Citation (labadie @ 5/05/2008 - 14:00)

(...) il y a eu entre la fin du dernier maximum glaciaire (Wurm) et l'holocène une réduction énorme de la surface occupée par les pergélisols (ils descendaient jusqu'à la France, avant de se retirer à des niveaux inférieurs d'1/3 à ceux actuels pendant l'optimum holocène). Et cette fonte n'a pas provoqué de largage massif de méthane (il est simplement passé de 0,4 à 0,7/0,8 ppm avec l'augmentation de l'activité biologique, mais cette hausse est inférieure à celle associée aujourd'hui à l'ère industrielle (1,8ppm à présent, niveau qui n'a pas vraiment provoqué de cataclysme non plus !).
A ceux qui avanceront que cette fonte s'est faite lentement et ne correspond pas à la situation actuelle, rappellons comment l'épisode froid du Dryas récent a pris fin :
"Measurements of oxygen isotopes from the GISP2 ice core suggest the ending of the Younger Dryas took place over just 40 – 50 years in three discrete steps, each lasting five years. Other proxy data, such as dust concentration, and snow accumulation, suggest an even more rapid transition, requiring a ~7 °C warming in just a few years;[5] [6] [14] [15] the total warming was 10°±4°.[16]" "http://en.wikipedia.org/wiki/Younger_Dryas
A près une journée au cours de laquelle mes activités universitaires ne m'ont laissé aucun répit, je reviens sur le post de Labadie dont les extraits ci-dessus constituent apparemment le point fort.
Pour résumer, il n'existerait selon lui aucun risque lié au CH4 provenant des zônes humides dégagées par le dégel accéléré du permafrost parceque "l'épisode froid du Dryas récent a pris fin" en à peine 40 à 50 ans en trois étapes distinctes de 5 ans chacune ("40 - 50 years in three discrete steps, each lasting five years").
En fait, l'argument de Labadie apparait peu convaincant, pour peu que l'on examine les conditions de l'épisode du Dryas auquel il se réferre.
En quelques mots, après un lent début de recul des banquises et du permafrost à partir de 18 000 ans avant le temps présent (Dryas ancien), le Dryas récent a constitué le dernier épisode froid (et même très froid) du Wurm. Il a duré un peu plus de 1200 ans et a pris place entre 11 000 et 9 800 années avant notre époque. Puis il a été suivi de l'Holocéne (dernière période du néogéne, correspondant à l'actuel interglaciaire).
Effectivement, comme le précise le texte cité par Labadie, ce retour à des conditions plus clémentes a été extrémement rapide (à l'échelle géologique) et a duré moins de 50 ans.
Mais il existe une énorme et décisive différence avec la situation actuelle, différence qui ote beaucoup de crédibilité à l'objection de Labadie :
A la fin du Dryas récent, on était parti non pas d'un épisode déjà chaud (comme maintenant), mais d'une situation de froid très vif.
Ainsi, il a été possible de calculer qu'en Europe occidentale, les minima hivernaux descendaient de -20 à - 30°C, les minima en été étaient compris entre -8 et 1°C, tandis que les maxima étaient à peine de l'ordre de 10°C.
A la suite du réchauffement on a alors atteint des températures à peine inférieures à celles que nous connaissons actuellement et les surfaces de permafrost se sont trouvées en quelques décennies comparables à celles que nous connaissions voici une dizaine d'années. Pas moins, en tout cas.
Actuellement, le risque est que nous partons d'une période déjà relativement chaude pour atteindre une situation de plus grande chaleur. Les millions de Km² de permafrost de plaine pourraient ainsi très rapidement disparaître, peut-être en un temps bien plus court que les 40 à 50 ans de la fin du Dryas.
Rappelons que l'espérance de vie moyenne des molécules de CH4 n'est que d'environ une douzaine d'années (heureusement) et que la température de départ, la vitesse de dégel et la température finale (qui conditionne le redémarrage de la fermentation bactérienne, avec un risque de rétroaction positive si cette température est suffisamment élevée, comme cela tend actuellement à être le cas) seront déterminantes.
Enfin, la pause dans l'expansion de la concentration atmosphérique en CH4 semble avoir pris fin en 2007 d'après les derniéres analyses de l'atmosphére. Peu rassurant si ce redémarrage devait se confirmer au cours de l'été 2008...
Alain