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TreizeVents

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  1. Le temps en sud-Aquitaine est particulièrement pénible depuis quelques temps, avec une récurrence de jours qui cumulent un ciel bien bouché sans être forcément menaçant et des conditions hydro / thermiques difficiles. On n'atteint pas le seuil officiel de chaleur aujourd'hui (Tx 29,8°) mais avec un humidex qui est quand même monté à 36, à peine plus supportable que les 32,0° d'hier pour 37 d'humidex. Et bien entendu rien de particulier à attendre sur les prochaines heures, si ce n'est comme hier quelques averses sporadiques. Il tombe quelques gouttes par moment, mais les champs de RR décelés au radar dans la zone ont tout du virga. C'est presque drôle, mais avec rien de moins que 22,8° de Tm depuis le début du mois, ce mois de septembre est actuellement en provisoire bien plus chaud que juin (20,1°), juillet (20,6°) et août (20,8°).
  2. 26,3° de Tn temporaire à St Jean de Luz et une pointe à 30,6° peu avant 5 heures du matin. On a beau connaître la climatologie locale particulière, c'est toujours aussi spectaculaire.
  3. Effectivement, en allant trop vite je me suis loupé dans la sélection NOAA. Et effectivement aussi, n'ayant pas trop actualisé mes références depuis environ trois ans, j'ai un peu loupé la rectification de tendance sur les dernières années suite à plusieurs hivers particulièrement chauds après le coup de boost de l'El Niño de 2016. Le "coup de mou" de la période 2000/2015 (à quelque chose près) reste néanmoins bien visible sur les anomalies terrestres de la NOAA en Amérique du nord et en Asie :
  4. C'est assez compliqué de caractériser une évolution sur des phénomènes extrêmes car cela dépend beaucoup de la manière dont on va les définir ; néanmoins en se basant sur les seules moyennes thermiques on peut relever que les hivers aux latitudes moyennes de l'hémisphère nord se sont refroidis sur les deux dernières décennies. Ci-dessous les tendances observées sur le trimestre hivernal sur la période 2001-2013, c'est très parlant : Je n'ai pas pris le temps de chercher une carte plus récente, mais la tendance ne n'est pas inversée depuis 2013. Au point d'ailleurs que ce refroidissement hivernal des continents génère un hiatus sur l'évolution des températures des terres de tout l'hémisphère nord sur le trimestre DJF : par exemple sur les données fournies par la NOAA, la tendance est quasiment plate depuis 2005 soit sur 15 ans. On n'en n'a pas forcément conscience ici car l'Europe a été en grande partie à l'écart de cette tendance, mais en Asie et en Amérique du Nord, le constat d'un retour en force de "grands hivers" depuis plusieurs années est particulièrement prégnant.
  5. Les cumuls des dernières heures sont vraiment hétérogènes sur la région : Pour ma part je m'en sors avec 0,8 mm, pas terrible.
  6. L'étude n'est pas entièrement nouvelle, en ce sens qu'elle reprend une piste pas mal étudiée depuis déjà plus de dix ans. Voir par exemple A link between reduced Barents-Kara sea ice and cold winter extremes over northern continents, étude qui date de 2010. Et ce n'est que la première de toute une floppée d'études sur le sujet. Sur ce point, on peut d'ailleurs relever que le mécanisme n'est pas si clair. On trouve une corrélation importante entre le retrait de la banquise en automne dans les secteurs de Kara / Laptev et le comportement du vortex polaire, avec donc en cascade des liaisons avec des indices comme la NAO/AO, la répartition hivernales des anomalies thermiques à l'échelle de l'hémisphère, ou encore l'occurrence d'épisodes hivernaux extrêmes aux latitudes moyennes ; mais corrélation est-elle forcément raison ? Ce n'est pas parce que les deux évoluent de la même manière sur une période qui est in fine assez courte, qu'ils sont forcément liés dans une relation cause / effet. L'étude North Atlantic Oscillation in winter is largely insensitive to autumn Barents-Kara sea ice variability sortie il y a peu de temps le résume assez bien : L'extension de la banquise en automne (dans la région Barents-Kara) présente une corrélation significative avec l'indice NAO hivernal, mais des doutes subsistent sur l'existence d'un réel mécanisme de cause à effet et les modélisations présentées ici n'indiquent pas que l'évolution de la banquise influerait sur le comportement de la NAO.
