Mohe, tout près de l'extrémité sud de la Yakoutie méridionale, le fait que le climat ne soit finalement pas subarctique (donc pas Dwc, mais bien Dwb) influe sur le biome : il ne s'agit pas encore tout à fait de la forêt boréale. Non, celle-ci est encore mixte ici. Et cela est "confirmé" (observation personnelle, non encore documentée ni représentée dans la documentation appropriée) par le fait que la Tm du mois le plus chaud n'est pas inférieure à 16°c. En effet, très souvent, la limite de la forêt pleinement coniférienne (soit-elle boréale - subarctique - ou tempérée "classique") a lieu lorsque le mois le plus chaud est inférieure à 16°c. Entre 16 et 20°c, c'est souvent mixte. Et au-dessus de 20°c, les conifères (hormis les pins, dans certains cas) sont absents.

Si les amplitudes diurnes sont aussi élevées, notamment en hiver, il y a quatre raisons :

- la première, et tu l'as très bien expliquée, est la configuration du relief, formant une sorte de possible "trou à froid".

- la deuxième, à mon avis importante : lors des très basses températures (< à -25, et encore plus lorsqu'elles sont inférieures à -30/-40°c), le moindre apport énergétique solaire fait remonter très nettement la température.

- la 3ème : l'air très sec (très faibles Td et HR) de février à avril permet un réchauffement plus net, et un fort refroidissement nocturne (que tu as d'ailleurs fort bien expliqué avec ton "cycle de la rosée").

- la 4ème : bien que les td (notamment hivernaux et printaniers) soient très bas, il n'en demeure pas moins que par 53°N, le soleil peut encore monter suffisamment haut. Alors que plus au nord, en Yakoutie, le soleil trop bas permet de plus en plus difficilement un réchauffement diurne aussi fort, à mesure qu'on monte vers le nord.

Voici les indices d'humidité de Mohe :

Ihe = 41 => été bien humides.

IhA = 87 => on constate que, malgré une lame de précipitations annuelles bien faible (env. 460 mm), le climat est vraiment humide ! Ainsi, la végétation associée est-elle nécessairement la forêt tempérée continentale mixte humide.

Je nommerais donc ce climat : hyper continental à étés frais.

On voit que l'humidité estivale est franchement plus fraiche qu'a Harbin... en effet les influences subtropicales ne remontent pas vraiment jusqu'ici, ou alors rarement: l'exemple le plus franc et durable fut la première quinzaine d'aout 2013 qui est posté ci-dessous.

Attention c'est donc un mois franchement atypique, la période de temps gris, doux et humide de la première moitié du mois fut exceptionnelle... elle est à replacer dans le contexte régional tout aussi exceptionnel de cette première quinzaine d'aout 2013, avec ces chaleurs humides records sur les Corées et le Japon, et les précipitations d'été exceptionnelles sur le bassin de l'Amour qui conduisirent à des inondations historiques, notamment à Khabarovsk.

Absolument !

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Merci pour vos participations diverses dans ce fil. Je réponds pas toujours à chaque suggestion mais je prends en compte chaque remarque (@Gaël: oui je m'intéresse aux différents indices que tu calcules).

La prochaine mise à jour (#87) est pas tout à fait prête, il me reste à choisir les mois types... peut-être demain. En tout cas la destination sera une suite logique au voyage en cours tongue_smilie.gif

Et je réfléchi déjà à la 100e mise à jour qui sera un peu spéciale, je l'espère.

J'ai passé les 3 derniers jours à enrichir les premières pages avec de nouvelles cartes et vues 3D, plus nombreuses, plus grandes, plus claires, plus jolies. Ce soir je me suis arrêté à Dubai (#35)... Je pense que ce qui fait en grande partie le succès de ce topic c'est la présentation agréable, tout en couleur, avec de jolies cartes pour bien comprendre l’environnement général d'une station. Comme je le disais entre 2011 et 2013 Google Earth Viewer a fait des progrès impressionnants, et je suis arrivé à des rendus vraiment très beaux, comme par exemple à Ulan Bator, Asgabat, Almaty, ou même tout simplement la banlieue de Bucarest ou d'Athènes. Je vous laisse donc redécouvrir tout ça. J'ai également enfin pu localiser ou corriger quelques stations, comme Athènes ou Tozeur. Ce travail est quasiment terminé, à partir de la mise à jour #36 il ne manque que quelques cartes régionales ou quelques vues 3D par-ci par-là... Bonne nuit.

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#87. Yakutsk.

 

On pousse vers le nord jusqu'à Yakutsk, a 1040kms de Mohe et 1540kms de Khabarovsk. Ce que l'on appelait autrefois la Yakoutie se nomme maintenant "république de Sakha", et Yakutsk en est la capitale. C'est une ville de 270 000h bâtie sur du permafrost... la présence d'une si grande agglomération dans cette partie du monde dépasse l'entendement...

24959_map0.jpg

 

La station synoptique est située à 4kms du centre ville et 8kms du plus gros bras de la Lena (alt 70m, 33m plus bas), qui mesure 4 kms de large:

24959_map1.jpg

 

Vue vers l'ENE:

24959_map2.jpg

 

24959_Yakutsk_A_v7_33.png

 

 

Eh oui, il commence à prendre de la place le graph de température ! Je rappelle que tous les graph de ce topic sont à la même échelle.

