Je constate sur Infoclimat et à la radio que la tempête est belle et bien surpuissante sur la côte atlantique... Pour ma part étant sur Nîmes ça me démange depuis la veille d'aller "dérouiller" mon anémo qui dort un peu depuis que j'ai quitté l'Auvergne. J'ai déjà vécu des rafales à 170 km/h mais sur des crêtes de montagne, où l'ambiance est différente, je veux vivre ça sur la côte, même si par "vent de terre" c'est moins spectaculaire, forcément... Une tempête exceptionnelle, un samedi où je suis libre ça ne se reproduira pas avant longtemps donc je veux suivre ça sur le terrain !
Destination le littoral audois, autour de Narbonne, j'avais prévu ça depuis la veille. Juste avant de partir j'apprends que le département (ainsi que les PO) passent en vigilance rouge
Il est 8h30, je prends l'A9 direction l'Espagne... tout est très calme entre Nîmes et Montpellier, il tombe quelques gouttes mais pas un souffle de vent jusqu'à Béziers. Les gendarmes bloquent les poids lourds à Gallargues : interdiction pour eux d'aller se mettre dans la g****e du loup... Au retour je verrai un PL renversé vers Béziers...
A vrai dire je ne sais pas trop à quoi m'attendre, je suis habitué aux vents violents, mais je ne sais pas ce que ça peut donner sur le littoral languedocien. J'ai déjà vécu des coups de Tramontane ou de Mistral à 120 km/h dans l'Aude ou les Bouches du Rhône sans aucun dégât, mais là les modèles et prévisions laissent tout de même entrevoir du 150 km/h et plus en rafales donc je pars un peu dans l'inconnu, sans savoir d'ailleurs si la prévision va se vérifier.
Sur le trajet j'écoute Sud Radio qui fait un suivi remarquable sur toutes les zones concernés (chapeau à eux !), je prends conscience de l'ampleur du phénomène dans le Sud Ouest où les témoignages sont éloquents et je me dis qu'avec l'accélération entre Pyrénées et Massif Central ça risque quand même d'être méchant sur Aude et PO !
J'arrive sur place au tout début de l'épisode, avec un vent qui souffle autour de 100 km/h en rafales, un petit apéro quoi...
10h41 : Narbonne plage. Quelques belles éclaircies et le sublime Canigou enneigé en toile de fond. Le vent décoiffe les vagues et soulève le sable mais ça reste "gentil"

10h44 : Narbonne plage. L'ambiance est bien sympa, de belles lumières et le sable qui me fouette les jambes

Dans les rues l'ambiance est bizarre, certes les stations balnéaires en plein hiver c'est toujours un peu désert, mais là seulement quelques personnes qui promènent leur chien, la police municipale et les pompiers qui font des rondes... Ambiance vigilance rouge, c'est particulier... , c'est ma première d'ailleurs et je n'aurai jamais pensé que ce soit une vigi rouge "tempête"
A partir de 11h30 le vent se déchaîne vraiment. Je me positionne sur la plage Sud de Gruissan à l'école de voile. Les étangs sont démonté et le vent projette les embruns sur des dizaines de mètres.
Je ne mesure des rafales qu'à 130 km/h environ mais les premiers dégâts mineurs sont visibles : arbres couchés, tuiles à terre. Certaines personnes viennent voir l'état de la mer...
D'autres, inquiètes surveillent leurs toits dans le quartier des "chalets" rendu célèbre par le film "37,2°C le Matin". Bizarre de se trouver dans se "décors" de ciné, je n'étais encore jamais venu ici... Aujourd'hui c'est beaucoup moins "chaud" niveau T°C (12°C environ) mais c'est bien "chaud" au niveau du vent
Bref, ne vous attendez pas à de "super photos", dur dur les conditions avec les embruns qui décapent tout. Ma voiture, noire à l'origine, est ressortie blanche de sel et couverte de sable de cette aventure. De plus, une tempête de "vent de terre" reste moins spectaculaire au niveau de la mer et des vagues : pas de grosses déferlantes... Pour voir ça ici, il faudra attendre la prochaine tempête de Marin (tout aussi capable de produire des vents > 150 km/h).
12h51 : Gruissan Sud. Le vent de terre envoie des tonnes de sable des plages vers la mer qui prend une couleur marron sur une petite bande côtière.

