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Îles Marquises : un seul orage avec tonnerre en 6 ans


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Amis de la foudre bonjour !

 

Comme dit dans mon titre, voila 6 ans que je vis à Hiva Oa aux Marquises, l'archipel habité le plus éloigné de tout continent, et je n'ai entendu qu'une seule fois le tonnerre, une nuit il y a 4 ans. C'était d'ailleurs très impressionnant l’écho dans la caldeira de 1300 mètres d'altitude, mais ça ne s'est jamais reproduit. Une autre fois j'ai vu quelques brefs éclairs au loin sur l'océan, trop loin pour entendre le tonnerre. Des orages et des pluies diluviennes il y en a des tas comme le chantait mon voisin Jacques :

 

"Les femmes sont lascives
Au soleil redouté
Et s’il n’y a pas d’hiver
Cela n’est pas l’été
La pluie est traversière
Elle bat de grain en grain
Quelques vieux chevaux blancs
Qui fredonnent Gauguin
Et par manque de brise
Le temps s’immobilise
Aux Marquises"

 

Après avoir vécu 2 ans au Cameroun et 5 ans à Sao Tomé et Principe sous des latitudes tropicales similaires où le tonnerre était presque quotidien, cela me désole, moi qui les adore, au point de me surprendre parfois à en écouter sur internet comme un drogué en manque... Et surtout je n'arrête pas de me dire "Mais pourquoi ? POURQUOI ?".

 

J'ai bien quelques bases parcellaires en météo, ayant passé dans le passé mon brevet de pilote, et mon paternel étant un retraité de Météo France, ainsi je penche sans grande conviction pour une question d'océan trop froid à cause de courants maritimes remontant de l'antarctique le long de la côte du Chili et revenants par ici au niveau de l'équateur. J'avais aussi vu un jour une carte à Singapour du champ magnétique terrestre montrant cette ville aux orages très fréquents à un point de convergence alors que les Marquises étaient à une extrémité, je me suis demandé - n'y connaissant rien - si ça pouvait être lié, mais je n'ai jamais rien trouvé là dessus.

 

Quand je demande aux anciens, ils me répondent "mais si y'en a", un peu comme ce serpent de mer, l'homme qui a vu l'homme qui a entendu la foudre. Un autre me dit que ça fait dix ans qu'il n'y en a plus. Va savoir. Il y a bien un paratonnerre sur le clocher de l'église.

 

Alors je vous le demande : quelle est cette diablerie ? J'espère que l'un d'entre vous saura me répondre avant que je ne devienne fou d'ignorer. C'est une question de survie mentale, aidez-moi !

 

Cordialement

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Après quelques recherches, voici mon pointe de vue

 

Dans les grandes lignes tout d'abord, la climatologie des îles Marquises n'est pas très compliquée avec une pluviosité qui reste très variable en fonction des îles et d'une année à l'autre. La température est modérée par les alizés, les côtes au vent sont beaucoup plus arrosées que les côtes sous le vent, plus sèches. En soit, l'idée avec les courants océaniques n'est pas si mauvaise, elle a une certaine interaction avec l'atmosphère, ce qui pourrait en être un élément de réponse, je m'explique. 

 

En effet, les îles Marquises subissent la remontée d'eau de fond froide et salée entre le pôle Sud et l'Equateur (circulation Thermohaline), cette remontée est pilotée par le courant de Humbolt et du Pérou au large des côtes du Chili. Cependant, les archipels sont surtout concernées par le courant Sud équatoriale qui présente des variations de circulation anti-horaire (sens inverse des aiguilles d'une montre). Certes, on a cette remontée d'eau froide de pôle vers l'Equateur mais finalement, c'est un courant équatoriale et donc doux qui concerne l'ensemble de l'archipel. Il faut également préciser que El Nino/la Nina ont possiblement une part de responsabilité à mon avis. 

 

Lors d'un épisode El Niño, la pression augmente beaucoup près de l’Indonésie et l'Australie et diminue près de l’île de Pâques (au Chili), nous avons une anomalie du vent d'Ouest dans le Pacifique central et les Alizés faiblissent, donnant en moyenne un temps globalement sec sur le Pacifique central. Alors les eaux chaudes de la surface sont entraînées vers l'Est et le potentiel est donc forcément en baisse avec ce manque d'alimentation en air chaud et humide océanique. Les eaux sont moins chaudes et des anticyclones se créent à la place des dépressions. Cependant, lors du El Niño Modoki l'anomalie de la température de la surface de la mer (SST) dans l'Est du Pacifique n'est pas affectée par un réchauffement mais plutôt par un refroidissement tout comme l'Ouest du Pacifique équatorial, alors qu'une anomalie chaude affecte le centre du Pacifique équatorial (Niño 3.4). Ces gradients zonaux de la SST se traduisent par une anomalie de la circulation deux cellules Walker sur le Pacifique tropical, avec une région humide dans le Pacifique central. Dans ce qu'il nous intéresse, les îles Marquises vont surtout être concernées lors d'un épisode El Niño 3.4., cette humidité sur le Pacifique central se produit donc au-dessus d'un gradient thermique important de la SST ce qui peut emmener la possibilité de fortes pluies, mais ce type d'El Niño se produit environ tout les 2 à 7 ans. Le dernier épisode de El Niño 3.4 a eu lieu entre Septembre et Mai 2020 et il a été plutôt faible. Pendant la Niña, les îles intertropicales du Pacifique Central connaissent des périodes de sécheresses prononcées. Et à l'heure actuelle, nous nous dirigeons vers un épisode la Niña plutôt marqué, il va donc falloir s'attendre à ce que le temps reste sec pendant encore un long moment. 