Ne pas trop prendre les stats de nébulosité au pied de la lettre, les observateurs de Yakutsk semblent sur-estimer systématiquement la couverture de l'étage supérieur.

Il me semble que Köppen avait introduit la sous-classe Dfd pour distinguer les hivers très froids de la Yakoutie, avec comme critère pour l'obtention de la lettre d que la Tm du mois le plus froid soit < -38°c. Raté ! Avec l'urbanisation et le réchauffement en cours janvier n'atteint plus que -37.6°c en moyenne depuis 2000, et par effet mécanique bête et méchant Yakutsk se trouve rétrogradée:

- en Dfc si l'on applique grossièrement le critères des 3 mois maxi avec Tm > 10°c (juin, juillet, aout) comme sur mon tableau.

- voire Dfb si l'on applique au jour près le critère ci-dessus (en moyennes glissantes sur 5 jours): la période avec Tm quotidienne > 10°c cours du 25/05 au 04/09, soit 3 mois et 10 jours. (Köppen n'avait peut être pas ça en tête car il définit le Dfd comme un dérivé du Dfc, c-à-d 3 mois maxi >10°c ET Tmn<-38°c. Il est possible aussi qu'avant ce réchauffement la période avec Tm quotidiennes > 10°c durait moins de 3 mois, ça devait se jouer à quelques jours près).

 

Voilà, ça c'était pour chipoter. Maintenant voyons un peu les traits marquants de ce climat:

- L’hyper-continentalité... presque 58°c d'amplitude entre la Tm de janvier et de juillet, je suis sur que Gaël nous précisera cela avec son indice ad-hoc.

- Des étés étonnamment chauds, avec le seuil des 20°c touché sur la moyenne de ces 14 derniers mois de juillet, et une txx de 38°c. Yakutsk est 2° plus au nord (62°N) que Oslo, Helsinki ou Whitehorse mais fait mieux que toute ces villes, et fait même aussi bien que Varsovie (52°N !).

- Par rapport aux climats continentaux vus plus au sud (Mohe, Khabarovsk, /topic/67917-climats-du-monde/page__st__580#entry2041397'>Omsk, /topic/67917-climats-du-monde/page__st__560#entry2037604'>Moscou) l'été est plus sec, que ce soit pour les précipitations ou l'hygrométrie: Si le régime de RR reste typiquement continental, en revanche celui de l'HR ne connait plus de maxi d'été (même secondaire).

- L'automne est franchement plus gris que le printemps, lorsque le soleil descendant n'arrive plus à percer la grisaille... voilà qui change de la dynamique observée plus au sud, de l'Asie centrale à Harbin.

- La tnn absolue depuis 2000 est timide (-52.1°c) comparée aux records sur de plus longues périodes: wikipédia indique un -64.4°c nettement trop vieux pour ne pas être douteux. Le record "moderne" semble être -60.3°c le 2/01/1951... ou, depuis novembre 1964, date du dernier déplacement de la station (de 700-800m vers le NO, même altitude), de -59.3°c le 10/01/1979.

 

EDIT 08/12/2014; ajout des tableaux horaires et des roses des vents

24959_Yakutsk_B_v7_33.png

 

24959_Yakutsk_C_v7_33.png

 

 

Durant la période où le soleil est le plus bas (décembre et janvier) le brouillard givrant règne presque sans partage, et il neigeote quasiment incessamment sous le stratus. Même lorsque le soleil arrive à percer un peu le brouillard, celui-ci continue de faiblement précipiter.

Les seules amplitudes thermiques notables sont le fait de changements de temps - bien que vu du sol on ne discerne pas grand chose à la couleur du ciel -, et souvent la tx reste scotchée très près de la tn. Heureusement le vent est très faible, rarement sensible.

A partir de février le soleil un peu plus vaillant arrive plus souvent à dissiper le brouillard, et à la fin du mois les amplitudes thermiques diurnes commencent à décoller.

24959_DEC10_FEB11.png

 

 

En mars et avril on a un ensoleillement souvent remarquable et parfois de fortes amplitudes thermiques qui rappellent un peu ce que l'on a vu à Mohe. C'est souvent durant les derniers jours de mars que survient le premier dégel de l'année.

Après un beau mois d'avril et la disparition de la neige au sol vers le 23/04, mais est un mois un peu plus gris malgré une hygrométrie au plus bas. Le temps est franchement variable, avec le réveil du vent:

24959_MAR_MAY09.png

 

 

Durant le plein été on atteint généralement au moins un pic de chaleur à 33 - 35°c. La chaleur est généralement agréable et plutôt sèche, et les jours très longs donnent des valeurs d'insolation remarquables (jusqu'à 424h en juin 2008 !).

Mais dès la mi-aout la baisse du mercure est vraiment amorcée, et la deuxième décade d'aout peu connaitre des jours déjà biens frais.