  7. En Arctique et en été, la quasi-totalité de la chaleur disponible au sol part directement et instantanément soit dans la fonte de la glace s'il en reste, soit dans le réchauffement océanique. C'est pour ça que 925 hPa est un niveau beaucoup plus intéressant pour suivre les conditions thermiques estivales : au sol, l'été est un encéphalogramme plat :
  8. L'orage est passé à tout casser à 5 km à vol d'oiseau, alors que j'avais sorti toutes les plantes d'intérieur sur la terrasse pour profiter de l'arrosage. Et vu l'animation radar, @970hPa, t'es bien parti pour la même punition et un 0 mm au compteur.. 🤘
  9. Contraste assez saisissant entre l'imagerie radar et ce que je peux voir depuis chez moi. Je ne suis à moins de 20 km à vol d'oiseau de la zone orageuse, mais la nuit est parfaitement calme. Les éclairs sont rares (à peine un par minute), pas un souffle d'air, et seuls le chant des chouettes et hiboux vient perturber le silence.
  10. Zack Labe vient de répondre à ta question : 6ème le plus chaud depuis les mesures selon les réanalyses et à 925 hPa. J'avoue que je suis moi-même un peu surpris, je ne m'attendais pas à autant, je n'avais pas eu l'impression que août avait été aussi chaud que ça la haut.
  11. Je pense qu'il ne faut néanmoins pas oublier que dans l'esprit de la majorité des gens, l'été, c'est juillet et août. Par convention météo on considère aussi le mois de juin parce qu'on a voulu couper l'année en 4 saisons de 3 mois chacune, mais on ne peut pas demander au "commun des mortels" de connaître et d'adhérer à ce genre de conventions purement subjectives. Ce n'est pas un procès contre la notion qu'un été cela doit se compter sur trois mois et ces trois mois comptent le mois de juin, on a besoin de conventions en météo comme dans beaucoup d'autres domaines pour pouvoir comparer rigoureusement les choses. Mais attention au risque que l'on peut avoir de paraître hautain ou hors-sol à vouloir l'asséner comme une vérité absolue et indépassable qui s'imposerait à tous. Dans les Landes on parle souvent de "Mme Michoupouy" quand on veut imager l'étonnement ou l'incompréhension légitime d'une personne face à une situation qui peut lui paraître aberrante, et Mme Michoupouy comme l'immense majorité des gens qui n'y connaissent rien à la météo pour elle l'été cela a toujours été celui des vacances scolaires, juillet et août. Et lui asséner que non, il faut compter juin, c'est une évidence voyons, cela peut très vite la braquer ou l'inciter à vous envoyer paître. Pour elle, ce n'est pas tangible que juin doit être impérativement compté comme un mois d'été. Par contre ce qui est tangible c'est qu'elle s'est pelé les miches à sa semaine de vacances en juillet à Mimizan, que le mariage de sa nièce a été bien maussade et que la mariée a du mettre une veste à 18 heures, ou encore qu'elle a perdu toutes ses tomates début août d'un mildiou incontrôlable. Ce n'est certainement pas une ode à la paresse intellectuelle ou à la médiocrité, mais dans les nombreux articles ou tweets que j'ai pu voir sur le sujet de cet été, si je ne remets absolument pas en cause le fond de leur constat (cet été n'était pas si moche - j'ai eu l'occasion moi même de faire un message la dessus plus haut dans ce fil), je comprends quelque peu l'étonnement, pour ne pas dire souvent l'exaspération, que l'on pouvait parfois retrouver dans les commentaires. Attention à ne pas sous estimer le fait que, sur le seul critère des Tx et sur le duo Juillet-Août, les valeurs de cet été 2021 se classent bien bas dans le tableau des 20 dernières années.
  12. J'ai failli avoir quelque chose à raconter, j'ai entendu un grondement ce matin lors du petit passage pluvieux matinal. J'ai bien dégainé le portable pour aller chercher Météoalerte, mais ça faisait tellement longtemps, je ne me rappelais plus comment poster une observation "orage". Bon heureusement que j'ai mis du temps à me rappeler la bonne icône, parce que cela a laissé le temps au camion qui était en train de décharger des palettes un peu plus bas dans la rue de refaire son grondement. Et de me permettre de comprendre que c'était pas un orage. Ouf rassuré, finalement, non il a bien continué à ne rien se passer !
