Bonjour,
Excusez moi, mais je crois que le débat sur le site pensée unique n'est pas fondamentalement intéressant.
En revanche, le CNRS, revenant sur l'expédition TARA, a établi des premières conclusions incontestables, et qui interpellent sur la vitesse des changements dans l'Atlantique Nord.
Je crois que cela mérite vraiment des réactions et des commentaires.
Bonjour,
http://www.insu.cnrs.fr/a2385,premiers-res...s-damocles.htmlvoici l'article du CNRS
Citation
Les premiers résultats de Damocles
[26-11-2007]
Les premiers travaux du projet européen Damocles(1) et de la mission Tara Damocles commencent à porter leurs fruits. Déjà quelques faits remarquables concernant la transformation en cours de l'océan Glacial Arctique, ainsi que les causes probables et conséquences possibles de cette évolution, peuvent être rapportés.
Les faits (avérés)
1/ Un recul spectaculaire de la banquise à la fin de l'été 2007 Entre septembre 2005 et septembre 2007, c'est plus d'un million de km2 de glaces de mer qui ont disparu. La position géographique à partir de laquelle la dérive transpolaire de Tara a débuté en septembre 2006, et qui alors localisée en pleine banquise, se retrouvait située en septembre 2007 à plus de 400 km au sud de la lisière de la glace.
2/ Un accroissement tout aussi spectaculaire de la vitesse de la dérive transpolaire arctique qui va du détroit de Béring au détroit de Fram entre l'été 2006 et l'été 2007 Cette accélération des mouvements de la dérive transpolaire peut en partie être tenue pour responsable de la diminution de la surface couverte par la banquise à la fin de l'été 2007. Tara a parcouru plus de 2 000 km à vol d'oiseau, soit le double en réalité si l'on tient compte de tous ses déplacements. Elle a effectué ce trajet en 400 jours environ, soit à une vitesse moyenne 2 fois plus élevée que celle anticipée par les chercheurs et 3 fois plus élevée que celle prédite par les modèles. Tara sortira donc de l'océan Glacial Arctique avant la fin de l'année 2007, alors que cette sortie était prévue au cours de l'été 2008.
3/ La disparition progressive des glaces pluriannuelles au profit des glaces de l'année Cette disparition se confirme et résulte en grande partie des deux constats précédents. En septembre 2007, la station russe dérivante NP35 n'a pas pu être déployée au coeur de l'Arctique, comme prévu initialement, mais à la périphérie, à proximité du Cap Artichevsky par 81°30N et 103°E environ, faute de trouver de la glace pluriannuelle après avoir sillonné l'Arctique de part en part, de la Sibérie au Canada, de 100°E à 130°O et de 80°N à 89°N.
4/ Une accumulation de glaces compactes et épaisses le long des côtes du Groenland et du Canada ainsi que dans le détroit de Fram, au cours de l'été 2007 Celle-ci a rendu très difficiles les opérations conduites dans cette région à partir des brise-glaces suédois (Oden), allemand (Polarstern) et norvégien (Lance), malgré l'aide de brise-glaces russes à propulsion nucléaire. Dans tout le reste de l'Arctique en revanche, la navigation dans les glaces n'a présenté aucune difficulté. Au cours de l'été 2007, il était possible d'aller du delta de la Lena en Sibérie à celui du Mackenzie au Canada sans rencontrer un seul morceau de glace dérivante.
5/ Un accroissement de la fonte à la surface de la banquise, les flaques recouvrant désormais plus de 50% de sa surface en été, et une augmentation de la pluviosité dans le secteur situé entre le Groenland, le Spitsberg et le pôle Nord géographique, liés tous deux à des entrées d'air chaud et humide en provenance du nord de l'Europe. Les relevés de température effectués à Tara au moyen d'un ballon captif entre la surface et 2000 m d'altitude ont révélé la présence de masses d'air chaud à basse altitude (couche d'inversion entre 300 et 800 m d'altitude).
6/ Un retard dans la formation de la banquise Au 15 octobre 2007, l'océan Arctique était toujours libre de glace entre la Sibérie et le Canada, la période de formation de la banquise n'ayant pas encore véritablement commencé malgré l'arrivée de la nuit polaire.