24959_JUN_AUG14.png

 

 

Après un mois de septembre qui donne les dernières journées agréable et les premiers frimas, octobre offre malheureusement peu de surprises: derniers jours pas trop froids et dernières précipitations liquides en tout début de mois, début de l'enneigement permanent autour du 12 (sur cet exemple ça hésite un peu et il faut vraiment attendre le 19), premiers -20°c et début de gel permanent en dernière décade.

En novembre c'est plié: le grand hiver a déjà emprise sur Yakutsk, les premiers -40°c arrivent normalement en fin de mois (ce -40°c du 13/11/2014 est très précoce).

24959_SEP_NOV14.png

 

 

Citation
Là, je suis complètement d'accord avec le critère "köppenien" qui consiste à dire qu'on à affaire à un climat subarctique dès lors que le nombre de mois dont la Tm est > 10°c est compris entre 1 et 3 mois. Or ici, à Mohe, il s'avère que la période "chaude" (Tm > 10°c) n'est pas inférieure à 3 mois, puisqu'elle est précisément de 3 mois et demi ! Vous allez me dire que je chipote, mais dans ce cas précis, ici à Mohe, tout près de l'extrémité sud de la Yakoutie méridionale, le fait que le climat ne soit finalement pas subarctique (donc pas Dwc, mais bien Dwb) influe sur le biome : il ne s'agit pas encore tout à fait de la forêt boréale.

J'ai eu tort de ne pas réagir plus tôt... j'ai bien pris en compte cette remarque pour discuter de Yakutsk un peu plus haut. Voici donc pour Mohe les dates qui encadrent la période avec Tm quotidienne moyenne > 10°c (toujours en regardant les moyennes glissantes sur 5j): du 21/05 au 5/09, soit en effet 3 mois 1/2. Bien vu !

 

Modifié par mottoth
Révision complète.

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#87. Yakutsk.

J'ai eu tort de ne pas réagir plus tôt... j'ai bien pris en compte cette remarque pour discuter de Yakutsk un peu plus haut. Voici donc pour Mohe les dates qui encadrent la période avec Tm quotidienne moyenne > 10°c (toujours en regardant les moyennes glissantes sur 5j): du 21/05 au 5/09, soit en effet 3 mois 1/2. Bien vu !

Bonjour à tous

Pas sur que Köppen ait prévu ces subtilités ....

Sinon, je salue encore une étude fort intéressante. Je me pose juste une question sur les journées de juillet avec un ensoleillement compris entre 15 et 16 h (du 25 au 27) et pour lesquelles, dans la colonne Wx, est indiqué un ciel la plupart du temps nuageux ou couvert. En fait, comment faut-il interpréter ces symboles ?

Une remarque sur l'amplitude diurne (10°C environ), nettement plus faible qu'à Mohe, effet conjugué de la latitude sans doute et du moindre encaissement.

Les précipitations sont nettement plus faibles qu'à Mohe, une quarantaine de mm au plus fort de l'été pourtant tiède, signe que les remontées estivales tièdes du Pacifique ne parviennent plus jusqu'à Yakutsk, ces précipitations sont sans doute essentiellement amenées par ce qui reste des perturbations atlantiques après un parcours de plusieurs milliers de km sur le continent, ceci est bien corrélé avec le rythme saisonnier de l'HR radicalement différent celui de Mohe et beaucoup plus proche de celui des climats de l'Europe centrale que de celui des climats de la façade orientale de l'Asie, en Chine, Corée ou au Japon.

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Sinon, je salue encore une étude fort intéressante. Je me pose juste une question sur les journées de juillet avec un ensoleillement compris entre 15 et 16 h (du 25 au 27) et pour lesquelles, dans la colonne Wx, est indiqué un ciel la plupart du temps nuageux ou couvert. En fait, comment faut-il interpréter ces symboles ?

J'y voit une exagération systématique de la couverture de nuages élevés (Ci, Cs), ça dépend des usages locaux: les stations voisines ne rencontrent pas le même problème, par contre je l'ai déjà observé pour Pyongyang et surtout Singapour.

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Je viens de découvrir ce topic et il mériterait d'être épinglé sur la page Climatologie, superbe boulot Mottoth, je me régale ! rolleyes.gifrolleyes.gifrolleyes.gif

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#87. Yakutsk.

Il me semble que Köppen avait introduit la sous-classe Dfd pour distinguer les hivers très froids de la Yakoutie, avec comme critère pour l'obtention de la lettre d que la Tm du mois le plus froid soit < -38°c. Raté ! Avec l'urbanisation et le réchauffement en cours janvier n'atteint plus que -37.6°c en moyenne depuis 2000, et par effet mécanique bête et méchant Yakutsk se trouve rétrogradée:

- en Dfc si l'on applique grossièrement le critères des 3 mois maxi avec Tm > 10°c (juin, juillet, aout) comme sur mon tableau.

- voire Dfb si l'on applique au jour près le critère ci-dessus (en moyennes glissantes sur 5 jours): la période avec Tm quotidienne > 10°c cours du 25/05 au 04/09, soit 3 mois et 10 jours. (Köppen n'avait peut être pas ça en tête car il définit le Dfd comme un dérivé du Dfc, c-à-d 3 mois maxi >10°c ET Tmn<-38°c. Il est possible aussi qu'avant ce réchauffement la période avec Tm quotidiennes > 10°c durait moins de 3 mois, ça devait se jouer à quelques jours près).