Entre 14h00 et 15h00 : le premier paroxysme de la tempête. Je me suis positionné sur le plage Nord de Gruissan. Je suis au téléphone avec Sebaas qui me tient au courant de la situation est des valeurs ahurissantes relevées à Perpignan-Rivesaltes à quelques km plus au Sud (merci à lui pour les infos régulières).
Ma voiture est soudainement malmenée par le vent, garé perpendiculairement aux rafales elle commence à bien giter donc je me déplace et me positionne face au vent c'est mieux et plus prudent. Ca serait con de se retrouver sur le toît...(même si ma Corsa n'offre pas une grosse prise au vent comme une camionnette par exemple)
Pas de risque ici, pas d'arbre, pas de bâtiment, juste une végétation rase et du sable...
Petite séance de mesure à l'anémo à main : 130-140 km/h et tout d'un coup une rafale de dingue : les gravillons du parking (jusqu'à plus de 1 cm de diamètre) sont soulevés à plusieurs mètres de haut et viennent me mitrailler le visage et les mains
14h45 :

159 km/h pour cette rafale ! Ah il me semblait bien que ça avait été violent là.
On m'avait conté les anecdotes de "galets et chèvres qui volent" au Cap Corse lors des coups de Libecciu, je viens de tester ça dans l'Aude... Réfugié dans ma voiture, le bruit est semblable à celui d'une averse de grêle
Je décide de prendre de la hauteur. Direction le Massif de la Clape qui domine la côte de 150 m d'altitude. Un panneau indique "route coupée", je passe quand même après réflexion car je me doute que c'est pour l'autre versant, côté Narbonne, où la route passe en pleine forêt. Effectivement, j'apprendrai plus tard que de nombreux arbres sont tombés là bas. De mon côté (côté Est) aucun risque puisqu'il ne s'agît que d'une garrigue basse avec de jeunes pins de 1 ou 1,5 m max de haut. Évidemment le vent se déchaine aussi sur le relief mais je ne relève pas de rafale supérieure à celles enregistrées sur la côte.
Vu d'en haut, la Méditerranée "fume" sous la tempête, on distingue les plus grosses rafales qui soulèvent des embruns de folie sur des dizaines de m de haut parfois, embruns souvent "tournoyants" à cause des turbulences...
15h12 : Narbonne Plage et la mer "blanche"

15h15 : Idem

15h18 : Idem

Retour à Gruissan où je vais faire un tour dans le port. Je mesure 146 km/h, tandis qu'un autre gars avec un anémo me dit avoir relevé 155 km/h avant mon arrivée. Les bateaux sont chahutés, sous les plus fortes rafales les mâts sont à plus de 45° et je crains d'en voir couler un... Des voiles se déplient et se déchirent, des canots de sauvetage sont arrachés... Les employés de la capitainerie et les gendarmes maritimes essaient de limiter les dégâts en prenant de gros risques : debout sur un bateau ou un ponton par un tel vent on a vite fait de passer à l'eau.
Pendant que je mesure le vent en m'accrochant aux panneaux de signalisation, des gens me filment et me photographient depuis leur appart' : peut être qu'on me retrouvera en vidéo sur Youtube sous le titre "un inconscient dans la tempête"
Je trouve un bel abri pour faire des photos sous les plus fortes rafales sans me ramasser les embruns qui volent de partout et mouillent tout : le local en béton qui abrite les pompes à essence
15h59 : Gruissan : furie dans le port. Ces bateaux sont face aux plus fortes rafales. le point rouge c'est un employé du port qui sécurise un des voiliers !

