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Conférence de Montréal - décembre 2005


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La conférence de Montréal reconduit le protocole de Kyoto

Climat, une prise de conscience limitée

Lors de la récente conférence de Montréal sur les changements climatiques, la délégation américaine s’est retrouvée isolée face à une « communauté internationale » quasiment unanime à vouloir poursuivre la piste du protocole de Kyoto, avec des contraintes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Sous le regard de centaines de représentants d’organisations non gouvernementales et de quelque 30 000 manifestants, cette conférence aura sauvé les accords de Kyoto.

Par Agnès Sinaï

Coauteure de Sauver la Terre, Fayard, Paris, 2003, d’une série documentaire, Terriens amers, paradis perdus, diffusée sur Arte en 2006, ainsi que d’un documentaire, Planète en otage, disponible auprès des Films du Village.

Amarré dans le port de Montréal, pas très loin du Palais des congrès où s’est tenue jusqu’au 10 décembre la 11e conférence des Nations unies sur les changements climatiques, le NGCC-Amundsen est prêt à repartir en mission d’exploration dans l’Arctique. Ce brise-glace de la flotte nationale canadienne transporte une vingtaine de scientifiques affairés à sonder les mouvements des courants et l’épaisseur de la calotte glaciaire aux confins de la mer de Beaufort comme de la baie d’Hudson. Les récentes observations confirment le rétrécissement inexorable des glaces du pôle Nord, qui ont diminué d’un tiers au cours des trente dernières années.

Dans l’hypothèse d’un scénario d’émissions élevées de gaz à effet de serre, la température augmentera dans l’Arctique d’au moins 5 °C d’ici à 2100. Ce réchauffement déclenchera la fonte quasi complète de la calotte glaciaire à l’échéance des années 2080, durant les mois d’été (1), car, dans l’Arctique, les températures s’élèvent deux fois plus vite que sur le reste de la planète. Outre les implications globales de cette gigantesque débâcle, quel sera alors le sort des habitants de la banquise, les Inuits, sans parler de la faune, caribous, phoques et autres ours polaires ?

Le dérèglement du grand courant sous-marin, le Gulf Stream, est tout aussi inquiétant. Ce « tapis roulant » océanique fait office de calorifère d’une partie de la planète en transportant les eaux chaudes de l’Amérique du Sud et du golfe du Mexique vers les littoraux du nord-ouest européen, avant de faire demi-tour à la hauteur du Groenland en direction du Labrador. C’est au Gulf Stream que l’Europe doit son climat tempéré. Or, à la hauteur du Labrador, son débit ralentit depuis que la fonte accélérée des glaces de l’Arctique provoque un afflux d’eau douce dans la région. Selon une étude du Centre national d’océanographie de l’université de Southampton (2), cette « eau profonde nord-atlantique » a vu en un demi-siècle son débit chuter de moitié. Le ralentissement de la circulation océanique dans l’Atlantique pourrait faire baisser de 4 °C les températures moyennes en Europe. Un des paradoxes du réchauffement global.

Fin du déni de crise

Juste avant la conférence de Montréal, les Académies des sciences des plus grands pays de la planète ont produit une déclaration commune exhortant les décideurs politiques à prendre au sérieux la menace du réchauffement global (3). Les rapports élaborés par les quelque 2 000 scientifiques affiliés au Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) (4) fournissent un corpus incontesté et projettent des scénarios pour les siècles à venir. Selon que la température globale augmentera de 2 °C, de 4 °C ou de 6 °C au cours des cent prochaines années, la carte du monde ne sera pas la même. La « communauté internationale » s’accorde désormais sur un seuil de précaution climatique : une hausse de plus de 2 °C sera très périlleuse pour la planète. La plupart des modèles aboutissent aux mêmes conclusions : les pays industrialisés doivent diviser par quatre leurs émissions actuelles d’ici à 2050. Et les grands pays du sud, Inde, Chine et Brésil, devront les plafonner.

Quelque 6 milliards de tonnes de gaz carbonique continuent d’être globalement rejetées chaque année par l’utilisation des combustibles fossiles. Au rythme actuel, ces émissions vont augmenter de 60 % dans les trente prochaines années. Les capteurs naturels de dioxyde de carbone (Co2) que sont les océans, les sols et la végétation sont en passe d’être saturés par ces excédents.

En regard de ce sidérant compte à rebours, les lenteurs et la rhétorique de la diplomatie climatique peuvent surprendre, sinon exaspérer. Alors que le protocole de Kyoto est entré en vigueur le 16 février 2005, après huit années de négociations, la conférence de Montréal aura trouvé matière à un nouveau suspense : reconduire ou non le processus au-delà de 2012, échéance de sa première période. Ce qui a été fait.