Voilà, ça c'était pour chipoter. Maintenant voyons un peu les traits marquants de ce climat:

- L’hyper-continentalité... presque 58°c d'amplitude entre la Tm de janvier et de juillet, je suis sur que Gaël nous précisera cela avec son indice ad-hoc.

- Des étés étonnamment chauds, avec le seuil des 20°c touché sur la moyenne de ces 14 derniers mois de juillet, et une txx de 38°c. Yakutsk est 2° plus au nord (62°N) que Oslo, Helsinki ou Whitehorse mais fait mieux que toute ces villes, et fait même aussi bien que Varsovie (52°N !).

- Par rapport aux climats continentaux vus plus au sud (Mohe, Khabarovsk, /topic/67917-climats-du-monde/page__st__580#entry2041397'>Omsk, /topic/67917-climats-du-monde/page__st__560#entry2037604'>Moscou) l'été est plus sec, que ce soit pour les précipitations ou l'hygrométrie: Si le régime de RR reste typiquement continental, en revanche celui de l'HR ne connait plus de maxi d'été (même secondaire).

- L'automne est franchement plus gris que le printemps, lorsque le soleil descendant n'arrive plus à percer la grisaille... voilà qui change de la dynamique observée plus au sud, de l'Asie centrale à Harbin.

- La tnn absolue depuis 2000 est timide (-52.1°c) comparée aux records sur de plus longues périodes: wikipédia indique un -64.4°c nettement trop vieux pour ne pas être douteux. Le record "moderne" semble être -60.3°c le 2/01/1951... ou, depuis novembre 1964, date du dernier déplacement de la station (de 700-800m vers le NO, même altitude), de -59.3°c le 10/01/1979.

Salut,

Je vais d'abord revenir sur le "chipotage" qui, à mon avis, n'en est finalement pas, et qui même au contraire, est un élément important lorsqu'on veut comprendre le lien entre le climat de cette région et son environnement... en effet, cette notion de "frontière" entre le milieu tempéré non subarctique et le milieu tempéré subarctique doit être clairement définie et analysée.

Il s'avère que Köppen a déterminé la limite des 3 mois maximum avec Tm > 10°c. Au passage, comme vous l'aviez dit Yves et toi, je ne pense pas moi non plus que Köppen eût voulu être précis au point de calculer exactement le nombre de jours avec Tm > 10°c. Je pense qu'il s'en était tenu au nombre de valeurs de Tm > 10°c (donc un nombre entier) : par exemple (j'explique pour ceux qui nous "prendraient en route"), pour lui, si on avait 9°c en mai, 14°c en juin, 16°c en juillet, 15°c en août, et 9°c en septembre, il dénombrait 3 mois > 10°c et donc il incluait ce climat dans le subarctique (si les hivers étaient froids, bien sûr). Mais en réalité, dans cet exemple, la période durant laquelle les températures sont > 10°c avoisine les 4 mois. Ou inversement, imaginez que les valeurs soient 3°c, 10°c, 12°c, 10°c, 4°c... Koppen parlerait de 3 mois > 10°c, mais en fait, la période durerait à peine plus de 2 mois. Cela change tout.

Mais finalement, comme vous allez le voir, je vais pinailler encore plus : j'ai finalement remarqué que, dès lors que l'on sortait un peu des régions très continentales, ce seuil (cette période de 3 mois) ne correspondait plus. C'est le cas par exemple en Finlande. En effet, bon nombre de villes du sud de la Finlande possèdent une période de plus de 4 mois avec Tm > 10°c, ce qui ferait sortir à tort ces régions de la zone subarctique, alors que le biome et le climat sont bien subarctiques. Or il existe un lien très marqué entre climat subarctique (ou étage montagnard et subalpin) et forêt boréale (ou forêt de conifères de montagne tempérée).

J'ai donc déterminé une autre méthode, très simple vous allez voir, qui me semble plus pertinente (vous me direz ça) :

Un climat est subarctique si :

- Tm du mois le plus froid est < 0°c

ET

- le nombre de "degrés-mois" > 10°c est compris entre 3 et 20°c.

ps : à noter que les Tm doivent être calculées à partir de (Tnm + Txm)/2.

Par exemple, pour Yakutsk, les Tm arithmétiques de mai à septembre (à partir des normales de 1971-2000) sont : 7.1°c, 15.9°c, 19.1°c, 15.2°c, 6.4°c. Le nombre de « degrés-mois > 10°c » est de : (15.9-10) + (19.1-10) + (15.2-10) = 20.2°c.