  13. C'est particulièrement risqué de se tenter à l'exercice d'une prévision sur la fin de cette saison. Le constat actuel, c'est qu'en terme d'extension on a une banquise très étendue, bien plus que les années précédentes, mais que fondamentalement le volume de glace restante en Arctique en cette fin de saison ne semble pas si éloigné des années passées. Une glace plus étendue mais pas plus nombreuse donc, au sacrifice de sa solidité et de sa compaction. On peut aisément s'en rendre compte sur ces données qui sont obtenues en divisant l'extension de la banquise par son aire, 2021 pointe avec 2016 très largement en dessous du peloton des années passées : Et maintenant ? Le scénario très optimiste, c'est que le froid va l'emporter rapidement et que la glace va se solidifier et s'étendre à nouveau rapidement, avec à la clé un minimum (au sens du critère traditionnel de l'extension) précoce et particulièrement peu prononcé au regard des années passées. Le scénario très pessimiste, c'est que la fonte par le dessous va tout emporter malgré le refroidissement de surface, et qu'une bonne partie de la glace encore présente côté Beaufort va s'effondrer, nous entraînant dans un minimum tardif et plus proche de ceux des années passés. La conclusion définitive sera probablement entre les deux, mais bien malin qui pourra dire où sera exactement cet entre deux. Ce qui est surtout compliqué, c'est qu'on n'a pas forcément une vision claire des anomalies de température des couches supérieures de l'océan. On a quelques relevés satellites qui permettent d'avoir de bonnes estimations de la température de surface là où il n'y a pas de glace, mais cela reste très sommaire - d'autant qu'on sait désormais qu'il existe des mécanismes de bulles chaudes de faible profondeur qui se propagent de plus en plus dans le bassin Arctique. Le nombre important de dépressions enregistrées cet été en Arctique, avec l'effet de mélange qu'elles ont nécessairement dû entraîner, laissent supposer qu'on a du accumuler beaucoup de chaleur dans ces couches supérieures. Mais combien ? Plus la réponse sera "beaucoup", plus la reprise sera longue et poussive cet automne même si les températures baissent sensiblement à la surface.
  14. Vu les horaires de ces "précipitations", quasiment toujours en fin de nuit et sous un ciel clair d'après les archives satellites, cela ressemble surtout à des basculements d'auget sous l'effet de la rosée. C'est d'ailleurs en bonne partie pour éviter ces "parasites" que MF considère un seuil de 1 mm comme critère pour enregistrer officiellement un jour de pluie.
  15. En fin de saison (après mi-août), il n'y a quasiment plus de fonte "par le dessus", quasiment toute l'attaque se fait par "le dessous" via le contact de la banquise avec les eaux océaniques réchauffées par la saison .. et les remontées d'eaux plus chaudes depuis les profondeurs qui sont amplifiées lors des étés agités comme celui que l'on vient de vivre. Dans le bassin Arctique, cette fonte par le dessous dure jusqu'à fin octobre / début novembre, ce qui fait d'ailleurs que le volume moyen de glace en octobre est à peine plus élevé que celui du mois d'août, et surtout que l'épaisseur moyenne de la glace dans le bassin central atteint son minimum climatologique annuel mi-octobre. On ne va pas cracher dans la soupe, c'est une bonne nouvelle d'avoir su préserver des conditions atmosphériques froides et nébuleuses une bonne partie de la saison, et de voir par ailleurs les températures de surface repasser sous le zéro de manière assez précoce cette année. Mais niveau impact général sur la banquise, l'effet est bien marginal vu ce qu'il se passe en dessous. Cela ne se voit pas forcément sur les courbes de l'extension, qui ne donnent pas toujours (et encore plus particulièrement cette année) une vision forcément complète, mais on prend sacrément cher côté Alaska ces derniers jours malgré des conditions froides persistantes : Les données d'extension ne bougent logiquement (presque) pas car il reste des monceaux de banquise un peu partout, mais sur le coup c'est vraiment l'arbre qui cache la forêt sur l'évolution de ces derniers jours :
  16. Sur quelle page de Climate Reanalyzer as-tu trouvé ce graphique ou a minima ces données brutes ? Climate Reanalyzer permet sur cette page de "jouer" avec toutes les modélisations des réanalyses, et aucune ne donne un résultat approchant de près ou de loin celui que tu présentes. Rien que le fait d'avoir sur ton graphique 2004 plus chaude d'au moins 0,5° que 2003 (!!) est complètement aberrant : outre le fait qu'un tel écart d'un demi-degré sur l'anomalie globale d'une année sur l'autre est complètement irréaliste, il n'y a pas une seule base de données qui indique que 2004 aurait été plus chaude que 2003.
