Damien49, le 31/10/2006 - 10:29, dit :
Encore faudrait il que Météofun passe par là ^^
Hé ! Si ! Je viens de passer par là (certes avec un peu de retard …) ! Je risque par contre de ne pas vraiment être à la hauteur de vos attentes … Globalement, je pense que d’un point de vue météorologique les idées sont là.
Pour commencer, je trouve que cette idée de sujet est particulièrement intéressante.
Dans un premier temps, on peut aborder le sujet des tempêtes. Si on s’en tient d’un point de vue strictement météorologique, à anomalies exactement égales (tant en BC qu’en altitude, en terme de puissance, d’évolution, …), l’intensité des cyclogenèses augmente avec la vitesse de l’écoulement barocline.
De cette généralité, on va tenter de l’étudier plus en profondeur pour la replacer dans le contexte de l’évolution climatique. En matière d’évolution climatique, j’ai un gros manque de connaissance, il s’agira donc plus de questions (certaines pouvant même éventuellement paraître comme ridicules) ou d’hypothèses « à la louche » dont on dispose, pour certaines, certainement de chiffres précis.
Commençons par voire l’écoulement barocline. Il est directement lié à un fort gradient thermique. C’est donc effectivement un problème intéressant. Si on prend pour hypothèse une augmentation plus rapide des températures dans l’hémisphère nord, on serait tenter de croire que le gradient thermique va diminuer. Prenons des chiffres. Imaginons, actuellement, dans les tropiques, on a 20°C pour -10°C au pôle (chiffres bidons mais qui doivent néanmoins plus ou moins représenter la réalité), soit un delta de 30°C. Imaginons qu’avec le réchauffement, on perd 5°C dans cette variation. On a donc un gradient tropique/pôle qui passe de 30 à 25 °C. La différence bien qu’importante n’est pas non plus excessive, surtout si on regarde d’autres aspects.
Météor a dit que les cellules de Hadley risquaient éventuellement de remonter vers le nord. Rien que cet aspect est suffisant pour supposer qu’on se rapproche du gradient de température actuelle (variation plus faible, mais distance, elle aussi plus faible). Ensuite, on dit que les températures aux pôles augmentent plus. Mais ne serait-on pas tenter de dire qu’une partie de cette augmentation provient d’une diminution de la durée d’enneigement. Auquel cas, c’est plus une diminution dans la durée que dans l’intensité (au passage, je ne sais pas si c’est une bonne explication saisonnière puisque actuellement, on observe un sérieux regain climatique moyen de l’activité barocline dés le début de l’automne lorsque les pôles commencent nettement à se refroidir, mais avant que la neige ne joue un rôle significatif en terme de surface couverte).
Voilà pour les généralités sur le gradient de température. Observons maintenant que la zone du maximum d’activité barocline ne reflète pas du tout une décroissance régulière des températures avec la latitude. En gros, l’activité barocline est conditionnée par des processus planétaires (l’échelle est importante) d’augmentations du gradient de température, via des advections de température à grande échelle, donc de la situation météo. On peut alors s’interroger sur la fréquence de mise en place de ce type de situation dans le futur. Cela peut dépendre de modification de la circulation planétaire, de variations dans les SST, de variations dans la stratosphère, de réponses régionales différentes d’un point de vu énergétique, … et que sais-je encore. Pas simple comme problème.
D’autant pas simple qu’il faut considérer la problématique dans les trois dimensions. En effet, un écoulement barocline est du à des différences dans la répartition thermique qui touchent toute la troposphère. Il ne suffi donc pas de regarder comment risque d’évoluer les températures au sol (l’effet est mineur), mais bien sur toute la verticale. Et là, je n’ai aucune idée si la différence d’évolution dans l’accroissement des températures entre tropique et pôle est prévue aussi importante au sol qu’en altitude (je ne serais pas tout étonné que les variations soient un peut gommées, surtout au niveau des pôles). Il ne faut pas oublier non plus que les advections de température qui mettent en place l’écoulement barocline ne proviennent pas nécessairement du pôle profond ou des entrailles des tropiques, ce qui atténue encore l’effet de cet hypothétique diminution du gradient.
C’est un peu long, mais je voulais absolument bien montrer que l’évolution de l’écoulement barocline n’est absolument pas du tout évidente. J’ai du d’ailleurs oublier un certain nombre d’éléments, mais j’espère avoir été assez convainquant. Dans tout cela (et ce qui suit d’ailleurs …), si pour les aspects strictement météorologiques je suis à peu prés sûr de moi, il n’en n’est pas du tout même pour les aspects évolution climatique. Donc si des personnes confirmées sur le sujet (Stalbuck, Torrent, Météor, CM, et d’autres) peuvent confirmer ou infirmer, faut pas se priver …
Donc, au final, je rejoins Damien pour dire que les aspects dynamiques ne sont surtout pas à négliger dans l’affaire. Déjà actuellement, la vitesse de l’écoulement de référence est extrêmement importantes, mais la mise en phase entre les différentes anomalies (thermique, de tourbillons, … et aux différents étages) est toute aussi primordiale. On ne va pas revenir ici sur l’ensemble de ces éléments (sauf si certains le demande) puisque le forum technique et certains message en prévision reviennent longuement sur ces aspects.
