
Je propose que chacun apporte ici sa pierre pour construire un mini-dossier sur la physique de l'effet de serre. Un seul critère : une explication simple des choses.


1 - L'effet de serre, comment ça marche d'un point de vue physique ? Pourquoi l'atmosphère interfère-t-elle avec le rayonnement thermique ? Qu'appelle-t-on réellement "Effet de Serre" ?
2 - Pourquoi le CO2 est un gaz à effet de serre ? Et pourquoi pas le dioxygène et le diazote de l'air ?
Qu'est-ce que le stretching et le bending du CO2 ?
3 - Qu'est-ce que la température d'équilibre d'une planète ? Qu'est ce que la loi de Planck ? De Wien ? De Stéfan ?
4 - Pourquoi le bilan énergétique de la terre est actuellement en déséquilibre ? (et pourquoi la température de la terre va-t-elle continuer à augmenter jusqu'à atteindre une nouvelle température d'équilibre même si on cesse complètement d'émettre des gaz à effet de serre ?)
- Spectre en longueurs d'onde de la lumière émise par le système Terre-atmosphère vers l'espace :

Sur cette figure est représenté le spectre en longueurs d'onde de la lumière émise par le système Terre-atmosphère vers l'espace. En pointillés sont représentées les courbes d'émission des Corps Noirs à différentes températures. (un corps noir n'est pas nécessairement noir (!) mais émet de la lumière dont le spectre dépend uniquement de la température)
On note que le spectre n'est pas partout celui du Corps Noir à la température de la surface terrestre (entre 280K et 295K). On note en effet des baisse d'émission autour de longueurs d'ondes caractéristiques des bandes d'absorption-émission des principales molécules absorbantes de l'atmosphère :
- Vapeur d'eau : bande centrée à 6.25 micromètres.
- Ozone : 3 bandes : 9.0, 9.6 and 14.3 micromètres.
- Gaz carbonique : 4.3 et 15 micromètres.
Spectres d'absoption d'H20, O3, N2 etc. :
http://www.ens-lyon.fr/Planet-Terre/Infosc...ffetdeserre.htm
- Géomètrie des molécules et bandes d'absorption :
L'absorption du rayonnement infrarouge dépend de la structure de la molécule : les molécules bi-atomiques et symétriques (O2, N2, H2...) sont très peu absorbantes dans le domaine infrarouge lointain (4 à 40 micromètres, domaine du spectre IR terrestre); les molécules non symétriques (H2O, CO2, CH4, CO...) sont beaucoup plus absorbantes. Par ailleurs, certaines piègent ce rayonnement infrarouge plus que d'autres, comme le CO2 (qui est relativement abondant et qui a une bande d'absorption pratiquement là où la Terre émet le plus : 15 microns). Parmi les contributions significatives le méthane, les CFC, l'ozone. Ne pas oublier que le gaz qui contribue le plus à l'effet de serre reste H2O dont la concentration varie énormément en fonction des facteurs météorologiques.
Pour qu'un gaz puisse jouer un rôle dans l'effet de serre (naturel ou additionnel), il faut qu'il ait des propriétés d'absorption (et donc de réémission) dans le domaine d'émission du système Terre-atmosphère considéré comme un corps noir autour de 260-280K. Ce domaine spectral correspond à l'infrarouge thermique entre 4 microns et 40 microns. Dans ce domaine, les molécules considérées absorbent un photon et passent d'un état fondamental à un état excité de vibration.
Cette capacité d'absorption est alors directement liée aux propriétés spectroscopiques des molécules et donc à leur structure (capacité à "vibrer"). Les molécules diatomiques comme le diazote N2 et le dioxygène O2 n'ont pas cette capacité de vibration et donc n'absorbent pas le rayonnement dans le domaine des longueurs d'onde infrarouge Elles ne jouent donc pas de rôle dans l'effet de serre.
Qui peut aller plus loin dans l'explication ?
Un bon début ici :
http://www.ens-lyon.fr/Planet-Terre/Infosc...rtie2_2.htm#Mol