Alors, on constate que, à la station météo de Yakutsk, cette méthode nous indique que le climat n'y serait pas subarctique, alors que le biome environnant est bel et bien la forêt boréale. Problème avec ma méthode, me direz-vous ? en fait non. En effet, comme Mottoth l'a constaté, l'été à Yakutsk est particulièrement chaud compte-tenu de la latitude. Cependant, la situation de cette ville est assez particulière : bien qu'entourée de forêts, la station météo en reste très éloignée (la forêt se situe à 3 km à l'ouest au plus près, à 10km à l'est, et à des dizaines de kms au nord ou au sud !), tant le lit de la Léna est vaste. Or le lit de la Léna est dépourvu de forêts, étant données les terres inondables. Seuls quelques peuplements de peupliers (qui demandent beaucoup d'eau) sont présents ça et là. De plus, on a affaire ici à une agglomération très étendue et peuplée. En fin de compte, l'été, tenant compte en plus de l'ensoleillement généreux, Yakutsk se situe dans une sorte de petite "fournaise" (toutes proportions gardées) éloignée de l'influence fortement rafraîchissante de la forêt.

Il y a donc fort à parier que, dans les forêt environnantes, les Tm estivales se situent au moins 1°c (et je suis "gentil") au-dessous des Tm de la station de Yakutsk.

Ce qui signifie que, dans les forêts adjacentes, le nombre de "degrés-mois > 10°c" ne doit pas excéder les 17°c. Ce qui correspond bien avec le biome en place.

Donc effectivement, dans ce lit de la Léna, le climat est excessivement continental, puisque l'indice de continentalité atteint la valeur impressionnante de 0,88.

Et cela correspond bien au fait que, comme vous le soulignez tous les deux, Yakutsk n'est pas concernée par les "dépressions subtropicales" en provenance d'Asie du Sud-est et de l'extrême Orient, ni en été, ni en hiver. C'est effectivement un type climatique beaucoup plus semblable au climat continental d'Europe centrale. En hiver, les

occurrences neigeuses sont dues aux restants de dépressions circulant le long des côtes arctiques. Ce sont donc des chutes de neige beaucoup moins violentes que celles issues des remontées des dépressions subtropicales. Quant à l'été, les pluies sont souvent le résultat de l'humidité provenant de l'Atlantique et des phénomènes convectifs continentaux habituels. Exactement comme en Europe.

Comme presque toutes les stations hypercontinentales, la sécheresse commence à devenir présente. En effet, l'indice d'humidité estivale (Ihe) n'atteint plus que +5 à Yakutsk (ce qui signifie que des épisodes de sécheresse écologique peuvent se produire en été). Sur l'année, IhA atteint 37, ce qui signifie que le climat est subhumide.

La forêt boréale ne peut plus prospérer si IhA passe en-dessous de 0 (climats xériques).

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Salut,

Je vais d'abord revenir sur le "chipotage" qui, à mon avis, n'en est finalement pas, et qui même au contraire, est un élément important lorsqu'on veut comprendre le lien entre le climat de cette région et son environnement... en effet, cette notion de "frontière" entre le milieu tempéré non subarctique et le milieu tempéré subarctique doit être clairement définie et analysée.

Il s'avère que Köppen a déterminé la limite des 3 mois maximum avec Tm > 10°c. Au passage, comme vous l'aviez dit Yves et toi, je ne pense pas moi non plus que Köppen eût voulu être précis au point de calculer exactement le nombre de jours avec Tm > 10°c. Je pense qu'il s'en était tenu au nombre de valeurs de Tm > 10°c (donc un nombre entier) : par exemple (j'explique pour ceux qui nous "prendraient en route"), pour lui, si on avait 9°c en mai, 14°c en juin, 16°c en juillet, 15°c en août, et 9°c en septembre, il dénombrait 3 mois > 10°c et donc il incluait ce climat dans le subarctique (si les hivers étaient froids, bien sûr). Mais en réalité, dans cet exemple, la période durant laquelle les températures sont > 10°c avoisine les 4 mois. Ou inversement, imaginez que les valeurs soient 3°c, 10°c, 12°c, 10°c, 4°c... Koppen parlerait de 3 mois > 10°c, mais en fait, la période durerait à peine plus de 2 mois. Cela change tout.

J'ajouterais que le critère de Köppen est un peu flou, la limite haute de domaine subarctique est-elle :

- une période de Tm > 10°C strictement supérieure à 3 mois, auquel cas, on sort du domaine subarctique avec une période de 3,1 mois

- ou bien une période de Tm > 10°C de 4 mois minimum, auquel cas, on est encore dans le domaine subarctique avec 3,9 mois mais pas avec 4 mois

J'ai donc déterminé une autre méthode, très simple vous allez voir, qui me semble plus pertinente (vous me direz ça) :

Un climat est subarctique si :

- Tm du mois le plus froid est < 0°c

ET

- le nombre de "degrés-mois" > 10°c est compris entre 3 et 20°c.

ps : à noter que les Tm doivent être calculées à partir de (Tnm + Txm)/2.

Par exemple, pour Yakutsk, les Tm arithmétiques de mai à septembre (à partir des normales de 1971-2000) sont : 7.1°c, 15.9°c, 19.1°c, 15.2°c, 6.4°c. Le nombre de « degrés-mois > 10°c » est de : (15.9-10) + (19.1-10) + (15.2-10) = 20.2°c.

Pour cette méthode que tu proposes, pourquoi pas, ça me parait suffisamment simple, à voir pour l'inclure dans un système plus complet de la trame climatique générale.