Effectivement, il convient donc de s’intéresser à la dynamique des ces anomalies et aux modifications que cela pourrais entraîner. En altitude, il faudrait connaître l’évolution future de la stratosphère qui émet un certain nombre d’anomalies et savoir si des variations dans le nombre ou la dynamique de ces éléments sont prévues. L’influence de la dynamique (frontogenèse ou cyclogenèse (et là on se mord la queue en quelque sorte …) notamment) est importante puisque les anomalies qui en résultent évoluent et peuvent servir de précurseur à leur tour. En basses couche, comme Damien l’a dit, l’influence des anomalies chaudes, fournisseuses d’énergie (sous forme sensible comme latente avec les précipitations) est primordiale (à ce sujet, j’irais pas jusqu’à dire que la plupart viennent de cyclones …

). Les variations dans la dynamique de BC (tant au niveau thermique que dynamique (tourbillon)) risquent donc effectivement d’être aussi un élément prépondérant.
Au final, sur ces aspects, on n’y voie pas forcément beaucoup plus clair après mon message (j’ai plutôt apporter des éléments de problématiques selon mon point de vu personnel, donc ce n’est pas forcément l’idéal), mais comme l’a rappelé Météor, il doit bien y avoir des éléments de réponses plus précis issus de simulations numériques.
J’aimerai revenir maintenant sur différents points qui ont été abordés …
Torrent, le 31/10/2006 - 08:01, dit :
C'est bien le moteur des depressions à coeur froid qui est en danger par d'une part les temperatures absolues mais aussi et surtout la diminution du gradient thermique en latitude.
Ceci concerne ce qu’on appel couramment la dépression semi-permanante d’Islande. D’un point de vu météorologique, j’ai horreur de ce terme, mais bon … Ce type de perturbation est souvent en faite une perturbation barocline en fin de vie. Il faut bien comprendre que ce centre d’action (Haï ! !, décidément, je renie les principes météo puisque centre d’action, du moins sous ce sens là, est une ineptie météorologique, mais si c’est pour me faire comprendre …) est en fait constituer d’une anomalie froide sur quasiment toute la troposphère. La comparaison avec une goutte froide n’est forcément idiote. Résultat, la circulation cyclonique concerne toute la couche. Or, les perturbations baroclines dans leur phase de croissance ont deux noyaux de tourbillon principaux : en altitude et dans les BC. Une telle perturbation est très dépendante du jet, mais le modifie en retour. On comprend alors que cette situation est bien différente. Les dépression en fin de vie que certain ont appelé à centre froid (pourquoi-pas, ça reflète bien la réalité) sont capables d’agoniser très longtemps tant que l’anomalie thermique reste présente (et c’est bien la variation de température avec l’environnement plus que la valeur absolue qui est importante). Elles sont souvent situées au nord du jet et sont maintenant relativement peu dépendante de ce dernier. Par contre, l’anomalie thermique source de la baroclinie est assez influencée par l’évolution de ces perturbations. C’est peut-être un peu confus, mais c’est vrai que ce n’est pas forcément très facile comme notion.
stalbuck, le 31/10/2006 - 01:06, dit :
Pour moi s'il y a donc un lien à faire entre la canicule de 2003 et le réchauffement, c'est en étudiant le pourquoi de cette remontée de l'anti subsaharien sur la france. J'avais lu un commentaire de Jancovicci qui disait que les scientifiques commencaient à avoir des pistes sur le sujet. Si quelqu'un a de plus d'informations sur ces pistes, qu'il se manifeste ca m'interesse.
C’est vrai que si quelqu’un à des pistes pour lier ce phénomène météo et le réchauffement (dans les conditions de mise en place), ce peut être des pistes très intéressantes dans la problématique de ce sujet, pour tenter de s’affranchir un peu de l’aspect purement météo.
Par ailleurs j’accroche à 100% au post de Cotissois et j’en profite pour faire remarquer qu’il faut faire attention dans le traitement de la NAO. C’est juste un révélateur issu des pressions mais qui n’implique pas grand-chose en terme de circulation atmosphérique. En fait, il n’implique absolument rien du tout (c’est juste un indice), et ne révèle à mon sens pas foule de chose. D’un point de vue personnel, je ne suis pas fan du tout de cet indice, mais c’est sûr, c’est mieux que rien …
Pour finir, Torrent, j’en suis navré, mais je n’adhère pas trop à cette idée du retour vers l’ouest de l’ondulation avant la vague de froid. On a bien une décroissance de l’activité zonale avec la mort progressive de l’activité barocline puis, mais plus tard, de l’anomalie froide qui fini par s’évacuer très lentement vers la Nouvelle-Zemble (bien visible le 25). Il s’ensuit alors une courte période très peu dynamique avant qu’un très violent couple d’advection froide au Canada et chaude sur l’Atlantique ne change complètement la donne (le 28). Les advections de faible TA renforcent violemment l’anomalie de pression positive sur la Scandinavie (le 29). A partir du premier Février, rebelote pour sur l’Atlantique, plus durable celle-là, avec les conséquences que l’on sait. Je vous laisse aller voire sur les archives
ici ou
ici. C’est plus comme cela que je vois la mise en place.
Voili-voilou … J’espère avoir été suffisamment constructif. Il y a sûrement plein de choses à dire en plus, mais je pense que mon message déjà assez long comme ça …
Ce message a été modifié par Météofun - 02 novembre 2006 - 20:37.