  17. Au gré de cette nouvelle journée terne, grise et sans relief, je me suis fait la réflexion qu'on est bien partis pour un mois d'août sans le moindre jour d'orage sur pas mal de secteurs du sud-ouest "profond" (sud Landes, Pyrénées Atlantiques, Bigorre, Gers...). Et sauf oubli de ma part, l'essentiel de ce secteur n'a également pas connu d'orage en juillet. Et j'ai beau chercher dans le peu d'archives que j'ai, mais je ne trouve aucune année où on aurait réussi ce combo de juillet et août sans un seul jour d'orage. Peut-être qu'il y a un ou deux épisodes que j'oublie, mais néanmoins on ne doit pas être loin si ce n'est atteindre un record de faible foudroiement sur ces deux mois d'été. Pas grave, on rattrapera le déficit de flux de sud-ouest en décembre / janvier, hein
  18. Ton discours mélange deux choses fondamentalement différentes : la question des records et la question des moyennes. En climatologie, on ne juge pas les records au regard des moyennes, pas plus qu'on ne juge des moyennes au regard des records. Les différents climats de ce monde sont suffisamment variés pour offrir tous les panels possibles de modes de variabilité, qui font d'ailleurs que régulièrement ce ne sont pas les stations qui ont les moyennes les plus chaudes / froides qui sont forcément celles qui détiennent les plus grands records chauds / froids. Montauban a un record froid mensuel en août de 3,0° alors que le record d'Abbeville est de 4,9°, et dans l'histoire on s'en moque franchement de savoir qu'Abbeville est pourtant moins chaude en moyenne que Montauban en été.
  19. L'humidex de 39.6 à Nevers à 8 heures du matin, Td 25,6°
  20. A mes heures perdues, j'ai fait un petit fil sur Twitter sur le thème de l'impact que les crues peuvent avoir sur les limites de propriété. Je ne pensais pas que cela aurait intéressé autant de monde, alors je vais en faire une version un peu plus complète ici - et au passage, c'est toujours plus simple quand on n'est pas limité à des messages de 280 caractères. Les cours d'eau, qu'il s'agisse de simples filets d'eau coulant les jours de pluie dans un fossé au fond d'un terrain, comme des petites rivières et grands fleuves, constituent souvent des limites qui séparent différentes propriétés. Et qui peuvent aussi servir de limites administratives, séparant par exemple deux communes. La problématique se pose donc ainsi : que se passe t-il quand l'un de ces cours d'eau se déplace naturellement ? Parce que quand on a une situation comme celle-ci, on devine bien vite qu'il va falloir se poser sur la délimitation des différentes propriétés (image d'illustration : avant / après la tempête Alex dans les Alpes Maritimes) : A titre de préambule, je vais préciser qu'ici je ne vais parler que des déplacements naturels des cours d'eau. On va donc exclure, par définition, tous les déplacements qui ont été causés par la main de l'homme. Les cours d'eau, de tout temps, se sont déplacés et se déplacent encore chaque jour. Ces déplacements peuvent être lents, causés par une lente érosion qui s'accumule crue après crue et orage après orage, comme il peut s'agir d'un épisode extrêmement brutal et soudain emportant tout sur son passage. La première question que l'on peut légitiment se poser, c'est à qui appartient le lit des différents cours d'eau (autre manière de le dire : à qui appartient le terrain situé sous le cours d'eau). Sur ce point, c'est le Code de l'Environnement qui nous donne la réponse via son article L215-2 : En résumé, en dehors des cours d'eau classés domaniaux, tout point situé dans le lit d'un cours d'eau appartient au propriétaire de la rive la plus proche. Sur l'image ci-dessous où se superposent photographies aériennes et parcelles cadastrales, on doit donc imager qu'il existe une ligne fictive que j'ai dessinée ici en rouge au centre de la rivière, et le lit appartient par moitié aux différents propriétaires des parcelles les plus proches : Une petite remarque, car souvent il y a une confusion dans l'esprit des gens : on parle bien ici de la propriété du sol, mais pas de celle de l'eau. Chaque propriétaire riverain est