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Le CO2 et la plus grande extinction de masse


florent76
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Le rôle du CO2 dans la plus grande extinction de masse de l’histoire

Une simulation informatique effectuée par des scientifiques du National Center for Atmospheric Research (NCAR, Etats-Unis) permet, avec des détails sans précédents, de mieux connaître le climat de la Terre au temps de la plus grande extinction de masse de l’histoire de la planète.

volcanisme.jpg

Les recherches confirment une théorie selon laquelle l’événement qui a eu lieu il y a 251 millions d’années a été déclenché par l’augmentation forte et soudaine des niveaux du dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique. Les recherches permettent d’apprécier la rapidité avec laquelle l’augmentation des températures dans l’atmosphère affecte la circulation océanique, et provoque une réduction de la quantité d’oxygène au niveau des grandes profondeurs et l’extinction de la majeure partie de la vie, indique Jeffrey Kiehl, principal auteur de l’article sur le sujet, qui paraît dans le numéro de septembre de Geology.

L’extinction de la fin du Permien s’est soldée par la disparition de 90 à 95 % de toutes les espèces marines ainsi que de 70 % de toutes les espèces terrestres. Au temps de l’événement, les températures sous les hautes latitudes étaient de 10 à 30°C plus élevées qu’aujourd’hui, une vaste activité volcanique avait introduit dans l’atmosphère de grandes quantités de dioxyde de carbone sur une période de 700.000 ans. Afin de déterminer comment ces conditions ont pu avoir affecté le climat et la vie autour du globe, les chercheurs ont utilisé le Community Climate System Model (CCSM), un des premiers instruments de recherche sur le climat au monde.

Il s’avère que l’augmentation des niveaux de dioxyde de carbone atmosphérique, gaz à effet de serre, aurait entraîné un réchauffement significatif des eaux océaniques sous hautes latitudes. Ce réchauffement aurait atteint une profondeur d’environ 4.000 mètres, interférant avec le processus de circulation normale par lequel l’eau plus froide de la surface descend, conduisant l’oxygène et les nutriments dans les profondeurs de l’océan. La réduction ainsi provoquée de la quantité d’oxygène a été dramatique pour la vie marine, ce qui en retour a accéléré le réchauffement, puisqu’il n’y avait plus les organismes marins nécessaires à l’extraction du dioxyde de carbone de l’atmosphère.

Ainsi, selon l’étude, un CO2 élevé serait suffisant pour instaurer des conditions inhospitalières à la vie marine ; et des températures très élevées sur les terres contribuent à la disparition de la vie terrestre. Le CCSM apparaît correctement prendre en compte des détails clés du Permien tardif, incluant une salinité accrue de l’océan et des températures de surface de la mer sous les hautes latitudes, que les paléontologues estiment à 8°C plus élevées qu’aujourd’hui. Les résultats démontrent en outre l’importance qu’il y a à traiter le climat de la Terre comme un système incluant les processus physiques, chimiques et biologiques atmosphériques, océaniques et terrestres, tous à l’œuvre de manière interactive.

Source : http://www.notre-planete.info/actualites/actu_681.php

Florent.

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La plus grande des extinctions de masse a probablement fait intervenir non seulement le CO2, mais aussi le CH4 et peut-être - selon certains - une chute de météore.

Comment la vie a presque disparu de la Terre voici 252 millions d’années lors de la transition Permien/Trias.

La connaissance du passé de la Terre nous permet-elle de nous faire une idée des risques que peut nous faire courir l’accroissement de l’effet de serre ?

Oui, car une telle situation s’est produite déjà à plusieurs reprises sur notre planète, quoique de manière bien moins rapide que maintenant.

Le plus meurtrier de ces événements est survenu voici un peu plus de deux cent cinquante millions d’années et marque nettement la fin du Permien, dernière période de l’ère primaire. Son déroulement et ses conséquences sont maintenant bien connus des géologues et des paléontologues.