Enfin, comme tu le dis également par la suite et d'après d'après les images données par mottoth, il semble bien que l'effet urbain ne soit pas nul pour cette station de Yakutsk, une station plus éloignée de la ville (je ne parle pas du fleuve Léna car il s'agit d'un élément naturel), reflétant davantage le climat de la forêt serait sans doute classée Dfd selon les critères de Köppen. Ce climat "Dfd" méritant alors d'être nommé "Yakoute" ou bien "Iakoute" comme le fait G. Viers si me souviens bien.

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J'ajouterais que le critère de Köppen est un peu flou, la limite haute de domaine subarctique est-elle :

- une période de Tm > 10°C strictement supérieure à 3 mois, auquel cas, on sort du domaine subarctique avec une période de 3,1 mois

- ou bien une période de Tm > 10°C de 4 mois minimum, auquel cas, on est encore dans le domaine subarctique avec 3,9 mois mais pas avec 4 mois

Oui cela peut sembler approximatif (dauern über 4 Monate) mais à compléter avec la note (Auf der nördlichen Halbkugel. Wird bestimmt dadurch, ob das Mittel ½ (Mai + September) über oder unter 10° C ist.)

Lien : http://koeppen-geiger.vu-wien.ac.at/koeppen.htm (Köppen1936, C43)

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Oui, vous soulignez quelque chose d'intéressant tous les deux : les spécifications de Köppen semblent un peu floues (malgré la petite note en allemand - que je pense avoir comprise).

Mais que la période considérée dure 3 mois, ou qu'elle dure 4 mois, dans les deux cas, cela entraîne des incohérences. Oh, pas très nombreuses, c'est vrai. Mais si on veut être un peu plus rigoureux, je pense qu'il serait intéressant de se repencher sur la question.

Alors j'ai proposé une petite méthodo hier, mais finalement, je viens de me rendre compte que ça ne collait pas partout. En effet, je me suis souvenu que le biome originel d'une bonne partie des terres écossaises s'appelle la forêt calédonnienne.

http://en.wikipedia.org/wiki/Caledonian_Forest

Cette forêt a malheureusement quasiment disparu, défrichée par les hommes. Il s'agit d'un biome boréal, et on devrait normalement le retrouver sur toutes les terres hautes et intérieures d'Ecosse, c'est à dire partout (sauf au-dessus de 7-800 m, trop froid) où la température du mois le plus froid est inférieure à +2°c ! Bref, il m'a donc fallu composer avec ce paramètre.

Par ailleurs, je me suis rendu compte que la petite méthode que je viens de proposer hier ne correspondait pas pour une ville comme Stavanger (dans l'extrême sud de la Norvège).

Bref, voici ce que je propose désormais (j'espère que cette fois-ci, je ne trouverai pas de problèmes) :

Un climat est subarctique ou "montagnard à subalpin" (autant continental qu'océanique) si :

- Tm du mois le plus froid < +2°c, Tm du mois le plus doux > 10°c

ET

- période durant laquelle la Tm est supérieure à 12°c inférieure ou égale à 3 mois.

J'ai essayé pour :

- Stavanger : Tm de janvier +0.5°c, période > 12°c de 3.8 mois. Non boréale (océanique frais)

- Yakutsk : période > 12°c de 2.8 mois. Boréale. (hypercontinental subarctique)

- Chamonix : 3.7 mois. Non boréale (limite). (semi-continental entre collinéen et montagnard)

- Mouthe : 3.1 mois. Boréale (limite). (semi-continental montagnard)

- Tampere : 2.9 mois. Boréale (continental modéré subarctique)

- chez moi : 3.5 mois. Non boréal (continental frais humide)

- Stornoway : 2.4 mois, mais Tm de janvier et février : +4.5°c. Non boréal (hyperocéanique frais)

- Bodø : 2.0 mois. Boréal (océanique subpolaire)

Et tout cela correspond aux biomes.

J'avais essayé d'autres combinaisons, mais celle-ci semble la plus simple et la plus efficace.

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- Yakutsk : période > 12°c de 2.8 mois. Boréale. (hypercontinental subarctique)

Moi sur 2000-2013 j'ai 3 mois et 1 jours: du 28/05 (Tm 12.34°c) au 28/08 (Tm 12.04°c).

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Moi sur 2000-2013 j'ai 3 mois et 1 jours: du 28/05 (Tm 12.34°c) au 28/08 (Tm 12.04°c).

Oui, c'est normal. Moi j'ai pris les données 1971-2000.

Mais comme je le disais, l'important pour moi est de mettre en lien le climat avec le biome d'une région donnée. Or la végétation est normalement corrélée à une longue période climatologique. Pas aux 13 dernières années, qui sont d'ailleurs pas mal plus chaudes que les précédentes. Dons je pense que les données 1971-2000 sont plus "représentatives" du biome en place que les données 2000-2013.

Donc, il n'y a rien d'étonnant à voir que les données climato de Yakutsk s'éloignent un peu de celles qui devraient prévaloir hors zone urbaine, et encore plus en pleine forêt.