aussi propriétaire de la moitié du fond de la rivière, mais il n'est pas pour autant propriétaire de l'eau qui s'écoule sur ce terrain. Souvent, on peut lire ici ou là que les propriétaires riverains d'une rivière ne sont pas propriétaires de cette rivière, par confusion entre la propriété de l'eau et de celle du sol. Autre précision, l'article évoqué ci-dessus fait une distinction entre les cours d'eau domaniaux et ceux qui ne le sont pas. Cette distinction date de l'époque napoléonienne : les cours d'eau domaniaux sont ceux qui sont navigables, et dont le lit appartient à l’État. D'ailleurs à l'origine on parlait de cours d'eau navigables et non de cours d'eau domaniaux, le changement juridique est récent. Ces cours d'eau étaient en effet (et parfois sont encore) utilisés pour le transport de marchandises, et à ce titre ils revêtent un intérêt national et stratégique d'où le fait qu'on ne peut pas laisser leur propriété aux riverains. Imaginez sinon en 1820 un propriétaire de deux parcelles situées en face l'une de l'autre de part et d'autre de la Seine quelque part entre Rouen et Paris, décidant de planter des poteaux tous les deux mètres dans le lit du fleuve et couper ainsi la circulation des barges et péniches qui alimentent Paris. Après tout, il est chez lui, et en 1820 on ne parlait pas de police de l'eau ou de protection de l'environnement... Les cours d'eau domaniaux sont donc uniquement les plus grands fleuves et rivières, et l'immense majorité des cours d'eau ne le sont pas. On y applique par conséquent la règle présentée plus haut de partage entre les propriétaires riverains. Maintenant, on va donc rentrer dans le fond du problème : que va t-il se passer quand l'un de ces cours d'eau se déplace ? Eh bien, cela dépend des circonstances, et surtout, cela risque de vous surprendre. Premier cas concret, je vous présente le Luy, charmante rivière qui possède plusieurs branches (Luy de France et de Béarn) et qui s'écoule paisiblement depuis le nord du Béarn jusqu'au sud des Landes. Le Luy est coutumier des crues d'hiver, lors des fameuses moussons basco-landaises, et il ne cesse de déplacer son lit à chacune d'elles. Rarement d'un coup brutal, mais tranquillement, mètre par mètre, érodant telle rive, rapportant des alluvions le long de telle autre. Et avec l'accumulation d'épisodes pluvieux inédits ces dernières années sur la région, autant dire que le phénomène s'est sensiblement accéléré. Du coup, eh bien, on se retrouve avec ce genre de situations : L'ancien méandre qui séparait les propriétés 230 et 52 s'est comme déporté vers l'ouest, coupant une bonne partie de la parcelle 230 et s'enfonçant sensiblement à l'intérieur de la 49. C'est fort fâcheux. Mais la bonne nouvelle, c'est que Napoléon a prévu le truc, et l'a fait graver dans le Code Civil en 1804, par une loi qui est toujours en vigueur plus de deux siècles plus tard : Pour le résumer, si un cours d'eau se déplace progressivement, le propriétaire du "bon côté" qui voit la rive s'éloigner gagne gratuitement du terrain, le propriétaire du "mauvais côté" qui voit sa propriété réduite n'a que ses yeux pour pleurer. Cela peut paraître choquant dans le monde d'aujourd'hui (je ne fais pas ici un jugement de valeur, juste un constat), mais à titre de rappel historique, il convient de dire que dans l'esprit des lois de l'époque, il était d'usage de considérer que l'on se devait d'accepter les phénomènes naturels et de vivre avec. Si une rivière se déplace naturellement et ronge une propriété au profit d'une autre, les deux propriétaires concernés doivent accepter cet état de fait de la nature. Et il ne revient ni à la société dans son ensemble, ni à celui qui a gagné du terrain involontairement, de faire preuve de solidarité en indemnisant ou en aidant le propriétaire lésé. Si on applique ces règles à mon exemple ci-dessous, à quelque chose près, voici les nouvelles limites cadastrales qu'il conviendrait d'appliquer (et je ne fais pas figurer les moitiés de possession du nouveau lit) : La parcelle 49 a sensiblement reculé, en première estimation ce propriétaire a perdu plus de 2000 m² de terrain. 