L’extinction de la fin du Permien et ses conséquences

Au cours de ces dernières années, un certain nombre de chercheurs, essentiellement des géologues, mais aussi quelques climatologues et des chimistes, ont progressivement réussi à préciser, à modéliser et finalement à expliquer l’extinction de masse qui a vu l’anéantissement de plus de 80 % des espèces animales et végétales de la surface de la Terre à l’époque de la transition Permien/Trias, à quelque 252 millions d’années de notre ère. Plus précisément, le taux de disparition semble avoir été sensiblement plus important pour les espèces animales et végétales marines (près de 95 %) que pour les espèces terrestres (70 à 75 %).

C’est pendant cette période qu’ont, en particulier, disparu la majeure partie des nombreuses espèces de thérapsidés, ou reptiles mammaliens, les prédécesseurs et, pour certains, les ancêtres directs et lointains des mammifères, qui régnaient sur la Terre en cette fin de l’ère primaire. Les espèces anéanties n’étaient pas négligeables. Les plus grosses – les dicynodontes – avaient la taille d’un hippopotame, tandis que certains prédateurs – les dinogorgons – disposaient de dents de sabre longues de trente centimètres . C’est à la suite de cette hécatombe que les crocodiliens et les dinosaures, probablement issus des reptiles thécodontes, sont apparus et ont occupé de nombreuses niches écologiques. Les dinosaures ont pu ainsi se répandre sur le globe, qu’ils ont dominé pendant quelque cent soixante millions d’années. Quant aux très rares espèces de reptiles mammaliens survivantes, l’une d’entre elles a évolué jusqu’à aboutir aux véritables mammifères. Ces animaux, dont certains sont à l’origine de nos lointains ancêtres, ont vécu à l’ombre des dinosaures jusqu’à l’anéantissement général de ces derniers voici soixante-cinq millions d’années.

L’extinction du Trias a donc été « à deux doigts » d’empêcher l’apparition de l’homme sur la Terre, du moins de l’homme tel que nous le connaissons.

La recherche du tueur : les premiers suspects

Les recherches géologiques effectuées, en particulier dans le bassin du Karoo en République Sud-Africaine, par Peter Ward , David Montgomery et Roger Smith, montrent que l’on est passé d’une couche de terrains très riches en fossiles à une strate « biologiquement désertique » en quelques dizaines de milliers d’années. Cette durée de la phase de transition Permien/Trias, ainsi que, dans une moindre mesure, la quasi-absence d’iridium – un métal lourd qui se retrouve essentiellement dans les astéroïdes les plus denses et dont la présence dans une couche géologique constitue un marqueur sûr pour identifier un impact météoritique massif, quelle que soit son ancienneté – dans les sédiments de cette époque, permettent d’écarter définitivement l’explication de l’extinction massive par la seule chute d’un météore géant , proposée par le géologue britannique Adrian Jones et son équipe dans les années 1990. Cette hypothèse avait été ensuite perfectionnée par son auteur en 2002, par sa combinaison avec l’épisode des « trapps » de Sibérie que l’impact était censé avoir provoqué.

L’explication faisant appel à un météore géant – de l’ordre de 15 à 20 km de diamètre – avait également été envisagée par les Américains Douglass H. Erwin , Michael Rampino , Luann Becker et Robert Pureda tant qu’il était possible de penser que l’extinction de masse s’était produite en un temps très court. Michael Rampino, tout en restant prudent sur les conclusions à en tirer, pensait avoir identifié en 2000 deux bassins circulaires dont les diamètres respectifs étaient 300 et 200 km, aux antipodes des trapps de Sibérie, entre les îles Falkland et la Terre de Feu. Plus tard, cette localisation lui fera suggérer que la fracture de l’écorce terrestre à l’origine des remontées basaltiques des trapps était due à l’impact des deux astéroïdes dont il pensait qu’ils avaient créé les structures circulaires observées.

Luann Becker et Robert Pureda situent le cratère dû à l’impact de l’astéroïde qu’ils accusent en un lieu bien différent, dans une zone située au nord-ouest de l’Australie. Ils pensent y avoir détecté un cratère d’impact qu’ils ont nommé Bedout et qu’ils ont étudié sur place en février 2003.