La communauté des négociateurs et les think tanks économiques semblent désormais convaincus de la réalité des menaces. Tout en continuant à subventionner les énergies fossiles dix fois plus que les renouvelables, la Banque mondiale s’est lancée dans l’évaluation des dégâts climatiques en termes de points de produit intérieur brut (PIB). Ne rien faire pour réduire le risque climatique ne va-t-il pas finir par coûter plus cher que décarboniser l’économie ? La facture des cyclones de 2004 et 2005, qui ont ravagé les régions les plus touristiques du sud-est des Etats-Unis, s’élève à quelque 90 milliards de dollars pour les assureurs. D’où une convergence d’intérêts inattendue entre les environnementalistes et une partie du monde des affaires pour réclamer un système de régulation global et pérenne. « Nos propres institutions financières sont en danger, note Mme Helen Sahi, membre de l’initiative financière du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Il n’y aura pas de croissance si les écosystèmes sont détruits. »

Toutefois, la fin du déni de la crise climatique ne débouche pas sur les mesures drastiques qui devraient s’imposer. La diplomatie de Kyoto s’évertue plutôt à forger des mécanismes de flexibilité visant à concilier les impératifs de la croissance économique avec les modestes objectifs de réduction de gaz à effet de serre auxquels les pays industrialisés ont fini par accepter de se soumettre (– 5 % en moyenne d’ici à 2012 par rapport à 1990 (5)). Au cours d’une période théoriquement transitoire, le gros de la diminution devrait être réalisé arithmétiquement, via les permis d’émissions échangeables entre pays industrialisés à partir de 2008 : ceux qui seront parvenus à dépolluer au-delà de leurs quotas d’émission pourront vendre ce « surplus » à des pays de même statut. Ce surplus, comptabilisé en « crédits de réduction d’émission », sera « transférable » d’un pays à un autre : ceux qui achèteront ces crédits pourront polluer au-delà de leurs quotas initialement alloués, tout en respectant leurs volumes d’engagements.

Ce système a été calqué sur le marché du dioxyde de soufre (SO2) et de l’oxyde d’azote (NOx), inauguré aux Etats-Unis dans les années 1970. A Kyoto, en 1997, l’administration Clinton avait obtenu qu’un marché de ce type s’applique à des échanges de quotas de gaz carbonique, cette fois à l’échelle des pays industrialisés, tandis que l’Union européenne (UE) réclamait des mesures réglementaires. Depuis, la donne s’est inversée : alors que les Etats-Unis se sont exclus de Kyoto (ils n’ont toujours pas ratifié le protocole), l’UE a inauguré le premier marché continental d’échange de permis d’émission, en application dans les 25 pays membres depuis le 1er janvier 2005, préfiguration du grand marché mondial prévu par les accords de 1997.

La Commission européenne estime que les Vingt-Cinq pourront atteindre une réduction de 11,3 % de leurs émissions en 2012 par rapport à 1990, grâce à la combinaison de mesures réglementaires et volontaires et du système d’échange de quotas (6). Pour autant, les industries lourdes soumises à ces quotas ont déjà largement amélioré leur efficacité énergétique. Il reste donc à cibler d’autres gisements de gaz à effet de serre, en particulier dans le secteur du transport aérien, pour l’heure non assujetti aux accords de Kyoto. La Commission est pour l’instant la seule à annoncer des mesures dans ce sens.

Les prémisses du marché européen des quotas de CO2 sont annonciatrices des difficultés qui pourraient survenir. La pertinence de ce marché ne se vérifiera que si la quantité de tonnes de CO2 échangeables est strictement plafonnée par les Etats. Pour que le processus soit efficace sur le plan climatique, il faut en effet que les agents économiques payent moins cher leurs innovations technologiques que leur contingent de tonnes achetées sur le marché du carbone. Ce qui suppose que la tonne de CO2 atteigne un prix dissuasif. « Le cours du carbone ne se fixera que progressivement, estime M. Pierre Radanne, consultant et ancien président de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) française. Pour le moment, les valeurs sont très faibles et ne peuvent déclencher des investissements supplémentaires significatifs. »

Des critères écologiques

On imagine aisément les tractations futures... Les prochaines conférences climatiques verront les Etats réclamer des allocations de quotas importantes, sous la pression des lobbies industriels. « Un exemple : en Grande-Bretagne, l’industrie lourde s’est vu accorder le droit de dégager autant d’émissions entre 2005 et 2007 que ce qu’elle a émis annuellement entre 1998 et 2003 », note M. Larry Lohman, militant britannique du mouvement Justice climatique. Entre-temps, il est question de séquestrer une partie des excédents de carbone dans les couches géologiques d’où provient l’extraction du pétrole. Le GIEC a publié un rapport sur le piégeage du carbone, qui tend à présenter cette technologie comme susceptible de réduire la dispersion du CO2 sur les sites d’extraction pétrolière (7). Si elle venait à se généraliser, elle permettrait aux industries de disposer de davantage de certificats de réduction d’émissions sur le marché international.