16h00 : Gruissan. Les rafales les plus fortes se matérialisent par de grosses trainées blanches


16h02 : une rafales extrêmement violente !

Quelques photos des dégâts à présent... Dégâts franchement assez limités quand on les met en relation avec les valeurs de vent record (160 km/h en rafales / vent moyen proche de 90-100 km/h). C'est là qu'on comprend que la Méditerranée (et ce secteur en particulier) est le royaume des vents violents.
Les 120 km/h sont habituels ici donc la végétation, les bâtiments plutôt adaptés... Bon quand même à 160 km/h on passe dans une autre catégorie et ça commence à poser problème mais ces même 160 km/h en région toulousaine ou parisienne auraient donné des ravages généralisés... Ici tout cela reste assez ponctuel d'après ce que j'ai vu, mais je n'ai pas fait une tournée exhaustive.
Des grands pins couchés (Gruissan) :

Des branches propulsées à plusieurs mètres (Gruissan)

Aïe ! Plus de peur que de mal, la voiture a juste été touchée par les branches, pas de bobo (Gruissan)

Un grand pin déraciné (Gruissan)

Les panneaux ont souffert. J'en ai vu certains totalement pliés et couchés au sol.

Je n'ai pas pu prendre la photo mais à côté, les perches du terrain de rugby ont été pliées également ! Par contre la "grande roue" du parc d'attraction n'a pas bronché, j'avoue avoir douté de sa résistance mais non elle a tenu le coup !
Narbonne plage : grand pins tombés sur un abri bus et un transfo EDF. Pompiers en intervention. Plus loin les pompiers sécurisaient un périmètre autour d'un bâtiment récent dont la toiture avait quand même bien souffert.

Pour finir à Narbonne plage (ou St Pierre sur Mer, je me rappelle plus) : un algeco remplis de mobilier (bureau de vente) littéralement renversé

Voilà, sacrée expérience, vents légèrement moins violents que mon record perso à plus de 170 km/h sur les crêtes auvergnates mais c'est quand même bien plus impressionnant en bord de mer, dans un environnement "habité". Ressenti style "cyclone comme à la télé" avec le vent moyen, les énormes rafales faisant plier les palmiers, soulevant les embruns, le bruit dans les mats des bateaux etc...
Vraiment aucune "frayeur" pour ma part durant cette journée, il suffit d'un peu de bon sens pour éviter les ennuis : renoncer à passer dans des secteurs bordés d'arbres ou sous des bâtiments lors des plus grosses rafales, ne pas sortir de la voiture dans les coins où il est susceptible de voir des objets volants style tuiles, branches, planches etc...
De toute la journée je n'ai d'ailleurs jamais rien vu "voler" ni d'arbres casser devant moi : j'ai vécu les plus grosses rafales sur la plage ou rien ne bougeait (sauf le sable qui m'a bien décapé le visage et les petits cailloux dont je vous ai parlé plus haut).
Concernant l'interdiction totale de circuler prononcée par le Préfet : perso j'ai croisé à plusieurs reprise les gendarmes et policiers municipaux qui ne m'ont rien dit.
De même au retour ça circulait sur l'A9 (les gendarmes laissaient rentrer au péage) alors que les panneaux lumineux disaient "circulation interdite", mais c'était en fin de tempête et en direction du Nord donc c'est peut être pour ça...
Concernant la réaction des gens face à la vigilance rouge. Globalement peu de monde dans les rues mais tout de même des familles allant voir la mer avec les enfants, des gens promenant leur chien etc... des gens sur leur tôit pour remettre des tuiles (mais là aussi c'était pendant des périodes de relative accalmie).
3 vidéos à suivre dans la semaine mais j'ai un problème de conversion pour l'instant...
Vidéo (qui n'est pas de moi) à Gruissan : http://fr.youtube.co...h?v=cjR_7RpIaQ0
Épisode mémorable !

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