Et il est également logique que, à cause de l'ICU de plus en plus marqué de décennie en décennie (mais aussi à cause du réchauffement climatique), les valeurs de Yakutsk se réchauffent encore.

Donc il est logique que, de fil en aiguille, les données de la station de Yakutsk finissent par "sortir" du domaine subarctique. En gros, cela signifie que si le climat qui règne dans toute la région de Yakutsk était depuis plusieurs décennies exactement celui qui règne à la station météo depuis 2000, alors sans doute que le biome caractéristique ne serait pratiquement plus tout à fait la taïga.

En gros, pour résumer et pour schématiser ma pensée, je dirais que d'une manière générale, les données climato 1971-2000 (et encore mieux si on tient compte également des décennies précédentes) sont les mieux corrélées à la végétation de climax. Alors que les données les plus récentes ont tendance à s'en éloigner. Car la végétation possède une grande inertie par rapport au climat (de l'ordre de 50 à 100 ans !).

Mais en revanche, ce qu'il y a de très intéressant avec les données récentes (comme celles que tu nous compiles d'une aussi belle façon), c'est qu'elles nous donnent une idée de ce vers quoi la végétation de climax risque de s'enligner dans quelques dizaines d'années.

Quant à mes indices (IhA, indices de subtropicalité ou de tropicalité, etc...), ils permettent ainsi (enfin c'est ce que je souhaite) de quantifier l'évolution spatio-temporelle des différents types de végétation.

De la même façon, un tel critère de "subarcticité" (j'ai peut-être inventé un mot ! laugh.png ), s'il est minutieusement cousu, pourrait permettre de prévoir et de évaluer les changements ou la progression de la limite de la forêt boréale...

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Donc je pense que les données 1971-2000 sont plus "représentatives" du biome en place que les données 2000-2013.

Aucun doute là dessus, en raison notamment de l'inertie du biome dont tu parles toi même un peu plus loin.

 

#88. Verhojansk.

 

On pousse 640kms plus au nord pour arriver au "pôle du froid" bien connu, également orthographié Verkhoïansk dans la littérature Française. Sur cette carte vous avez aussi une indication sur les 3 prochaines étapes, car le voyage ne s'arrête pas là...

24266_map0.jpg

 

La station se trouve à la limite nord du village. Évidemment pas d'ICU ni de problème d'exposition. Par contre l'histoire de la station est très confuse avec de multiples déménagements notamment 4 fois entre 1940 et 1956 (jusqu'à 3kms)... j'ai essayé de tout reconstituer en recoupant toutes les sources, mais hélas sans arriver à des résultats satisfaisants - toutes les hypothèses que j'ai essayé finissent tôt ou tard dans les endroits sans aucune présence humaine et a des altitudes sensiblement différentes des 135 - 140m que la station semble avoir conservé durant toute son histoire.

24266_map1.jpg

 

Une autre vue du site de Verhojansk (vers le sud), construite dans les méandres de la rivière Jana. C'est très marécageux, très humide dans les couches superficielles du sol qui connaissent le dégel en été... car plus en dessous c'est le permafrost. Au premier plan à gauche se trouve le hameau de Boronuk.

24266_map2.jpg

 

24266_Verhojansk_A_v7_31.png

 

Par rapport à Yakutsk c'est encore 6°c de perdus en Tm annuelle, cette fois çi on rentre sans aucun doute dans le Dfd de Köppen, "continental subarctique à hivers extrêmement froids". On a 3 mois calendaires avec Tm>10°c, mais un peu moins si l'on considère les Tm quotidiennes: 2.8 mois, du 29/05 au 22/08.

Si l'on regarde les Tm quotidiennes > 12°c, la période se restreint du 8/06 au 19/08. soit 2.4 mois.

 

Par rapport à Yakutsk toujours, on a 1 semaine d'enneigement supplémentaire et 2 semaines hors gel ("période végétative") de moins.

Sinon on retrouve les même régimes pour tout les paramètres:

- régime de RR à net maximum d'été, mais globalement assez sec.

- minimum d'hygrométrie de printemps/début d'été

- net maximum d'insolation relative au printemps, corrélé aux amplitudes thermiques diurnes les plus fortes (1ere décade d'avril: tnm -28.3°c/ txm -7.0°, soit 21.3 d'amplitude thermique quotidienne moyenne).

- hiver franchement anticyclonique, été franchement dépressionnaire

 

Il faut remarquer le démarrage un peu plus tardif du réchauffement en fin hiver, du au soleil encore trop bas en février: Tm en progression de +1.6°c de janvier à février, contre +3.3°c à Yakutsk et +4.7°c à Mohe.

Les vieux records de -68°c (voire moins) qui ont donné sa réputation mondiale à Verhojansk me semblent bien fantaisistes, ou en tout cas pas reproductibles à l'emplacement actuel avec le matériel moderne... Depuis l'avant-dernier déménagement majeur de la station en 1947 le record absolu est de -63.0°c les 6 et 7/01/1982, et depuis 1947 on ne dénombre que 19 tn < -60°c.

Et le record absolu de tx basse, relevé le 5/01/1982, est de -61.4°c !

