
Episode exceptionnel au niveau des précipitations avec de nombreux records battus : 542 mm en 3 jours à Villefort dont 428 mm en 24 heures : record absolu pulvérisé sur ce poste pourtant habitué aux abats d’eau supérieurs à 300-400 mm…
Environ 480 mm à St Maurice de Ventalon (Col de la Croix de Berthel) à quelques km à l’Est du Pont de Montvert. On peut donc considérer que le bassin versant du Tarn en amont du village a reçu une lame d’eau de 300 à 500 mm environ selon les secteurs.
A épisode pluvieux exceptionnel, crue exceptionnelle : le Tarn a atteint la côte de 5.61 m le 02 Novembre 2008 à 01h30 locales à la station de mesure située juste en amont du Pont de Montvert (bassin versant de 67 km2). Pas ou très peu de dégâts car le secteur est "habitué", peu peuplé et surtout les maisons sont hors zone inondable par la plupart des crues.
Selon les séries de mesures dont je dispose (j’ai fait mon Mémoire de Maîtrise en Géographie Physique sur cette rivière dans ce secteur) il s’agit tout simplement de la plus forte crue depuis 1948 (de manière certaine) voir même de la plus forte depuis le début du XXème siècle ! La crue du 22-09-1992 avait atteint la côte de 4.72 m et celle du 19-10-2006 4.92 m, niveau largement dépassé donc ce week-end. Merci aux agents de la DIREN pour la transmission des chiffres.
Mes photos ont été réalisées entre 9h30 et 11h30 locales, soit plusieurs heures après la pointe de crue. A 10h00 locales le niveau n’était plus qu’à 3.71 m (ce qui correspond tout de même à une crue moyenne) : il faut donc s’imaginer la rivière 1.5 à 2 mètres plus haut (selon la largeur du lit) pour avoir une idée du niveau atteint en milieu de nuit !
Autre précision qui fait froid dans le dos et qui montre le potentiel destructeur de cette rivière : la plus forte crue connue est celle du 29-09-1900 (ce jour là il était tombé 950 mm en moins de 12 heures à Valleraugue au pied de l’Aigoual, sans doute à peu près autant vers le Mont Lozère) qui avait atteint un niveau de 8 mètres en plein dans le village : le parapet du vieux pont avait été emporté, ainsi que plusieurs maisons..

Carte postale ancienne de 1900, montrant le parapet du vieux pont emporté et les blocs énormes déposés par la crue ! (Source : Archives Départementales de la Lozère)
Voilà le décor planté, place aux photos. Elles ont été réalisées dans des conditions difficiles, sous de fortes averses et avec un vent tempétueux, donc prise de vue pas évidente, ce ne sont pas des chefs d’œuvre artistiques…


Versant Sud du Mont Lozère, vers Rûnes. Les centaines de mm tombés ont totalement saturé les sols, l’eau ruisselle de partout sur les versants et converge vers la vallée du Tarn en bas.

Voici donc le Tarn furieux (2 mètres plus bas que lors de la pointe de crue je le rappelle) en amont du Pont de Montvert, au niveau de la station de mesure de Fontchalettes.

L’eau ruisselle encore de partout avec quelques éboulements le long de la route. Les traces de ravinement sont très marquées, on voit que la nuit a été très agitée.

Au niveau de la station de mesure de Fontchalettes. Lors de la pointe de crue, les gros rochers étaient submergés…

Les arbres situés dans le lit majeur ont été écorcés par les débris transportés par le courant : témoignage de la violence et de la hauteur de la crue.

Gros bouillon, dans ce paradis du kayak extrême, personne à l’eau aujourd’hui.


Sur le pont de la route du col de la Croix de Berthel, en amont de la confluence avec l’Alignon, principal affluent du haut Tarn.

Nous voici à présent dans le village du Pont de Montvert. Au niveau du camping, la rivière en furie soulève des embruns qui tourbillonnent sous les violentes rafales de vent de SE !

Le même endroit, en été, paradis pour les touristes à la recherche de fraicheur et de soleil. Contraste saisissant.

Zoom sur le même secteur qu'au dessus…

Avec également l’aspect estival des lieux, pour comparaison…
Une petite vidéo pour l’ambiance : le bruit fait partie intégrante de la scène, on ne peut s’en rendre compte uniquement avec des photos. Malheureusement la qualité d’image est médiocre : Vidéo crue du TARN

Le torrent furieux descend vers le village où il reçoit les apports du Rieumalet (versant Sud du Mont Lozère) et du Martinet (versant Nord du Bougès).

Photo prise du vieux pont, vers l’aval. Rappel, le 29 septembre 1900 le Tarn est passé par-dessus le pont d’où est faite la photo…

Depuis ce même pont vers l’amont… A droite le Martinet qui conflue avec le Tarn.