Toutefois, le géologue Gregory Retallack, de l’université d’Oregon, avait vainement recherché les traces d’iridium qu’aurait dû laisser un choc météorique majeur, tel celui d’un astéroïde de 20 km de diamètre envisagé par Adrian Jones, notamment sur le continent antarctique. Or l’absence du marqueur iridium (présent dans les astéroïdes les plus massifs) aurait dû tout de suite faire peser un sérieux doute sur cette hypothèse.

L’autre explication alors envisagée, notamment par l’Américain Paul Renne et le Français Vincent Courtillot, était celle de l’incidence catastrophique de la crise volcanique majeure qui a abouti à la constitution des « trapps » de Sibérie, au cours de la transition Permien/Trias. Ces gigantesques empilements de laves s’étalent sur deux à trois millions de kilomètres carrés, dessinant parfois de gigantesques terrasses en escaliers.

Vincent Courtillot, dressant un panorama dantesque de cet épisode volcanique extraordinaire qui aurait duré plusieurs centaines de milliers d’années, explique qu’il a eu une double conséquence globale sur le climat du Permien. D’abord une série d’épisodes de froid, « hivers volcaniques » dus à l’assombrissement provoqué par la masse des poussières et des cendres obscurcissant l’atmosphère et faisant obstacle à la pénétration du rayonnement solaire. Ensuite un lent et inexorable réchauffement provoqué par la diffusion et l’accumulation du dioxyde de carbone (CO2) issu du dégazage massif des laves.

Toutefois, le géologue américain Peter Ward a pu évaluer à 4 ou 5 degrés l’augmentation maximale de température qui en aurait résulté. L’épisode volcanique majeur des trapps de Sibérie, qu’il ait été initié par un choc météoritique ou qu’il soit dû à une fracture de l’écorce terrestre liée à un phénomène tectonique, a donc incontestablement joué un rôle. Il ne suffit cependant pas à lui seul à expliquer la disparition de la presque totalité de la vie sur Terre. Il fallait alors chercher une cause complémentaire pour expliquer l’extinction de 70 à 75 % des espèces animales et végétales terrestres et de près de 95 % des espèces marines ainsi que le très faible nombre de rescapés de la plupart des rares espèces survivantes, à la suite du bouleversement des écosystèmes et de la rupture des chaînes alimentaires.

La culpabilité du méthane : de l’élévation de température…

Finalement, le déroulement de l’extinction et sa très probable explication seront explicités grâce aux travaux de Paul Wignall et de Gerald Dickens.

Le géologue britannique Paul Wignall découvrit, à la suite d’une campagne de prospection géologique menée au Groenland à la fin des années 1990, que l’extinction du Permien/Trias s’est déroulée en 80 000 ans environ et en trois phases : une phase d’extinction assez progressive des espèces terrestres durant 40 à 45 000 ans, une phase beaucoup plus brève d’extinction presque totale des espèces océaniques, et une période de quelque 30 000 ans d’achèvement de l’extinction terrestre.

Indépendamment, le géologue et spécialiste américain de l’énergie Gerald Dickens remarqua que l’abondance relative du carbone 12 – le plus courant des isotopes du carbone, normalement associé au CH4 dans les clathrates ou hydrates de méthane océaniques – retrouvé dans les sédiments datant du maximum thermique du Paléocéne-Éocéne (MTPE) ne pouvait s’expliquer que par la libération d’énormes quantités de méthane dans l’atmosphère. Ces clathrates résultent de l’encagement de molécules de gaz dans de la glace d’eau sous certaines conditions de température et de pression. Bien qu’initialement relative à un événement ultérieur de l’histoire de la Terre, l’observation de Dickens devait fournir à Paul Wignall les éléments qui lui manquaient encore pour expliquer sa propre découverte d’une extinction en trois phases étalées sur 80 000 ans, de la fin du Permien au début du Trias.

Les clathrates océaniques constituent actuellement des gisements gigantesques, dont certains sont à la limite de l’instabilité, et il est absolument certain que de tels gisements, qui tendent à se reconstituer naturellement sous certaines conditions avec la décomposition et la fermentation de matières organiques, existaient également à la fin du Permien.