230 est aussi le grand perdant de l'histoire, il y laisse quasiment 2600 m². A l'inverse chez les gagnants, le propriétaire 52 gagne près de 1800 m², le 190 gagne près de 1400 m², et le 189 environ 400 m². C'est une situation de fait, les gagnants comme les perdants sont contraints de l'accepter. Facile pour les gagnants, mais pas pour les perdants. Au delà de la simple histoire de propriété, ce qui est déjà beaucoup, imaginez qu'il y a derrière des conséquences potentiellement très importantes sur les aides auxquelles les agriculteurs vont pouvoir prétendre (PAC) et sur leur sécurité sociale (MSA), sur les taxes foncières, ou encore sur les partages successoraux. Et le point de départ de tout ça, c'est un cours d'eau qui se déplace du fait des crues hivernales. Alors, qu'on soit d'accord, ce n'est pas une nouveauté que les cours d'eau bougent, loin s'en faut. Mais dans cet exemple concret d'un cours d'eau qui est impacté par des crues de plus en plus fréquentes et de plus en plus fortes, ce genre de situation problématique ne pourra que s'amplifier à l'avenir. Et ce n'est pas un constat que pour ce cours d'eau en particulier, mais pour tous. Même si ce n'est pas une conséquence grave non plus (encore que pour certains propriétaires le choc est parfois important - l'attachement à la terre est souvent fort dans les campagnes) au regard de toutes les problématiques causées par le changement climatique, cela fait partie de ces centaines de petites choses auxquelles on ne pense pas forcément. Autre petite remarque en passant, ces déplacements ne sont pas réservés aux grandes rivières, comme dans l'exemple ci-dessus. Même le plus chétif des ruisseaux, même un simple fossé recueillant l'eau qui s'écoule les jours de pluie, peut se déplacer peu à peu par l'accumulation de quelques bons orages. Les agriculteurs vous diront d'ailleurs souvent qu'il n'y a rien de plus mobile qu'un fossé. Le petit ruisseau ci-dessous, inoffensif au premier regard, a fait gagner plus de 5000 m² à une propriété voisine. Ce qui veut aussi dire par ricochet qu'un autre propriétaire a, lui, perdu plus de 5000 m². Néanmoins, une petite remarque tragicomique : un cours d'eau, s'il peut être la limite de deux propriétés privées, il peut aussi être une limite administrative. Le plus souvent, la limite entre deux communes. Dans ce cas, on va rajouter de la complexité : Napoléon (encore lui) avait décidé que les limites entre communes devaient être fixées une fois pour toutes, et qu'elles resteraient ensuite intangibles. Sous entendu : si un ruisseau constitue la limite entre deux communes, et que ce ruisseau se déplace, la limite des deux communes va rester là où se situait le lit de ce ruisseau à l'époque napoléonienne. Les imbroglios que cela peut générer sont heureusement rares, mais ils valent leur pesant de cacahuètes et de tracasseries administratives. Je ne vais pas m'étaler ici, ce n'est pas le sujet et on s'éloignerait trop de la météo, mais vous seriez surpris de la montagne de problèmes aussi ridicules qu'insolubles qu'un orage peut indirectement causer. Maintenant que nous avons vu le cas des déplacements lents et progressifs, qu'en est-il des cas où une crue extrêmement brutale emporte des propriétés entières ? Genre ce pauvre bougre ci-dessous (image de la tempête Alex dans le 06), comment on gère ça ? Napoléon, encore et toujours ... Sur le papier, c'est (presque) mieux que dans le cas d'un mouvement lent : le propriétaire qui a vu une partie de son terrain se faire emporter par une crue subite a le droit de le revendiquer, à condition qu'il le retrouve dans un délai d'un an. Ah ben pas de problème donc, notre pauvre bougre de l'image précédente, il faut juste qu'il retrouve son jardin un peu plus bas en amont et qu'il plante son drapeau dessus pour dire que c'est à lui. On est bien d'accord : dans les faits, ce propriétaire n'a absolument aucune chance de pouvoir retrouver son terrain un peu plus bas en amont. Même s'il retrouve des monticules de boue sur le parking d'un carrossier 50 km plus bas ou sur la plage de Nice, jamais il ne pourra