Et le même endroit un jour d’Août 2007, dans la quiétude estivale.

Depuis le pont, vue sur le « quai » (largement submergé en 1900).

Le vieux pont, qui en a vu d’autres, « rigole » devant une crue "ridicule" par rapport à celle de 1900 ou 1827 (parapet emporté). Pour résumer, la crue du 02 Novembre 2008 a sans doute été la plus forte depuis plus de 100 ans, mais elle semble presque insignifiante par rapport aux crues faramineuses de la fin du XIXème siècle.
Pour l’anecdote historique c’est de ce pont qu’est partie la « Guerre des Camisards » qui enflamma les Cévennes au XVIIIème siècle. Le soir du 24 Juillet 1702, l’abbé du Chayla fut poignardé et jeté à la rivière par des rebelles protestants, ce fut le début d’une longue période de « guérilla » où les modestes paysans cévenols résistèrent aux « dragons » du Roi Soleil Louis XIV. Bref, fin de la parenthèse historique, retour aux photos.
Nous quittons à présent le Pont de Montvert pour descendre la vallée, en direction de la confluence avec le Tarnon à proximité de Florac.

Le Tarn en furie dans sa vallée sauvage. Malgré des crues énormes, peu de vulnérabilité ici : il n’y a pas ou peu de constructions en zone inondable entre le Pont de Montvert et l’entrée des gorges du Tarn. A gauche le Bougès, à droite le Mont Lozère.

Un peu plus en aval, le Tarn occupe tout son lit (très encaissé) et au même au delà. Les arbres sont mis à rude épreuve…

Les accumulations de gros blocs, bien au dessus du niveau du jour, témoignent des crues cataclysmiques de la fin du XIXème siècle… Qu'est ce que ça devait être à l'époque ! :rolleyes:

Une image d’automne en Cévennes…

Depuis le Pont de la Vernède, un vieux chêne qui fait front face au courant.

Juste en amont de Cocurès, aux « pierres plates » haut lieu de baignade estivale. :lol:

Depuis le pont de Cocurès : les arbres portent les stigmates de la crue de la nuit !
Ici la crue a été beaucoup plus "banale" qu’au Pont de Montvert : niveau maxi 7 mètres pour 340 m3/secondes environ soit une crue quinquennale environ. En Novembre 1994, le Tarn était monté à 9 mètres ici même. Elle l'a été encore davantage dans les gorges du Tarn car le Tarnon (qui descend de l'Aigoual, d'habitude encore plus violent que le Tarn, a été sage cette fois-ci. Le Massif de l'Aigoual n'ayant pas été aussi touché par ces pluies diluviennes).