À cette époque, les épanchements de lave à l’origine des trapps de Sibérie ont bien été responsables d’une très progressive élévation de température atmosphérique de près de cinq degrés Celsius en quelques dizaines de milliers d’années, suivie d’une élévation comparable de la température des océans. Mais ce réchauffement a aussi entraîné en quelques milliers d’années la gazéification de milliers de milliards de tonnes de clathrates d’origine généralement biologique et jusque-là maintenus à l’état solide par le froid ou la pression des fonds océaniques.

Résultat : une élévation de cinq degrés supplémentaires de la température, le méthane CH4 étant, à masse égale, un gaz vingt-trois fois plus efficace que le CO2 comme gaz à effet de serre à l’échelle du siècle et constituant un des précurseurs du dioxyde de carbone ainsi que nous le verrons un peu plus loin.

Au total, une montée de dix degrés environ, déjà suffisante pour expliquer l’extinction de masse.

… à l’accusation d’asphyxie.

À cette cause, se serait alors ajoutée une seconde épreuve, presque aussi catastrophique selon le Britannique Paul Wignall et les Américains Retallack et Sheldon : l’asphyxie par anoxie (défaut d’oxygène) d’une grande partie des êtres vivants, dans les océans d’abord et surtout, sur terre ensuite.

D’une part, la croissance de la concentration en méthane des eaux marines pourrait expliquer la mort par anoxie de multiples organismes marins. De nombreux animaux pélagiques n’auraient en effet probablement pas pu survivre à la saturation des eaux océaniques par le méthane provenant de la gazéification des clathrates.

D’autre part, le méthane CH4 est un gaz chimiquement très réactif et ne reste stable dans l’atmosphère que pendant un temps géologiquement court et variable en fonction de divers facteurs : de huit à quinze ans en général pour la moitié du gaz initialement émis, tout au plus environ une centaine d’année pour les dernières molécules. Cette relativement faible durée de vie ne l’empêche pas d’avoir, à masse initiale égale, un PRG (potentiel direct de réchauffement global) de 62 pour 20 ans, de 23 pour un siècle et de 7 pour 500 ans. Il finit par être oxydé et donne naissance en particulier à du dioxyde de carbone CO2, ce dernier étant lui-même un gaz à effet de serre. Cette oxydation ne peut se faire qu’au détriment de l’oxygène atmosphérique. En effet, par son oxydation ou sa combustion, chaque molécule de méthane (CH4) tend à former une molécule de gaz carbonique (CO2) en se combinant avec deux atomes d’oxygène et deux molécules d’eau (H2O) fixant chacune un atome d’oxygène. Soit deux molécules d’oxygène (O2) absorbées pour chaque molécule de CH4 oxydée.

Nous avons ainsi au final: CH4 + O2 + O2 => CO2 + H2O + H2O

Sans rendre l’atmosphère irrespirable, la réduction du taux d’oxygène a pu alors contribuer à la disparition d’espèces animales déjà fragilisées par le réchauffement climatique.

La prise en compte du méthane dans un modèle numérique réalisée en 2003 par l’Américain Gavin A. Schmidt confirme la théorie de Paul Wignall, bien que certains experts du GIEC restent encore sceptiques. En France, Frédéric Fluteau considère lui aussi cette explication comme probable et Gilles Ramstein pense de son coté qu’il faudra tenir compte de ce rôle du méthane dans les modèles d’évolution climatique de notre globe, la question étant de déterminer la masse des clathrates océaniques susceptibles d’être déstabilisés par l’actuel réchauffement des eaux marines et le temps que mettra ce phènomène à se produire.

Pour aller un peu plus loin : le panorama du Permien

Le Permien a constitué la sixième et dernière période du Paléozoïque (Ère primaire) et a duré une quarantaine de millions d’années, jusqu’à la transition avec le Trias voici 252 millions d’années.

Après un début très froid – la transition Carbonifère-Permien avait peut-être constitué l’épisode le plus froid des 560 derniers millions d’années – le Permien a connu un lent réchauffement pendant la majeure partie de son déroulement, entraînant la disparition des glaces qui avaient marqué la fin du Carbonifère. Parallèlement, les conditions climatiques ont évolué vers plus de sécheresse et la concentration en oxygène des océans semble s’être réduite , peut-être en liaison avec la libération très progressive du méthane en provenance des gisements de clathrates les moins profonds et l’affaiblissement de la circulation thermohaline du Permien. Dans les années précédant le début de la crise volcanique de Sibérie, la température moyenne de la Terre semble avoir été légèrement supérieure à la température actuelle.