- Gaz à effet de serre :
La capacité des constituants atmosphériques à piéger le rayonnement infrarouge est donc liée à leurs propriétés de structure moléculaire. Leur rôle relatif dans l'effet de serre est alors fonction de leur concentration dans l'atmosphère et du degré de saturation des transitions, lié précisément à cette concentration relative.
Ainsi, l'effet de serre naturel est principalement dû à H2O et CO2. Compte tenu des concentrations actuelles de ces gaz dans l'atmosphère, aux longueurs d'onde considérées, l'absorption du rayonnement est totale. Une augmentation de concentration de ces gaz ne conduit pas alors à une augmentation proportionnelle de l'absorption (relation non linéaire). Ceci explique que le doublement du gaz carbonique de 350 ppmv à 700 ppmv ne conduise qu'à un apport d'énergie supplémentaire de 4 W/m2 alors que l'effet actuel (qui correspond à un passage de 0 ppmv à 350 ppmv) est d'environ 50 W/m2
Ceci explique aussi que des constituants moins abondants comme le méthane (1.8 ppmv), l'ozone (0.04 ppmv) ou les CFC (0.003 ppmv) puissent in fine jouer un rôle relatif important dans l'effet de serre additionnel dans la mesure où leurs bandes d'absorption sont situées à des longueurs d'onde différentes de celles de H2O et CO2.
Ainsi, à masse égale relâchée aujourd'hui dans l'atmosphère, le méthane a un pouvoir de piégeage du rayonnement 56 fois supérieur à celui du CO2, l'ozone 1 200 fois et les CFC entre 4 000 et 8 000 fois.
http://www.ens-lyon.fr/Planet-Terre/Infosc...ffetdeserre.htm

Loi de Planck (qui veut la démontrer ?
Fémi = Flux émis
h = 6.63 10-34 J.s : constante de Planck
kB = 1.38 10-23 J/s constante de Boltzmann
c = 3.00 108 m/s vitesse de la lumière
Lambda : longueur d'onde.
T : Température du corps opaque.
Loi de Wien. Cette loi dite du "déplacement de Wien" découle directement de la formule de Planck.
Pour une température donnée, elle donne la valeur de la longueur d'onde où le flux est maximal.
La loi de Stéfan est la simple intégration de la loi de Planck sur l'ensemble des longueurs d'onde.
Pour T=6000K, on a Fp=Fi=73.000.000 W/m2/K-4
Pour T=300K, on a Fp=Fi=459 W/m2/K-4
La formule de Stefan est d'une importance capitale et rappelle que les flux incidents et partants ne sont fonction que de la température. On note la forte dépendance en T puisqu'il s'agit d'une puissance quatrième.
Alors que la Température du Soleil n'est que 20 fois plus élevée que celle de la Terre, son flux partant est 160000 fois plus élevé. Plus de détails : http://www.ens-lyon.fr/Planet-Terre/Infosc...html#definition
Qui serions-nous et que saurions-nous sans la physique ?
- Bilan "classique" - A l'équilibre :


L'absorption de la partie non réfléchie du rayonnement solaire (flèches jaunes) par l'atmosphère et et la surface terrestre réchauffe le système climatique. Pour se refroidir, ce dernier doit émettre de l'énergie vers l'espace sous forme de rayonnement. Cette émission provient de la surface elle-même, mais aussi des nuages et de différentes molécules atmosphériques. Ces corps étant à des températures entre 220 et 300K, cette émission s'effectue dans l'infrarouge (flèches rouges).
Cette figure résume les transformations de l'énergie solaire incidente et rappelle les différents processus du bilan radiatif terrestre. Les chiffres sont basés sur un flux de 100w/m2 au sommet de l'atmosphère. On peut aussi raisonner en pourcentage des 340watts incidents au sommet de l'atmosphère.
Cliquez sur les textes soulignés pour en savoir plus.
http://www.ens-lyon.fr/Planet-Terre/Infosc...3/partie3_1.htm
- Mise en évidence du déséquilibre énergétique de la terre :
http://www.giss.nasa.gov/research/news/20050428/
...> temps de réponse, inertie du sytème
-