 

EDIT 25/10/2014: ajout des tableaux horaires et des roses des vents

24266_Verhojansk_B_v7_31.png

 

24266_Verhojansk_C_v7_31.png

Notez que les redoux viennent de l'arctique en hiver (vents de secteur 20° à 60°).

 

 

L'hiver est marqué par la nuit polaire (du 16 au 28 décembre cette année), et au 31/01 le soleil ne culmine encore qu'à 5° au dessus de l'horizon et le jour ne dure que 5h50. On connait donc de faibles amplitudes thermiques, les variations de t° notables étant plus le fait de changements de temps que de l'alternance jour/nuit. Le brouillard est nettement plus rare qu'à Yakutsk, et le ciel est souvent très dégagé. Le vent reste heureusement très sage la plupart du temps.

24266_DEC04_FEB05.png

 

 

Après un démarrage plus laborieux en février, les t° remontent en flèche au mois de mars. On retrouve des amplitudes thermiques diurnes impressionnantes favorisée par un temps souvent calme, dégagé et très ensoleillé. Si début mars on peut encore connaitre des tn dignes d'un mois de janvier, en fin de mois le dégel n'est pas exceptionnel:

24266_MAR_MAY13.png

 

 

En mai... ne fait pas ce qu'il te plait ! Les tn peuvent encore passer sous -20°c durant la 1ere décade, et la neige au sol refait souvent une apparition en milieu de mois après la disparition du manteau hivernal autour du 27/04 (date moyenne) ou 2/05 (date médiane).

L'été est marqué par le soleil de minuit. Le jour continu a duré en 2013 du 30/05 au 15/07... en théorie, car avec le relief je ne sais pas exactement mais c'est forcément moins. Cependant, contrairement à une croyance répandue, la présence quasi ininterrompue du soleil dans le ciel ne réduit pas vraiment les amplitudes thermiques diurnes: pour que la t° au sol baisse il ne faut pas que le soleil soit caché sous l'horizon ou derrière un relief, il suffit qu'il soit suffisamment bas pour que le bilan radiatif devienne négatif... et le soleil bas ça représente beaucoup d'heures par jour là-bas où il ne culmine pas plus haut qu'à 46° au dessus de l'horizon au solstice d'été. Donc même durant la période dite du "soleil de minuit" le refroidissement "nocturne" reste sensible, et l'amplitude thermique diurne moyenne de juin (11.5°c, durée du jour solaire 24h) est proche de celle d'aout (12.4°c, durée moyenne du jour solaire 17.2h).

24266_JUN_AUG12.png

 

 

Comme pour Yakutsk, c'est le mois d'octobre qui m'impressionne le plus. La vitesse du refroidissement y est fulgurante, plus que celle du réchauffement de printemps.

24266_SEP_NOV11.png

 

 

Je vous livre un extrait de ma feuille de calcul excel qui montre la chute des Tm quotidiennes sur octobre. Il faut regarder la 2e colonne (Moy/5j) ou sont calculées les Tm glissantes sur 5 jours. Où comment l'on perd environ 10°c en à peine une semaine du 13 au 20/10, une fois l'enneigement continu démarré (le 8/10 en moyenne, le 9/10 en médiane)... et 25°c de perdus en moyenne entre le 1er et le 31 !

24266_Tm_OCT.png

 

Voilà c'est tout pour Verhojansk...

 

Modifié par mottoth
Remise en forme

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Aucun doute là dessus, en raison notamment de l'inertie du biome dont tu parles toi même un peu plus loin.

#88. Verhojansk.

La station se trouve à la limite nord du village. Évidemment pas d'ICU ni de problème d'exposition. Par contre l'histoire de la station est très confuse avec de multiples déménagements notamment 4 fois entre 1940 et 1956 (jusqu'à 3kms)... j'ai essayé de tout reconstituer en recoupant toutes les sources, mais hélas sans arriver à des résultats satisfaisants - toutes les hypothèses que j'ai essayé finissent tôt ou tard dans les endroits sans aucune présence humaine et a des altitudes sensiblement différentes des 135 - 140m que la station semble avoir conservé durant toute son histoire.

24266_map1.jpg

Et elle a bougé en 1999 (Переносы: 30.10.1940 на 1.5 км к ССВ, 27.04.1947 на 2.5 км к ЮЮВ в р-н аэропорта, 06.09.1999 из аэропорта на АЭ на 2.5-3 км к ЮЗ).

Lien : http://maps.yandex.ru/-/CVb5aE8A

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Avec Verhojansk, on touche au sublime. biggrin.png Me tarde Ojmjakon, qui est « nettement » plus froide en hiver... tongue.png

Merci.

Ce qui m'interpelle pour ces stations du nord-est de la Chine et de la Russie, c'est que le mois de décembre est aussi froid que le mois de janvier. Étonnant, je trouve !

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Salut Mottoth et merci encore pour ce sujet qui constitue une véritable mine d'or pour les climatophiles!

Comment expliquerais tu le fait que ce coin apparait assez verdoyant malgré qu'il reçoit moins de 200 mm par an? (a titre de comparaison ma région natale apparait en coloration jaune[été comme hiver]a google earth et ceci malgré pres de 300 mm de pluviometrie annuelle)

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