 

Il existe probablement un lien avec l'oscillation décennale du Pacifique (PDO) qui a un effet lors des épisodes El Nino/la Nina, mais on ne va pas trop s'égarer du sujet. Néanmoins, le lien ENSO/PDO est une piste intéressante à étudier pour peut-être mieux comprendre ce manque d'instabilité sur ce secteur du Pacifique.

 

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Au niveau atmosphérique, quand on regarde la répartition moyenne de la pression au niveau de la mer entre 1950 et 2021, on constate évidement que les îles Marquises se situent dans une zone om ce sont les basses pressions qui dominent (en liaison avec la ZCIT). Quand on prend de l'altitude et qu'on regarde la moyenne du géopotentiel à 500 hPa, on remarque à ce moment que l'anomalie est largement positive sur toute la bande équatoriale et sur une zone assez large et cela a probablement un effet en inhibant finalement la convection en la contraignant de ne pas monter assez haut en altitude pour donner lieu à des orages. Mais on va me dire "dans ce cas-là, pourquoi il y a des orages le long de l'équateur alors qu'on a cette même anomalie à 500 hPa ?" Tout simplement parce que les pressions sont plus basses et que dans le ZCIT, la convergence est nettement plus marquée et donc les courants ascendants bien plus puissants. Dans le cas des îles Marquises, la moyenne de la pression au niveau de la mer et moins basse par rapport à la ZCIT et donc les mouvements ascendants moins marqués. 

 

La dynamique atmosphérique n'est peut-être pas suffisamment puissante également en haute altitude, en plus du manque de dynamique dans les basses-couches. Autant dire des conditions qui ne sont pas favorables aux orages. 

 

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Je suis peut-être loin de la cause mais j'ai quand même voulu partager mon point de vue. Mon avis est simple, la configuration El/La Nina a probablement son influence avec un temps sec lors d'un épisode la Nina et El Nino classique, mais possiblement plus humide et instable lors d'un épisode El Nino 3.4 (qui ne se produit que tout les 2 à 7 ans). Ensuite, le fait que les pressions ne sont pas assez basses pour créer une dynamique atmosphérique favorable aux orages. 

 

En attendant, peut-être qu'il y aura d'autres avis et que je suis finalement loin du compte. 

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Merci beaucoup pour cette réponse très complète,

 

Effectivement El Niño combiné aux différents éléments que vous apportez semble être une explication plausible, surtout si l'on se rapporte à l'histoire de ces îles que je connais bien mieux que ces phénomènes météorologiques.

 

Les saisons communément admises par les anciens - et que je constate assez, bien que demeurant très aléatoires - sont les suivantes :

 

- Fortes pluie en "hiver" de juin à septembre, ce qui peut varier d'un ou deux mois selon l'année, suivies d'une saison sèche avec d'assez rares pluies qui culmine vers mars.

- Épisode de sécheresse assez sévère tous les 4 à 7 ans, c'est à dire qu'il ne pleut presque pas pendant la saison des pluies, ce qui jadis causait famines et guerres à peu près à cet intervalle

- Épisode inverse tous les 6 à 7 ans, c'est à dire une année presque entière de fortes pluie, la saison sèche devenant inexistante

 

Par ma courte expérience personnelle j'ai connu en 2016 une de ces années de pluie impressionnante de type mousson ou des dizaines de cascades parmi les plus hautes du monde coulent en permanence, l'hydrographie changeant complétement, les ruisseaux devenant des torrents provoquant généralement des inondations dans les fonds de vallée. Si je me souviens bien c'est courant mars de cette année de pluie - donc quand il aurait du faire chaud et sec - que j'ai connu cet unique orage en 6 ans.

 

A noter également un phénomène historique récurent par cycle qui peut correspondre à votre oscillation décennale du Pacifique : De très fortes sécheresses catastrophiques de plusieurs années, la dernière aurait duré 7 ans sans pluie vers 1945, et s'il on en croit les témoignage les poules mourraient de soif. Des événements similaires seraient aussi arrivés vers les années 1920 et 1880.

 

Pour remonter encore plus loin, il faut aussi noter que de récentes études archéologiques et génétiques semblent démontrer que les peuplements du triangle polynésien (Archipels polynésiens, Nouvelle-Zélande, Hawaï, Île de Pâques) et même des voyages jusqu'en Amérique du sud, correspondent à une période très courte de moins d'un siècle quelque part entre 1200 et 1300 qui semble être facilité par un el Niño particulièrement favorable pour la navigation et/ou ayant causé des sécheresse poussant les Polynésiens à partir en découverte.

 

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