démontrer que cette boue provient de son terrain et revendiquer sa propriété dessus. Par contre, si une crue subite comme celle-ci vient déverser une grande masse d'alluvions contre votre terrain, vous avez juste à attendre un an et vous pourrez en revendiquer la propriété. Un bel agrandissement sans frais. Quelque part, et à de rares exceptions près, le résultat final est le même : si votre propriété est impactée par une crue subite et brutale, vous n'aurez que vos yeux pour pleurer si vous faites partie des perdants, ou vous deviendrez sans frais un heureux propriétaire par accession si vous faites partie des gagnants. Reste un petit cas particulier, non évoqué, qui est celui d'un cours d'eau qui va changer brutalement de lit, ou créer un bras nouveau qui n'existait pas auparavant. Cas concret : crue historique d'un cours d'eau descendant des Pyrénées suite à un combo d'un épisode de forte pluie et de redoux (fonte des neiges), et à l'occasion de cette crue ce cours d'eau va quitter entièrement et définitivement un ancien méandre pour s'établir désormais en ligne droite. Bon, vous êtes habitués, par de surprise on va chercher la règle que nous a laissé Napoléon dans le Code Civil : Pour expliquer les choses de manière schématique, si le cours d'eau n'était pas domanial, il n'y a dans l'absolu ni perdant ni gagnant : - L'ancien lit appartenait aux propriétaires riverains chacun pour moitié, donc au final chacun récupère sa moitié qui n'est désormais plus sous l'eau et le résultat est neutre. - Le propriétaire dont le terrain est traversé par le nouveau lit garde la propriété des terrains situés de part et d'autre ; il est donc propriétaire des deux rives (puisque propriétaire de part et d'autre), et donc des deux moitiés, et donc de la totalité du nouveau lit. Niveau propriété il n'a donc rien perdu. Par contre il a une rivière au milieu de son champ, c'est quand même vachement moins pratique. Par contre, si le cours d'eau était domanial (son lit appartient donc à l’État), c'est pas la même chose : - Les riverains de l'ancien lit peuvent, moyennant indemnité, acquérir de l’État la moitié de l'ancien lit bordant leur propriété, - Les anciens propriétaires du terrain situé sous le nouveau lit n'ont que leurs yeux pour pleurer, car ce lit appartient désormais à l’État. Une véritable expropriation de fait, sans indemnité. Pour le dire autrement, le seul gagnant de l'histoire c'est l’État : il va vendre le terrain de l'ancien lit et acquérir sans rien débourser le terrain du nouveau lit Voici le résultat de la crue historique du Gave dans mon cas concret : -> En vert les limites de l'ancien lit, et on peut voir toutes les parcelles en bande qui ont été créées de facto pour revendre à chaque propriétaire riverain la moitié de l'ancien lit qui bordait autrefois son terrain ; -> Le nouveau lit au centre : il n'y a plus de parcelles, et comme le Gave est domanial tout ce terrain appartient à l’État. Les anciens propriétaires privés de ces terrains ont été dépossédés de fait ; -> Comme précisé plus haut, les limites de communes sont intangibles : il existait un autre méandre vers le sud à l'époque napoléonienne, et qui a été défini comme limite entre les deux communes. Les méandres du Gave ont évolué, mais cette limite est restée au même endroit. Probablement les effets d'une crue plus ancienne. Ah au fait, la commune au nord c'est Labatut (Landes), au sud c'est Lahontan (Pyrénées Atlantiques). Vous voyez les différents champs qui sont désormais coupés par cette limite fictive héritée d'un autre temps ? Eh bien actuellement, l'arrosage est interdit au sud de cette limite fictive (dans le 64) mais autorisée au dessus (dans le 40). Le port du masque est obligatoire dans la partie au sud (côté 64) mais facultatif au nord (côté 40). Si l'agriculteur se blesse en tombant de son tracteur, c'est les secours de Peyrehorade (40) qui doivent intervenir si c'est dans la partie nord, mais ceux de Puyoo (64) si c'est dans la partie sud. Et l'origine de cette situation rocambolesque aujourd'hui .. c'est une crue qui a du survenir il y a plus d'un siècle de ça.
