Comment se fait-il que, dans une période de réchauffement marqué, nous ayons encore des records de froid ?
Ces records sont-ils la preuve de l'existence de cycles naturels, dont le réchauffement n'est qu'une résultante naturelle susceptible de s'inverser à tout moment ?
Ne nous a t-on pas dit au contraire que ces records de froid devaient disparaître ?
Commençons par répondre à la troisième interrogation.
Il est vrai que, dans certains médias, on a pu entendre ou lire que les records de froid devraient disparaître plus ou moins rapidement. Mais ces idées, qui ont été véhiculées par certains éditorialistes ou journalistes plus exagérateurs qu'objectifs, ne traduisent absolument pas la pensée générale de la grande majorité des climatologues. Je n'ai ainsi jamais lu la moindre étude sérieuse affirmant que les records de froid devraient disparaître rapidement (avis aux amateurs si certains veulent faire des recherches...).
Le postulat qui domine dans les études sérieuses, se base sur deux idées :
- Les records de froid ne devraient jamais entièrement disparaître, car notre atmosphère est soumise à une très grande variabilité qui peut s'exercer dans un sens ou dans l'autre et cela ne changera pas au cours des prochaines décennies. Cependant, au fil des décennies, ces records devraient être de moins en moins nombreux face aux records de chaleur.
- La masse globale de records battus ne devrait pas évoluer au cours des prochaines décennies. Concrètement, si le nombre de records de froid devrait diminuer, et ceux de chaleur augmenter, la somme des deux ne devrait pas connaître d'évolution significative dans un sens ou dans l'autre.
D'une certaine manière, cela répond à la seconde interrogation.
Donc, pour sortir un peu de la théorie et passer un peu à la pratique tout en recentrant sur notre nombril bleu - blanc - rouge, je vous propose de jeter un petit coup d'oeil à ce qu'il se passe chez nous. J'ai donc au hasard pris trois stations, qui se trouvent être celles de Beauvais, de Besançon et de Bordeaux. Pour chacune d'elles, voici d'une part la répartition par décennie(en pourcentage) entre les records de froid et ceux de chaleur sur la période 1950-2009, et d'autre part la masse globale de records par décennie.



- Premier point : dans les trois cas, on observe très nettement une diminution de la part des records de froid face aux records de chaud.
- Deuxième point : dans les trois cas, on n'observe aucune tendance franche à une augmentation ou à une diminution de la masse globale des records. Il y a seulement des variations décennales assez marquées.
Dans les deux cas, les observations vont dans le sens des deux thèses énoncées ci-dessus.
Donc, pas de soucis : des records de froid, nous devrions continuer d'en enregistrer encore longtemps, et cela n'a rien d'incompatible avec un contexte de réchauffement continu. Seulement, il faut envisager que ces records deviendront, au fil des années, de plus en plus rares.
A ce propos, au 30 novembre, nous en étions pour 2009 sur le panel de 29 stations à 774 records quotidiens .. dont 654 de douceur pour 120 de fraîcheur. Donc toujours largement dans la tendance globale, et ce n'est pas la centaine de records de froid enregistrés lors de la vague de froid de ces derniers jours qui va inverser quoi que ce soit.









