Depuis la fin du mois d'aout dernier, les orages me manquaient beaucoup, surtout après un été 2007 particulièrement pauvre et finalement bien peu estival.
Mais revoici enfin les cieux contrastés, les cumulus joufflus suspendus au-dessus des champs de colza, le crépitement des éclairs lointains sur les grandes ondes, et la fièvre qui me gagne lorsque l'œil devine des promesses de violence dans la bousculade des nuages.
Bref, c'est le retour de la saison de la chasse aux orages, inaugurée un peu tardivement en ce dimanche 13 avril.
Partant de chez moi vers 17h, je mets le cap à l'est en direction de Lectoure et de la Lomagne. Mais au bout de trois kilomètres je m'arrête déjà pour tomber en contemplation devant ce magnifique cumulus congestus très prometteur :

J'aime cette base tranchée et sombre à souhait, et l'aspect compact et ramassé de l'ensemble. Et la bête croît avec vigueur, comme en témoigne ces pileus :

Le temps de prendre un peu de carburant trop cher à Lectoure et je poursuis vers Saint-Clar. Les départementales désertes du Gers sont un bonheur car il m'est facile de me garer pour prendre ces clichés d'ambiance, respectivement en direction de l'est puis du nord :


Cette formation cumuliforme s'est développée très vite, et lâche déjà une averse de grêle sur son flanc oriental. Vite, je file près du château d'eau de L'Isle-Bouzon pour mieux apprécier le spectacle, mais le vent de sud-ouest rabat une épouvantable odeur de pesticide (Aaah les charmes du milieu rural !), et je bondis quelques centaines de mètres plus loin pour trouver un air un peu plus respirable. L'averse de grêle se renforce :


C'est le village de Gramont qui est visible en bas de l'image.
Photo d'ambiance de nouveau, avec ce qu'est devenu le cumulus objet de la première photo :

A ce moment des grondements de tonnerre se manifestaient de façon presque continue, mais assez discrète.

Encore du pileus, il allait y en avoir un nombre record aujourd'hui !
Je reprends la route vers l'est et je quitte le Gers pour le Tarn-et-Garonne. Depuis un nouveau point de vue situé entre Castéron et Maumusson, je prends le temps de contempler le départ de mon "ensemble cumuliforme", devenu un vrai grand cumulonimbus incus, dont voici une vue panoramique :

Gros plan, avec un quadriréacteur en plein vol d'essai (il y en a fréquemment à basse altitude sur la Lomagne) :

Une ligne d'instabilité se manifeste à l'est, et elle se dote d'une ribambelle de pileus :


Puis je file de nouveau vers l'est et je me retrouve non loin d'Esparsac, sur les hauteurs de Baumont-de-Lomagne, avec un vue très étendue de la vallée de la Gimone aux Pyrénées :

A partir de là, toute mon attention allait se focaliser sur les blancs rideaux de grêle visibles au loin à l'horizon. J'étais certes charmé par ce congestus très compact qui "boumait" au sud-est (encore des pileus !) :

Mais c'est très (trop !) loin à l'est, entre plaine toulousaine et Lauragais qu'il se passe quelque chose :

C'est plus qu'un simple grain ! Un mur de cumulonimbus est en train de se développer de façon explosive en produisant des précipitations particulièrement riches en grêle, comme en témoigne la blancheur des rideaux qui relient la base des nuages au sol. Comme si ces châteaux de géants s'écroulaient en poussière de glace.
Encore quelques minutes et une superbe structure étagée paraît, dotée d'une enclume particulièrement massive. L'ensemble dégage une impression de puissance remarquable, et offre, malgré la distance qui m'en sépare, un spectacle de toute beauté :

Je laisse bien volontiers la parole à Victor Hugo pour conclure :
"Puis se dresse un palais.
Puis l'air tremble, et tout fuit.
L'édifice effrayant des nuages détruit
S'écroule en ruines pressées"
Puis l'air tremble, et tout fuit.
L'édifice effrayant des nuages détruit
S'écroule en ruines pressées"