These maps show observed (top) and modeled (below) energy imbalances in the top 750 meters (2,461 feet) of the world's oceans from 1993-2003. Areas where there was an energy surplus are shown in shades of yellow to red, while areas where there was an energy deficit are in shades of green to purple.
Ten years of observations show that Earth's oceans absorbed an average of 6.02 excess watt-years of energy per square meter (a watt-year is the total amount of energy supplied by 1 watt of power for a year.) Model simulations are in close agreement: an average of five "runs" of the GISS climate model to simulate evolution of the climate since 1880 predicts that by 2003, the imbalance would be about 5.98 watt-years per square meter.
The present planetary energy imbalance is large by standards of Earth's history. For example, an imbalance of 1 Watt per square meter maintained for the last 10,000 years is sufficient to melt ice equivalent to 1 kilometer of sea level (if there were that much ice), or raise the temperature of the ocean above the thermocline [the boundary layer between the warm, surface waters and the deep ocean] by more than 100°C.
Earth's average global temperatures have not increased enough since 1880 to account for the total energy imbalance.
La température terrestre n'a pas augmenté assez depuis 1880 au regard du déséquilibre énergétique
Although some of the excess heat has gone to melt snow and ice and to warm the land surface, much of the energy imbalance that has accumulated since 1880 has been stored in the ocean and has not made its presence felt.
Bien qu'une partie de la chaleur ait été utilisée pour faire fondre la galce et pour chauffer les surfaces continentales, la plus grande partie du déséquilibre énegétique accumulé depuis 1880 a été stockée dans les océans et n'a pas encore fait sentir ses effets.
Instead, the scientists say that in addition to the 0.6-0.7°C warming that has happened over the past century or so, an additional 0.6°C increase in average global temperatures remains "in the pipeline," even if greenhouse gas concentrations and other climate-warming influences immediately stopped increasing.
Les scientifiques disent que, en plus du réchauffement de 0,6-0,7°C du siècle dernier, une augmentation de 0,6°C supplémentaires de la température globale moyenne reste dans le pipeline, et même si les concentrations de CO2 cessaient immédiatement de croître.
The "lag time" between when the oceans absorb excess energy and when that excess produces observable changes in global temperature can be a two-edged sword.
Le décalage, le délai entre le moment où les océans absorbent l'excès d'énergie et le moment où cet excès produit des effets observables au niveau de la températue globale peut être une "épée à double tranchant"
In their introduction to their research paper, published today in the scientific journal Science, the authors wrote : This delay provides an opportunity to reduce the magnitude of anthropogenic climate change before it is fully realized, if appropriate action is taken. On the other hand, if we wait for more overwhelming empirical evidence of climate change, the inertia implies that still greater climate change will be in store, which may be difficult or impossible to avoid.
Ce délai nous donne une chance pour réduire l'amplitude du changement anthropogènique du climat, avant qu'il soit complètement réalisé, ceci si des mesures appropriées sont prises. A l'opposé, si nous attendons davantage de preuves expérimentales accablantes, l'inertie du sytème implique qu'un changement climatique encore plus grand sera "en réserve", changement qui sera alors difficile voir impossible à éviter.
http://www.giss.nasa.gov/research/news/20050428/
- Causes du déséquilibre - Forçages :

Attribution of 20th Century climate change to CO2
http://www.realclimate.org/index.php/archi...e-to-cosub2sub/
- Evolution de la température de la Terre - Projections du GIEC :


Références :
- Dossier ENS : http://www.ens-lyon.fr/Planet-Terre/Infosc...intro.htm#table
- Earth's Energy Out of Balance, Hansen et al, 2005
http://www.giss.nasa.gov/research/news/20050428/













