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interview de leroy la durie

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voici une interview de leroy ladurie.a quand le tome 2 de "l histoire humaine et comparée du climat"?

aucune date nulle part meme sur internet...

Semaine du jeudi 8 juillet 2004 - n°2070 - Réflexions

Les débats de l’Obs

Du climat et des hommes

Le grand historien, inventeur de l’histoire du climat, explique et raconte les heurs et malheurs de la pluie et du beau temps à travers les siècles

Le Nouvel Observateur. –Vous publiez une histoire «humaine» du climat. A vous lire, le destin de notre espèce est vraiment très lié aux aléas atmosphériques...

Emmanuel Le Roy Ladurie. – C’est évident! Par les famines, les épidémies, le mécontentement populaire dû aux hausses de prix du blé ou du vin, l’histoire du climat fournit une grille de lecture de l’histoire tout court. Si, en 1482, Louis XI a interdit le stockage spéculatif et l’exportation des grains, tandis qu’à Beauvais et ailleurs on tentait de prohiber la fabrication de la bière, source de gaspillage des céréales, c’est parce que la récolte de 1481 avait été catastrophique. Bien sûr, il faut procéder à un «dosage des causalités». Ainsi, au XVIe siècle, nos guerres de religion n’ont certes pas une origine directement climatique, mais, dans sa propagande, la Ligue ne s’est pas privée d’imputer aux politiques en place les effets de mauvaises récoltes, dues en réalité au climat, provoquant ainsi des émeutes urbaines qui nous ont valu l’invention des barricades. De même, on peut trouver une «causalité météo» au moins partielle à la Fronde, suite à une hausse du prix du grain consécutive à une série de trois printemps et étés froids, entre 1648 et 1650. La révolution anglaise, elle aussi, a eu un détonateur climatique. Mais il faut se méfier des fausses corrélations. Les guerres sont souvent elles-mêmes la raison de pénuries qui ne doivent rien à la météo: la vertigineuse hausse du cours des céréales en 1589-1590 n’est que le résultat du siège du Paris ligueur par Henri IV...

N. O. – Mais vous soulignez une relation inattendue entre les accidents climatiques et les bûchers des sorcières...

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E. Le Roy Ladurie.– Par leurs sortilèges démoniaques, les sorcières ont, en effet, souvent été accusées de «détraquer le temps». Au XVIe siècle, elles étaient souvent punies en conséquence de cette présumée alliance satanique. On peut même esquisser une corrélation entre la chasse aux sorcières et l’«hyper-PAG» (la période culminante du petit âge glaciaire, grosso modo de 1540 à 1600, marquée en 1590 par un maximum de l’avancée des glaciers alpins). La chose a été étudiée notamment en pays germaniques, en Bourgogne, en Angleterre et en Suisse. On relève des liens assez nets entre le nombre de peines de mort prononcées pour sorcellerie chaque année et les millésimes catastrophiques pour les vendanges, les étés pourris, les récoltes détruites par la grêle surtout. Quoi de plus satanique en effet que de faire tomber du ciel de la glace en plein été? Il faut toutefois relever des différences selon les régions. Relativement éclairés, les juges catholiques du Parlement de Paris, tout comme les protestants helvétiques, se méfient des superstitions relatives à la grêle et autres «crimes gélifs», préférant s’attacher à des inculpations plus «sérieuses» comme le pacte avec le diable ou les marques démoniaques sur la peau...

N. O. – Du XIIIe au XVIIIe siècle, la période couverte par ce premier volume, diriez-vous que l’homme s’était, progressivement, plutôt libéré des contraintes climatiques?

E. Le Roy Ladurie. – Pour ce qui est des famines dues aux mauvaises récoltes, il est clair que l’essor du commerce et l’organisation des échanges de céréales ont permis de mieux faire face aux aléas, avec aussi l’accroissement des rendements agricoles. La dernière très grande famine remonte à 1709, avec 600000 morts tout de même, sur une France de 20 millions d’habitants – à comparer aux 15000 de notre récente canicule! Mais on constate surtout une sorte de politisation du climat. L’effroyable famine de 1315, due à de malheureuses circonstances climatiques et qui causa des centaines de milliers de morts, coïncide presque parfaitement avec le bref règne de Louis X le Hutin (novembre 1314-juin 1316): ce monarque mériterait vraiment d’être appelé «le roi de la famine». Or non seulement il n’y était évidemment pour rien, mais surtout nul ne songea jamais à lui faire le moindre reproche. Ce n’était pas son boulot! On n’attendait rien de lui à cet égard. Du moment qu’il s’était arrangé pour nourrir son armée, il n’y avait rien à dire.