Les causes (probables)
Les observations et les mesures collectées à Tara et aux alentours vont permettre après analyse d'établir précisément les causes de certains des phénomènes constatés. Les recherches sont conduites à la fois : 1) dans l'atmosphère, par l'analyse de plus de 100 profils de température, d'humidité et de vitesse et direction du vent entre la surface et 2000 m d'altitude, complétée par des analyses au sol entre 0 et 10 m, et par l'analyse du rayonnement solaire incident et réfléchi, des flux radiatifs et turbulents et de l'albédo Il s'agit d'étudier non seulement la distribution horizontale et verticale des températures, mais également les caractéristiques du vent, premier responsable du mouvement des glaces de mer et de l'hygrométrie de l'air, et responsable aussi de la couverture nuageuse, des précipitations et de la salinité de l'eau de mer, laquelle fixe la température de congélation des eaux de mer. 2) dans la neige et la glace, par l'analyse des relevés en continu des épaisseurs de glace et de neige et des caractéristiques physiques de la neige et de la glace 3) dans l'océan, par l'analyse des relevés de température et de salinité effectués toutes les 48 heures entre la surface et au moins 1000 m de profondeur.
Tous ces paramètres sont observés, mesurés et enregistrés à Tara à fin d'analyse par les experts du consortium européen Damocles.
D'ores et déjà, des indices forts de réchauffement des masses d'air et d'eau ont été relevés. Des masses d'air chaud ayant une température supérieure à +10°C et se déplaçant à basse altitude (400 à 800 m) ont été observées cet été à Tara. Par rapport aux références climatologiques d'il y a 20 ans, la température des masses d'eaux atlantiques a augmenté de 0.5°C en moyenne et leur épaisseur de 100 m, les eaux atlantiques étant les eaux dont la température est supérieure à 0°C (entre 200 et 800 m de profondeur).
Les conséquences (possibles)
Bien qu'aucun modèle ne soit actuellement en mesure d'établir des prévisions fiables dans cette région, l'objectif principal du projet Damocles est bien de corriger les modèles et d'améliorer la fiabilité de leurs prévisions. Il est d'ores et déjà possible d'établir quelques prévisions basées sur les récentes observations de la banquise arctique et simultanément de l'océan et l'atmosphère qui l'environnent.
1/ Il est fort probable que la banquise arctique aura disparu en été dans les 10 à 15 années qui viennent. Au rythme actuel d'une perte de 500 000 km2 de banquise chaque année en été et sachant que la surface actuelle à la fin de l'été est de l'ordre de 4 à 5 millions de km2, il suffirait en effet de 8 à 10 ans pour que cette banquise d'été disparaisse.
2/ Cette disparition contribuerait à fortement augmenter l'absorption de l'énergie solaire incidente dans cette région, l'océan absorbant 80% de cette énergie alors que la glace la réfléchit vers l'espace à 70 - 80%. Cela aurait pour conséquence de réchauffer localement l'océan superficiel et donc l'atmosphère et d'entraîner ainsi une fonte accélérée des glaces continentales du Groenland, ce qui conduirait à une élévation du niveau de la mer de l'ordre de 1m (ou plus) d'ici la fin du siècle.
3/ Cet afflux d'eau douce vers l'océan, de part et d'autre du Groenland, aurait aussi pour conséquence majeure de ralentir la montée des eaux chaudes et salées de l'Atlantique Nord vers l'océan Arctique et donc de refroidir l'Europe Occidentale, ce qui entraînerait un bouleversement climatique bien au-delà des régions arctiques et subarctiques.
4/ De cette évolution des conditions environnementales en Arctique, qui attise déjà la convoitise des pays riverains comme il a été possible de le constater cet été, nombre de conséquences géopolitiques et socio-économiques sont également à attendre : ouverture de nouvelles voies maritimes entre l'Est et l'Ouest, exploitation de ressources minérales (pétrole et gaz) et vivantes (pêche), changement radical des modes de vie des populations autochtones, modification des écosystèmes...
Tout ceci mérite certainement commentaires et débats, car ces informations sont récentes et concrètes. Elles traduisent bien la situation vécue sur le terrain -même si les vraies données exploitées ne viendront que plus tard-, et ont le mérite d'actualiser -je n'oserai dire accélérer- les prévisions du GIEC.