Durant tout le Permien, les thérapsidés, ou reptiles mammaliens, ont régné sur la Terre. Ces lointains prédécesseurs des mammifères présentaient encore des caractères très archaïques – dont certains se retrouvent encore actuellement chez les plus « primitifs » des mammifères, les ornithorynques d’Australie – avec leurs membres déjetés sur le coté (comme pour les lézards et les crocodiles), leur queue de reptile et leur reproduction ovipare. Mais déjà, les « ancêtres » des dinosaures – les reptiles thécodontes – attendaient leur heure.

Ces animaux vivaient sur une Terre géographiquement très différente de celle que nous connaissons : Un super-continent unique, la Pangée, regroupait l’immense majorité des terres émergées, encerclant un océan intérieur, la Téthys, véritable et gigantesque « mer méditerranée » du Permien.

Le déroulement de la crise de la fin du Permien.

Le dernier million d’années du Permien a été marqué par un épisode volcanique paroxystique d’une intensité et d’une durée exceptionnelles. Les remontées magmatiques se succédèrent de manière plus ou moins rapprochées en Sibérie Centrale pendant des centaines de milliers d’années. Elles ont entraîné l’épanchement de fantastiques couches de laves sur plusieurs millions de km². Il est à peine possible de s’imaginer le spectacle dantesque de cet océan de lave et du gigantesque rideau de flamme et de fumées qui s’étendait parfois sur plus d’un millier de kilomètres, faisant rougeoyer le ciel. Simultanément, la diffusion d’énormes quantités de cendres et de poussières masquait partiellement le rayonnement solaire sur toute la Terre.

Très probablement, la planète a d’abord connu un véritable « hiver volcanique » après chacun des paroxysmes éruptifs, entraînant pendant des années un net refroidissement atmosphérique et la réapparition des glaces aux hautes latitudes. Ce retour provisoire du froid et la réduction de la photosynthèse qui accompagnaient périodiquement l’obscurcissement du ciel sur une très grande surface contribuèrent sans aucun doute à fragiliser l’écosystème.

Puis la température commença à remonter sans même attendre la fin de l’épanchement des trapps volcaniques de Sibérie. Le dégazage qui découlait de ces phénoménales éruptions entraînait l’accumulation de quantités toujours plus importantes de dioxyde de carbone, provoquant ainsi un accroissement de l’effet de serre aboutissant à une montée de température de 4 à 5°C. En quelques quarante mille ans, une partie de la faune et de la flore continentales disparurent. C’est alors que l’élévation thermique des océans entraîna la libération du méthane contenu dans les gisements de clathrates avec une triple conséquence :

– D’abord l’asphyxie de la plupart des organismes marins – plantes et animaux marins – ayant jusque-là survécu à la hausse des températures océaniques.

– Ensuite, une nouvelle montée de la chaleur atmosphérique avec la diffusion progressive du méthane. Au total, la hausse des températures a dû atteindre une dizaine de degrés, suffisante pour créer un climat de type saharien à la latitude actuelle de la France. La montée aurait pu être plus importante encore, mais le volume de clathrates en jeu était sans doute moins considérable que celui qui existe maintenant : Il n’existait pas de permafrost et une partie du méthane des gisements s’était déjà diffusée pendant les dizaines de millions d’années de très lent réchauffement du Permien, avant d’être progressivement éliminée de l’atmosphère par oxydation. Sans cette réaction chimique naturelle, qui fait disparaître la majeure partie des molécules de CH4 dans un laps de temps compris entre huit ans et une vingtaine d’années environ , l’effet de serre eût atteint un niveau bien plus important et il n’est pas sûr que quoi que soit eût pu alors survivre malgré un rayonnement solaire à peu près 2 % plus faible que de nos jours.