  21. Arôme modélise bien de l'instabilité circulant des Landes au Limousin en milieu de journée, cela ne se traduit pas nécessairement sur les champs de RR mais c'est par exemple visible ici sur les VV : Sur Arpège, on a de l'instabilité généralisée depuis le pays basque jusqu'au Poitou : MF n'a sorti la vigilance jaune que sur 24-32-33-40-47 qui correspond, à l'exception du Gers, l'axe d'instabilité d'Arôme. Si MF suivait aveuglément Arpège, le jaune orage concernerait aussi le piémont pyrénéen (65-66) et au moins les Charentes, ce qui n'est pas le cas...
  22. Bonjour, Pour le partage, une nouvelle étude sur la climatologie mondiale du foudroiement a été développée et mise en ligne à cette adresse. Deux extraits, la carte mondiale du foudroiement moyen annuel sur la période 2010-2020, et le bilan mois par mois (cliquez sur l'image pour la voir en haute résolution) : A noter que pour ceux qui voudraient utiliser les données brutes pour réaliser leurs propres cartes (coucou @_sb ou @Fred59_ ), c'est disponible ici : https://zenodo.org/record/4882792#.YRPYKUA6-Uk
  23. Il y a un proverbe fort à propos qui dit qu'une montre cassée donne la bonne heure deux fois par jour. En modélisant un potentiel d'ondées à chaque risque même minime, il va forcément engranger les "bons points" chaque fois que des ondées vont effectivement se matérialiser. Et on pourra dire quasiment chaque fois qu'un orage se déclenche que lui au moins il l'avait bien vu venir, mais au prix d'un nombre de "fausses alertes" qui ne donnent pas forcément envie de lui faire confiance (en tous cas de mon point de vue). Si on prend les modélisations de ces dernières heures, dans sa sortie d'hier matin Arpège modélisait un potentiel d'averses orageuses significatif sur toute la chaîne pyrénéenne, avec timide extension en soirée vers la Haute Garonne et le Tarn puis plus tardivement du Béarn vers l'Armagnac : Au résultat, quelques cellules ont effectivement été observées du Toulousain au Larzac, mais faux positif pour tous les départements pyrénéens, le Béarn et le Gers : Dans sa réactualisation du soir, Arpège s'est d'ailleurs entêté, à tort, pour le Béarn : Dans ses sorties d'hier, qu'il a confirmé ce matin, il modélise à nouveau une bonne activité diurne sur les Pyrénées pour aujourd'hui, activité qu'on cherche encore sur le radar : Le verre à moitié plein, c'est qu'effectivement Arpège était le seul à envisager le potentiel d'averses orageuses hier matin entre le bassin d'Arcachon et le Quercy, puis hier après-midi du Toulousain à l'Aveyron. Le verre à moitié vide, c'est qu'il a aussi prévu à tort de l'activité diurne sur les Pyrénées hier, des ondées orageuses en début de nuit dernière sur le Béarn, et à nouveau de l'activité diurne sur les Pyrénées aujourd'hui. Si dans ce résumé des deux derniers jours le résultat semble à quelque chose près s'équilibrer (deux réussites pour trois échecs), sur le long terme il cumule bien plus d'échecs que de réussites. Arôme et Euro4 ne sont pas pour autant parfaits, loin s'en faut, et le fait qu'ils n'aient pas vu venir ces ondées orageuses d'hier le démontrent. Néanmoins, je préfère sensiblement des modèles qui ne vont pas forcément s'emballer à chaque situation, quitte à avoir des faux négatifs .. qu'une montre qui donne toujours la même heure.
  24. C'est curieux cette propension d'Arpège à régulièrement modéliser des champs assez étendus de précipitations qui ont tout du mirage. Ci-dessous les RR modélisées jeudi à midi sur les sorties 00z d'Arpège (gauche), Euro4 (centre) et Arôme (droite) : Le potentiel orageux demain devrait rester limité, probablement circonscrit aux départements du sud de l'Occitanie (09-11-31-65-66) débordant éventuellement sur le Béarn. A priori pas grand chose à se mettre sous la dent après ce qui sera probablement la journée la plus chaude de cet été en particulier dans l'intérieur de Midi-Py. Et pour la suite, on semble se diriger vers un scénario récurrent ces derniers étés, à savoir un rafraichissement progressif par basculement du flux au nord-ouest sans véritable dégradation. Pas fantastique.
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