A la lecture de l’excellente intégrale des œuvres scientifiques de François Arago publiées en 1858 et numérisées par Google (j’en conseille la lecture, ne serait-ce que du passage où Arago explique brillamment pourquoi les morceaux de glace se forment généralement par le fond dans les rivières et par la surface dans l’eau stagnante), on apprend que la Seine fut entièrement prise par les glaces à Paris en décembre 1762 après seulement 6 jours de gelée à seulement -3,9°C de tm sans que le plus grand froid ait dépassé -9,7°C.
Cela aurait tendance à confirmer ce que beaucoup pensent, à savoir que les conditions d’embâcle des fleuves français ont sans doute bien évolué au rythme des changements intervenus dans l’environnement des rivières (rejet d’eaux « réchauffées », berges artificielles, régulation du débit, barrages, dragages, élimination des obstacles à la navigation etc…) au point de rendre cet élément hors de propos pour des comparaisons précises ! D’ailleurs, Arago lui-même constate que des conditions plus rudes que celles de 1762 n’ont pas amené d’embâcle de la Seine en 1748 alors même que le débit du fleuve était identique (ce qu’il attribue à une différence de couverture nuageuse, et donc de rayonnement de l’eau vers le ciel, et donc de température à la surface de l’eau, ce qui me paraît pour le coup assez douteux… Mais je ne suis pas physicien). Idem lors du terrible hiver 1709 où l'embâcle ne fut pas totale.
Pour l’anecdote, si on se borne à considérer les conditions de température de l’embâcle total de décembre 1762, dans les mêmes conditions d’environnement qu'à l'époque, on aurait eu 6 ou 7 embâcles totales de la Seine depuis 1970. Amusant non ?
- une congélation quasi-totale de la Seine en janvier 2003 (6 jours de gelée -3,6°C de moyenne du 6 au 11 janvier avec une extrême à -7,5°C) ;
- un embâcle total en janvier 1997 ;
- un embâcle total en février 1991 ;
- idem en janvier 1987 ;
- idem en janvier 1985 ;
- idem en janvier 1979 ;
- idem en décembre 1970/ janvier 1971 ;