– Enfin, le processus d’oxydation du méthane – pouvant entraîner l’absorption de deux molécules d’oxygène O2 pour chaque molécule de CH4 en créant du gaz carbonique et de l’eau – a peut-être entraîné la mort par anoxie (manque d’oxygène) d’une fraction des espèces animales encore existantes. De plus le taux de CO2 atmosphérique avait alors atteint un niveau très élevé et il a fallu des centaines de milliers d’années, des millions peut-être, avant le retour à la normale des températures et de la composition atmosphérique.

Au total, la très grande majorité des espèces animales et végétales disparurent en l’espace d’environ quatre-vingt mille ans.

Le destin des espèces survivantes.

Non seulement de 80 à 90 % des espèces avaient été anéanties, mais la majeure partie de la Terre se retrouva à l’état de désert stérile. Pendant des centaines de milliers d’années, les couches géologiques ne font apparaître aucune trace de vie. Sauf dans ce qu’il est convenu d’appeler des « aires refuges », dont l’une des mieux étudiées se situait au sud de la Thétis, la grande mer intérieure du Permien et du Trias, à peu près au niveau de l’actuelle Arabie Saoudite.

Quoiqu’il en soit, presque toutes les formes de vie macroscopiques avaient été éliminées. Les seules espèces notables de reptiles mammaliens à avoir difficilement survécu semblent avoir été le lystrosaurus, un herbivore d’environ deux mètres de long, et plusieurs espèces de cynodontes, de petits thérapsidés à fourrure apparus à la fin du Permien, tel le thrinaxodon qui avait la taille d’un chat. Ce dernier – ou une espèce voisine – pourrait avoir été l’ancêtre de tous les mammifères et donc le notre.

Quand aux véritables mammifères, ils apparurent une trentaine de millions d’années après le début du Trias et étaient des animaux de petite taille. Il leur fallait bien cela pour pouvoir se dissimuler et échapper aux derniers grands thérapsidés carnivores et surtout aux nouveaux maîtres de la Terre : les dinosaures qui allaient régner jusqu’à la fin du mésozoïque, cent soixante millions d’années plus tard.

Extrait de "Terre, fin de partie?", pages 28 et suivantes. Je n'ai pas reproduit ici le très important appareil de notes et de références scientifiques qui accompagne ce texte.

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Muret(180 m) et Font-Romeu (1760m)

Merci pour cette tranche d'histoire, assez cataclysmique, de notre Terre.

Tout cela me refait inlassablement penser à ce qui constitue un de mes dadas, à savoir la "domestication" progressive du climat par l'Homme.

Cela peut prêter à sourire, bien sûr, mais je crois que l'on a tort de sourire.

Si je repense à l'hypothèse de la météorite percutant la Terre, je me dis qu'il serait peut-être, dès maintenant , possible qu'on la dévie de sa trajectoire, bien avant qu'elle percute la Terre.

C'était d'ailleurs un des objectifs inavoués de la percussion récente d'une comète par une sonde, à savoir prouver qu'on avait la précision nécessaire pour le faire.

Bien sûr on ne peut lutter contre les volcans, mais il faudrait aussi se demander pourquoi y a t'il eu de telles éruptions.

Une telle activité volcanique n'est pas "normale" il y a "seulement" 200 millions d'années.

Elle aurait pu être provoquée par une météorite géante entrant dans le manteau, mais sinon, je vois pas trop.

Il faudrait que des géologues puissent nous expliquer.

Concernant le reste du contrôle climatique et en particulier la lutte contre le réchauffement, suite à l'ES, je suis persuadé que des solutions seront possibles et envisagées d'ci quelques dizaines d'années.

L'Homme est capable de modifier involontairement son climat et sera bientôt capable de le faire volontairement.

Il n'y a aucune raison objective qui puisse s'y opposer et je pense que c'est le seul moyen que nous ayons d'éviter le réchauffement qui nous attend.

N'attendons rien, en effet, d'une hypothétique réduction drastique des émissions de GES dans les 50 années à venir.

Cette réduction drastique, indispensable, ne surviendrait qu'en cas de cataclysme humain (guerre mondiale nucléarisée sans limite, maladie épidémique fulgurante tuant 90 % de la population,...) ou cataclysme naturel inconnu.