Or dès le siècle suivant, disons sous le règne finissant de Louis XI, on voit que l’Etat commence à se mêler de la faim des gens, car peu à peu le peuple s’exprime. D’ailleurs, aussitôt que l’Etat commence à s’occuper des subsistances, on l’accuse de ne pas en faire assez. Voire d’organiser à l’occasion des «complots de la famine». N’empêche, cet interventionnisme des autorités va aller croissant. Sous Louis XIV, on verra Colbert organiser des importations de blé, et d’ailleurs le règne de Louis XIV se signale par une période de trente années consécutives sans famine, du jamais vu.

N. O. – Louis XIV, parlons-en: vous le réhabilitez, l’exonérez de tous les mécontentements qui ont marqué la fin de son règne. C’était la faute au soleil...

E. Le Roy Ladurie. – Par une coïncidence extraordinaire – ce n’est évidemment qu’une pure coïncidence mais elle est intéressante –, le règne du Roi Soleil a été marqué par un affaiblissement marqué du vrai soleil. C’est ce qu’on appelle le «minimum de Maunder», caractérisé par une quasi-disparition des taches solaires – trahissant un déficit d’activité de l’astre, et confirmé par une raréfaction des aurores boréales. Cette accalmie solaire a duré de 1645 à 1715. Repérée dès 1887 par l’astronome allemand Spörer, elle a été étudiée quelques années plus tard par l’Anglais Maunder, qui finit par lui laisser son nom. Selon les estimations actuelles, il en est résulté une réduction faible (– 0,2%) mais prolongée de l’irradiation calorifique et lumineuse du soleil... tout au long du règne du roi du même nom. D’où une baisse non négligeable des rendements agricoles, et aussi une multiplication des hivers froids, propagateurs de maladies pulmonaires.

En dehors de l’élite scientifique qui l’a observé et noté, le phénomène astronomique semble être passé inaperçu des contemporains, à la notable exception de madame de Sévigné, qui devait avoir des relations dans les milieux savants, et qui écrivit: «Le procédé du soleil et des saisons est tout changé.» Mais on peut après coup attribuer en partie à la météorologie beaucoup de malheurs individuels et collectifs, des étés pourris, des hivers meurtriers, des récoltes gâchées et diverses épidémies. Que, dans sa «Lettre à Louis XIV», le grand Fénelon lui-même a vertement reprochés au roi, tandis que dans leurs sermons les simples curés de campagne, en l’occurrence mieux inspirés, s’en prenaient au climat. En réalité, chaque fois que le besoin s’en est fait sentir, le roi s’est ingénié à faire venir du blé de l’extérieur. Le principal grief que je ferais à Louis XIV, c’est une énorme faute de goût: avoir déployé au Louvre, en juin 1662, un fastueux, inouï, ruineux carrousel, alors que le prix du froment culminait comme jamais sur le marché de Paris. Circenses sine pane, des jeux sans pain, le moment était vraiment mal choisi.

N. O. – Comment l’historien s’y prend-il pour reconstituer le climat des époques anciennes? Quels sont vos outils? Quels sont vos documents?

E. Le Roy Ladurie. – Ils sont d’une variété incroyable, et sans doute en reste-t-il beaucoup à explorer, aujourd’hui encore insoupçonnés. Les relevés astronomiques de l’Observatoire de Paris ont contribué à nos connaissances sur le minimum de Maunder. Mais la simple absence d’observations astronomiques, plusieurs nuits de suite, prouve par exemple que le ciel était obstinément nuageux. Si tel capitaine a pu, à une date déterminée, faire traverser le Rhône à ses canons, c’est donc que le fleuve était gelé. Un document local faisant état d’une activité intense des croque-morts signale une catastrophe, souvent climatique. La mauvaise qualité du vin, les années où on le trouve aigrelet, est le signe d’une fraîcheur excessive en juin, juillet, août. L’analyse dendrochronologique (des cercles dans le bois) menée sur les troncs fossiles renseigne sur l’avancée des glaciers. Les dates des vendanges, des moissons, de la récolte des cerises... Le nombre des baptêmes, mariages, décès... Le prix du grain, du pain, du vin... Les analyses au carbone 14... C’est infini!