Pour finir, une photo du versant méditerranéen des Cévennes cette fois-ci, sur le Gardon de St Jean du Gard à l'entrée Nord du village du même nom. Le pont submersible a été submergé (euphémisme) durant la nuit et de nombreux troncs d'arbres et débris divers se sont accumulés.
Annexes : Vu que j'en vois au fond de la salle que ça intéresse, oui toi je t'ai vu ! :D Je vous mets ici un extrait de mon Mémoire de Maîtrise qui tente d’expliquer le processus des crues du Tarn sur le Mont Lozère pour ceux que ça intéresse. Puis un petit topo historique sur les crues au Pont de Montvert.
Types de temps associés aux crues cévenoles
Si nous étudions la répartition de ces événements dans l’année, nous voyons qu’ils se produisent pour une grande majorité entre les mois de septembre et décembre. Un maximum secondaire se situe en hiver et au printemps, par contre elles sont quasiment absentes en juin, juillet et août.
C’est que les plus grosses crues sont associées à un type de temps particulier : les épisodes cévenols. Ils se produisent le plus souvent aux alentours des équinoxes et essentiellement à l’automne. Une dépression située sur l’Espagne génère un flux de sud est en provenance de la Méditerranée toute proche, l’air chargé d’humidité est contraint de se refroidir par effet orographique au contact des Cévennes, ce qui précipite des quantités de pluie énormes sur ces régions.
Prenons l’exemple de la crue du 8/11/1982 qui a atteint les 390 m3.s-1 et une hauteur de 4.3 mètres. En 48 heures, le 7 et le 8 il est tombé 467 mm de pluie à la Vialasse sur le versant sud du Mont Lozère à 1290 mètres d’altitude et 583 mm aux Cloutasses Hautes, à seulement un kilomètre de là mais à prés de 1400 mètres d’altitude (CNRS).
La crue du 22/09/1992 est, quant à elle, liée à des pluies de 304 mm en 24 heures à la Vialasse et 363 mm en 24 heures aux Cloutasses Hautes. Comment expliquer que des pluies moins importantes aient provoqué une crue beaucoup plus forte ? Cela peut se comprendre à travers la lithologie et la morphologie du bassin versant et du cours d’eau.
Le rôle de la géomorphologie dans la genèse des crues
La genèse des crues sur les cours d’eau du Mont Lozère est tout à fait particulière. Le rôle de la couverture de formations superficielles est essentiel. Cosandey (1994) l’a étudiée dans les bassins versants élémentaires du versant sud du Mont Lozère. Nous avons déjà dit que les manteaux d’altérites étaient très filtrants mais peu épais et disposés de façon discontinue selon les versants. Cela induit un comportement particulier face aux fortes pluies. Même sous de fortes intensités (fréquentes ici, tant lors des orages estivaux que lors des épisodes cévenols), il n’y a jamais d’apparition d’un ruissellement de type hortonien.
Nous avons plutôt à faire à un fonctionnement de type aires contributives saturées, mais un type spécial (voir annexe 6).
Selon le modèle classique, les zones saturées par les précipitations ont une extension aval/amont sur le versant : l’alimentation de la nappe de fond se fait par écoulement hypodermique. Les bas de versants étant saturés les premiers, la montée de crue se fait donc de manière progressive au fur et à mesure que l’ensemble des sols du versant sont imbibés.
Sur les versants du Mont Lozère, les formations superficielles sont très peu épaisses en haut de versant ; par contre les accumulations de fond peuvent être importantes, comme dans un alvéole par exemple. La saturation des sols commence donc en haut de versant et progresse vers l’aval en étant absorbée au fur et à mesure qu’elle gagne des zones d’accumulation plus épaisses. Dans un premier temps, l’écoulement n’atteint pas le drain principal qui se situe au pied du versant. Par contre, s’il pleut suffisamment pour que les formations superficielles épaisses du fond soit saturées, c’est l’ensemble du versant qui ne peut absorber les précipitations. Ainsi, dès ce cap franchi, toute l’eau qui tombe est écoulée. On assiste donc à une montée des eaux soudaine. Dès que la pluie cesse, le débit baisse aussi vite. Cela se voit sur les hydrogrammes de crues de ces petits bassins versants où la montée des eaux est d’abord lente et progressive puis brusque, la décrue étant tout aussi brutale. Nous somme en présence d’un effet de seuil, tant qu’il n’est pas atteint, et même si les pluies sont conséquentes, les cours d’eau ne réagissent pas (des orages estivaux donnant plus de 100 mm en quelques heures ne provoquent pas de hausse conséquente du niveau des cours d’eau). Par contre, quand il est franchi, la crue est brutale. Ce seuil a été calculé, il varie selon l’épaisseur des altérites et de l’état préalable des réserves en eau. En considérant les réserves hydriques comme nulles, il varie de 230 à 270 mm de pluie, valeurs relativement fréquentes sur le versant sud du Mont Lozère.
C’est ainsi que les premières pluies automnales même fortes n’ont quasiment aucun effet sur les cours d’eau et qu’inversement des épisodes de moindre intensité mais survenant après une période humide peuvent provoquer des crues. De même, puisqu’une fois que le seuil est franchi l’ensemble des pluies tombées sont écoulées, plus les intensités sont fortes plus la crue est violente. C’est pour cela que la crue du 22/09/1992 a été exceptionnelle et largement supérieure à celle de 1982 : bien qu’il ne soit tombé que 363 mm contre 583 mm en 1982, ces pluies ont atteint des intensités de prés de 100 mm.h-1 une fois les sols saturés ce qui a entraîné une pointe de crue énorme dans les bassins versants élémentaires.
Il s’agit là du fonctionnement de bassins versants élémentaires de quelques hectares seulement. Le fonctionnement du Tarn est plus complexe. La puissance des crues dépend, entre autre, de la conjonction dans le temps et l’espace des pointes de crues des petits bassins versants. C’est ainsi que la crue du 22/09/1992, bien que la plus forte du siècle, n’a pas été exceptionnelle sur le Tarn tandis que dans des bassins versants de moins de 20 hectares, le débit s’est élevé jusqu’à 1500 l.s-1 soit 7500 l/s/km2, ce qui est tout à fait remarquable, les autres crues cévenoles n’atteignant que 500 l.s-1 au maximum.
Un autre facteur géomorphologique intervient dans la puissance et la rapidité des crues de la rivière, il s’agit de la pente très forte du lit du cours d’eau dans la partie en gorge. Nous avons vu les fortes valeurs de ces pentes, en moyenne 7.25 % pour le tronçon et jusqu’à plus de 10 % par endroit. Cela combiné avec l’étroitesse des lits fluviaux, il nous est aisé de comprendre les fortes vitesses atteintes par le courant (supérieures à 5 m.s-1) ainsi que la rapide propagation de l’onde de crue le long de la vallée.
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