D’ores et déjà, des centaines de courtiers en certificats de réduction d’émissions se positionnent sur le marché du carbone. Ce marché commence à exister à travers les mécanismes de développement propre (MDP) : en échange de crédits d’émissions accordés aux pays industrialisés, les pays du Sud signataires du protocole de Kyoto peuvent bénéficier de transferts de technologies dites propres, c’est-à-dire faiblement émettrices de gaz à effet de serre – introduction des énergies renouvelables, amélioration de l’efficacité énergétique des processus industriels, mais aussi récupération et enfouissement de déchets gaziers (méthane et autres gaz à effet de serre puissants comme les HCFC 23 (8)), puits de carbone (grandes plantations forestières à croissance rapide).

Le débat porte sur le « plus » environnemental de ces projets, dont la traduction en « unités de réduction certifiée des émissions » suppose de quantifier la différence positive entre un scénario « business as usual » et l’« additionnalité » écologique apportée par le projet. Les sites de destruction de gaz à effet de serre du type HCFC 23, encore produits dans les pays du sud et bientôt bannis des pays industrialisés, risquent de constituer le cœur des MDP. « Cela signifierait que le mécanisme de développement propre n’aurait plus rien à voir avec une démarche de développement durable », estime M. Ben Pearson, de Greenpeace.

Cet effet pervers n’a rien d’une fatalité. La conférence de Montréal a pris des dispositions pour accorder l’éligibilité des projets en fonction de critères écologiques plus stricts. Une sérieuse ambiguïté demeure. La communauté de Kyoto va s’employer à définir des engagements « adéquats » pour la suite, tout en confiant la réalisation de cette adéquation à... la main invisible du marché du carbone.

Agnès Sinaï.

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(1) Hadley Centre for Climate Prediction and Research, « Climate change and the greenhouse effect », 2005, p. 44.

(2) Harry Bryden, « Atlantic currents show signs of weakening », Nature, Londres, 1er décembre 2005.

(3) www.academie-sciences.fr/actualites...

(4) Intergovernmental Panel on Climate Change.

(5) A Montréal a été validé le système de sanctions visant les pays qui n’auraient pas respecté leurs engagements à l’issue de la première période du protocole (en 2012).

(6) Communication de la Commission européenne, « Rapport sur les progrès vérifiables dans l’application du protocole de Kyoto », Bruxelles, 1er décembre 2005.

(7) Intergovernmental Panel on Climate Change, « Carbon dioxide capture and storage », novembre 2005.

(8) Molécule impliquée dans la fabrication des gaz réfrigérants, dont le pouvoir de réchauffement global est 11 700 fois supérieur à celui d’une molécule de carbone.

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LE MONDE DIPLOMATIQUE | janvier 2006 | Page 23

http://www.monde-diplomatique.fr/2006/01/SINAI/13101

TOUS DROITS RÉSERVÉS © 2006 Le Monde diplomatique.

Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2006/01/SINAI/13101

Florent.

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Protocole de Kyoto : un comité d'observance en opération

2006-03-04 13:32:05

NEW YORK (Nations Unies), 4 mars (XINHUANET) -- La Convention- cadre des Nations Unies sur le changement climatique (Ccnucc) a annoncé qu'un comité d'observance du Protocole de Kyoto, traité visant à réduire l'émission du gaz à effet de serre, est en opération depuis vendredi afin de garantir l'application du Protocole.

Le Comité de 20 membres comprend une branche facilitatrice, présidée par Raul Estrada Oyuela, de l'Argentine, et une branche coercitive ayant à la tête Hironori Hamanak, du Japon.

Conformément au Protocole de Kyoto conclu en 1997, 35 pays industrialisés sont appelés à réduire, entre 2008 et 2012, l'émission de gaz à effet de serre de 5% de leur niveau respectif en 1990.

Klaus Toepfer, responsable directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), a salué le lancement d'un tel système d'observance qui, selon lui, a muni le Protocole des "dents" et lui a permis de devenir un véritable traité légalement obligatoire.

Richard Kinley, responsable par intérim du Secrétariat des Nations Unies sur le changment climatique, a indiqué pour sa part qu'un mécanisme puissant et effectif est la clé de l'application du traité.

Le Comité d'observance déterminera si les pays ont respecté leurs engagements et la branche facilitatrice est chargée de fournir des conseils et de l'assistance aux Etats dans l'application du Protocole, selon le Ccnucc.

Source : http://www.french.xinhuanet.com/french/200...tent_224391.htm

Florent.

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