Heureusement, le plus souvent, lorsqu’on a les moyens de comparer des données de diverses sources, cela donne lieu, disons, à des concordances rassurantes. Ce n’est pas toujours le cas, et alors il faut chercher à comprendre. Mais dans l’ensemble l’examen des données conduit à des cohérences remarquables. Par exemple, les épidémies et les disettes ne se reflètent pas seulement dans des taux record de mortalité, souvent effroyables. Elles s’accompagnent aussi, dans les années qui suivent, d’une baisse du nombre des mariages, remis à des jours meilleurs. Ainsi parfois que d’une «aménorrhée de famine» chez les femmes en âge de procréer, dont le cycle menstruel s’interrompt. Des années plus tard, on constate une baisse de la taille des conscrits, physiquement moins développés lorsqu’ils ont souffert de malnutrition durant l’enfance. Tout se tient. Corrélativement, on retrouve même dans les archives l’évocation de pratiques sexuelles masculines «alternatives», notamment avec des chèvres – lorsque les hommes sont contraints de se soulager, sans risquer de faire des enfants qu’ils ne pourraient pas nourrir. Vous voyez, l’étude des climats du passé peut mener loin.

N. O. – En attendant la suite, à venir dans le tome 2, votre histoire du climat se termine par un chapitre entier consacré à l’année 1740. Ce fut une année terrible?

E. Le Roy Ladurie. – Oui, ce millésime est très probablement à l’origine de l’expression «Je m’en fous comme de l’an quarante», preuve qu’il est resté très gravé dans les esprits, même si avec le recul on avait fini par s’en moquer. L’hiver 1739-1740 fut marqué par trois mois de gelées ininterrompues, suivis par un printemps et un été intégralement pourris sur la majeure partie de l’Europe, et de longues inondations. Or, après le gel sans neige, l’eau est le pire ennemi du blé, une plante d’origine moyen-orientale qui ne supporte pas les excès d’humidité. Quand la semence n’avait pas gelé en terre, les épis se sont couchés sous la pluie et ont germé sur place. Une véritable catastrophe donc. Bien entendu, la vigne fut affectée elle aussi, et le vin millésimé 1740, en plus d’être très peu abondant, fut partout jugé exécrable. Dans un pareil contexte, avoir réussi à ne pas dépasser le chiffre d’environ 200000 morts (au lieu de 1 million lors de la grande famine de 1693) doit être considéré comme une sorte d’exploit: tant bien que mal on a limité les dégâts, en approvisionnant les villes avec les moins mauvaises récoltes de l’est et de l’ouest du pays. Mais l’accident climatique de l’«an quarante», terriblement froid et humide, a bloqué pour dix ans la croissance démographique de la France.

N. O. – Désormais, on redoute surtout les canicules...

E. Le Roy Ladurie. – Ah! mais il y en a eu aussi de très belles tout au long de la période étudiée, sans qu’on ait eu besoin d’attendre l’effet de serre! En 1206, 1473, 1516, 1540, 1556 par exemple. Ou les deux étés caniculaires consécutifs de 1718-1719, avec des maxima thermiques centrés, comme en août 2003, sur la région parisienne et le Val de Loire: ils firent au total environ 450000 morts, dont de nombreux bébés, tués par la déshydratation et la dysenterie – car l’eau, raréfiée, était d’autant plus polluée. 450000 morts, sur une population de 20 millions! Aujourd’hui, il faudrait donc tripler le chiffre. Or il ne semble pas que le Mattei de l’époque ait été le moins du monde inquiété...

Propos recueillis par FABIEN GRUHIER

Véritable créateur de l’histoire du climat, Emmanuel Le Roy Ladurie, membre de l’Institut, est professeur émérite au Collège de France. Il a écrit de nombreux livres, de «Montaillou, village occitan» (1975) à «Saint-Simon et le système de la cour» (1997), sans oublier les tomes 2 et 3 de l’«Histoire de France» (Hachette). Il vient de publier chez Fayard le tome 1 d’«Histoire humaine et comparée du climat. Canicules et glaciers, XIIIe-XVIIIe siècles».

Fabien Gruhier

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