Ceci n'est pas à souhaiter évidemment car les conséquences seraient épouvantablement cruelles.

Donc plutôt que d'attendre, passivement, notre sort funeste, faisons en sorte d'être un peu plus maître de notre destin, mais en étant réaliste et en acceptant une certaine inéluctabilité de certains phénomènes, dont il n'est pas exclu évidemment qu'on cherche dès à présent à les rendre moins abrupts.

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La plus grande des extinctions de masse a probablement fait intervenir non seulement le CO2, mais aussi le CH4 et peut-être - selon certains - une chute de météore.

Comment la vie a presque disparu de la Terre voici 252 millions d’années lors de la transition Permien/Trias.

La connaissance du passé de la Terre nous permet-elle de nous faire une idée des risques que peut nous faire courir l’accroissement de l’effet de serre ?

Oui, car une telle situation s’est produite déjà à plusieurs reprises sur notre planète, quoique de manière bien moins rapide que maintenant.

Le plus meurtrier de ces événements est survenu voici un peu plus de deux cent cinquante millions d’années et marque nettement la fin du Permien, dernière période de l’ère primaire. Son déroulement et ses conséquences sont maintenant bien connus des géologues et des paléontologues...

Merci Alain pour ce long post. Tu connais visiblement à fond l'Histoire climatique de notre planète et c'est un véritable plaisir de te lire... Je suis bien sûr que tu pourrais nous faire un résumé complet période par période géologique. J'y pense pour ma part et je n'hésiterai pas le moment venu, et si tu me le permettais, à sonner à ta porte pour les questions sans réponses...Florent.
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Après un début très froid – la transition Carbonifère-Permien avait peut-être constitué l’épisode le plus froid des 560 derniers millions d’années – le Permien a connu un lent réchauffement pendant la majeure partie de son déroulement, entraînant la disparition des glaces qui avaient marqué la fin du Carbonifère.

Bien qu'ayant à disposition les carotages des glaciers, les experts ont du mal à s'accorder sur les températures des 20 000 dernières années.A partir de quoi se base-t-on pour connaître le climat et la composition de l'athmosphère d'il y a 250 millions d'années ?
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Muret(180 m) et Font-Romeu (1760m)

Après un début très froid – la transition Carbonifère-Permien avait peut-être constitué l’épisode le plus froid des 560 derniers millions d’années  – le Permien a connu un lent réchauffement pendant la majeure partie de son déroulement, entraînant la disparition des glaces qui avaient marqué la fin du Carbonifère.

Bien qu'ayant à disposition les carotages des glaciers, les experts ont du mal à s'accorder sur les températures des 20 000 dernières années.A partir de quoi se base-t-on pour connaître le climat et la composition de l'athmosphère d'il y a 250 millions d'années ?

On étudie les roches sédimentaires, entr'autres, pour connaître le taux de CO2 dans l'atmosphère.A partir de cela, d'estimations sur les aérosols d'origine volcanique et en supposant une activité solaire donnée on peut en déduire la température.

Bien sûr tout cela est beaucoup plus compliqué et n'est pas précis à 0.5°C près.

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On étudie les roches sédimentaires, entr'autres, pour connaître le taux de CO2 dans l'atmosphère.

A partir de cela, d'estimations sur les aérosols d'origine volcanique et en supposant une activité solaire donnée on peut en déduire la température.

Bien sûr tout cela est beaucoup plus compliqué et n'est pas précis à 0.5°C près.

J'ajoute que l'extinction de masse du Permien-Trias ne fait absolument aucun doute. Pendant des centaines de miliers d'années, les couches géologiques ultérieures constituent en effet un véritable désert biologique. Or cette extinction ne s'explique bien (en ce qui concerne les organismes terrestres) que par un réchauffement très important, de l'ordre d'une dizaine de degrès, très supérieur en tout cas à la marge d'indétermination des calculs. En ce qui concerne les organismes marins, s'est probablement rajouté à celà un phènomène d'anoxie des eaux de l'océan global, ce qui explique un taux d'extinction des espèces supérieur à ce qui s'est produit sur les terres émergées.
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