Rappel : diverses mesures (soit observations au sol, soit observations au sommet de l'atmosphère) ont conclu que l'albedo terrestre a d'abord augmenté entre les années 1960 et les années 1980, puis diminué entre les années 1980 et les années 2000. La première période a été nommée "assombrissement global" (global dimming) et la seconde éclaircissement global. La résultante a été moins d'insolation de surface entre 1960-80, plus entre 1980-2000. L'origine du phénomène reste non élucidée : les aérosols anthropiques (pollution industrielle forte des trente glorieuses, suivies de mesures anti-pollution depuis vingt ans) sont soupçonnés, bien sûr, ainsi que la variabilité naturelle de la nébulosité.
Dans ce nouveau papier, Martin Wild pose directement la question : la hausse d'insolation peut-elle expliquer le réchauffement récent ? Et il répond : non.
Tout d'abord, le papier montre qu'il existe effectivement une corrélation entre les tendances des T et les phases dimming / brightening (ci-dessous)

Au-delà, Wild et al analysent plus en détail et montrent que la Tmax avait baissé entre 1958-1985 (conforme au dimming), mais qu'elles ont nettement augmenté entre 1985 et 2002 (conforme au brightening).

Toutefois, et c'est le point important, Wild et al. remarque que les valeurs d'insolation sur les terres des années 2000 n'ont pas encore retrouvé les valeurs des années 1960, avant l'assombrissement, d'après les analyse du GEBA (Global Energy Balance Archive). Or, dans le même temps, les températures de surface terrestre ont augmenté de 0,8°C. Déduction : ce n'est pas l'insolation elle-même qui explique cette différence entre 1960 et 2000, mais plus probablement les gaz à effet de serre.
La conclusion de cet article contredit donc l'interprétation sceptique (dont le mienne, j'avais pas mal parlé ici des travaux de Wild 2005 et Pinker 2005 sur ce thème, qui étaient cependant limités aux années 1980-2000).
Le seul point "faible" du papier de Wild est qu'il ne donne pas les estimations GEBA pour 1960 et 2000, de même qu'il précise "Historic radiation data from GEBA are of variable accuracy depending on the individual station". Je lui ai écrit pour avoir des informations exactes sur ce sujet. La marge d'erreur des stations de mesure au sol est souvent assez forte (par exemple 5 W/m2 dans le réseau BRSN), il est donc important de connaître le delta insolation exact entre 1960 et 2000 (ainsi que le nombre de stations concernées pour analyser cette profondeur historique), afin d'évaluer la significativité de la conclusion principale.
En soi, le papier de Wild n'analyse pas sur la cause du réchauffement 1960-2000 (l'auteur considère clairement que les GES sont le candidat). Mais il tend à confirmer que la pause 1960-80 était sans doute liée au couple aérosols-nébulosité, masquant alors le réchauffement.
GEOPHYSICAL RESEARCH LETTERS, VOL. 34, L04702, doi:10.1029/2006GL028031, 2007
Impact of global dimming and brightening on global warming
Martin Wild
Institute for Atmospheric and Climate Science, ETH Zurich, Zurich, Switzerland
Atsumu Ohmura
Institute for Atmospheric and Climate Science, ETH Zurich, Zurich, Switzerland
Knut Makowski
Institute for Atmospheric and Climate Science, ETH Zurich, Zurich, Switzerland
Abstract - Speculations on the impact of variations in surface solar radiation on global warming range from concerns that solar dimming has largely masked the full magnitude of greenhouse warming, to claims that the recent reversal from solar dimming to brightening rather than the greenhouse effect was responsible for the observed warming. To disentangle surface solar and greenhouse influences on global warming, trends in diurnal temperature range are analyzed. They suggest that solar dimming was effective in masking greenhouse warming, but only up to the 1980s, when dimming gradually transformed into brightening. Since then, the uncovered greenhouse effect has revealed its full dimension, as manifested in a rapid temperature rise (+0.38°C/decade over land since mid-1980s). Recent solar brightening cannot supersede the greenhouse effect as main cause of global warming, since land temperatures increased by 0.8°C from 1960 to 2000, even though solar brightening did not fully outweigh solar dimming within this period.


