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et la biodiversité ?

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Il est difficilement contestable, en cas de variation brutale du climat, comme celle qui risque de se produire au cours de ce siècle, que nous assistions à la disparition de nombre d'espèces végétales et animales supérieures.

La faculté d'adaptation dépend, pour ces espèces, de leur évolution, qui dépend elle-même de la sélection naturelle, chère à Darwin.

Cette sélection n'a pas le temps de s'opérer pour les espèces à "taux de renouvellement" long.

Il est donc assez évident, pour ma part en tous cas, qu'hormi, éventuellement, certaines espèces d'insectes, on assiste à une diminution du nombre d'espèces vivantes.

Pour vous répondre rapidement :

a- cela dépend de ce que l'on appelle une "variation brutale" de climat. Les fourchettes basses du GIEC ne sont pas vraiment brutales sur un siècle, par rapport à des événements comme le Dryas récent. Si tant est que les fourchettes du GIEC donnent la moindre indication fiable sur l'état de la Terre en 2100.

b- l'adaptation darwinienne est sans doute plus rapide que vous ne le pensez. Une étude sur les écureuils du Yukon, région qui connaît un fort réchauffement, a montré des variations sur trois générations seulement de la date des accouplements et des naissances.

c- plus généralement, les méta-analyses concernant la pression du réchauffement récent ne donnent pas des amplitudes exceptionnelles dans la réponse des organismes au climat (cf. le très bon livre de synthèse : TE Lovejoy, L Hanah, Climate change and biodiversity, Yale UP, 2004).

d- comme il a été dit plus haut, tout dépend aussi de l'idée que l'on se fait de la biodiversité. Un "conservationnisme" strict en la matière a peu de chance de succès... car la vie elle-même n'est pas conservatrice ! Ce qui n'empêche pas d'essayer de réguler le développement humain, dont l'extension indéfinie et la pollution attenante engendrent bien des catastrophes locales.

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Lieu : Muret(180 m) et Font-Romeu (1760m)

a- cela dépend de ce que l'on appelle une "variation brutale" de climat. Les fourchettes basses du GIEC ne sont pas vraiment brutales sur un siècle, par rapport à des événements comme le Dryas récent. Si tant est que les fourchettes du GIEC donnent la moindre indication fiable sur l'état de la Terre en 2100.

Certes, et c'est pourquoi j'ai pris le soin de prendre la moyenne de la fourchette.Concernant le Younger Dryas, il s'agit d'un évènement, a priori moins global que le réchauffement envisagé par le GIEC qui, jusqu'à preuve du contraire, est l'organisme le plus qualifié acuellement pour prévoir le climat futur en fonction des connaissances du moment et des scénarii d'émissions de GES envisagés.

D'autres organismes de recherche ont d'ailleurs corroboré les résultats publiés par le GIEC.

D'autre part qui dit que cet évènement du YD n'a pas entraîné la disparition d'espèces vivantes et qui peut comparer des variations de température ayant lieu dans des conditions initiales complètement différentes?

Les évènements de Heinrich et de DO sont bien qualifiés d'évènements climatiques brutaux.

Les variations de température globale sont de l'ordre de 2 à 4°C en quelques décennies ou siècles.

La variation envisagée par la grande majorité des climatologues est de l'ordre de 3°C en 1 siècle globalement.

J'ai du mal à ne pas envisager ceci comme un évènement à classer dans les changements climatiques brutaux.

b- l'adaptation darwinienne est sans doute plus rapide que vous ne le pensez. Une étude sur les écureuils du Yukon, région qui connaît un fort réchauffement, a montré des variations sur trois générations seulement de la date des accouplements et des naissances.

Un exemple de ce type n'a évidemment pas force de loi.

Il faut voir un peu plus loin que cela.

La disparition de pans entiers de forêt tempérée dans les zones du même nom, telles qu'elles sont envisagées dans le futur, au profit de zones semi-arides, va détruire non seulement les espèces végétales présentes dans ces forêts mais également les espèces animales qui y vivent.

Il en est de même pour les forêts tropicales gravement menacées par les futures sécheresses telles qu'elles sont également prédites dans ces zones.

c- plus généralement, les méta-analyses concernant la pression du réchauffement récent ne donnent pas des amplitudes exceptionnelles dans la réponse des organismes au climat (cf. le très bon livre de synthèse : TE Lovejoy, L Hanah, Climate change and biodiversity, Yale UP, 2004).

raisonnement non valable.

On ne peut à l'évidence extrapoler n'importe comment une situation actuelle en disant, sans le démontrer, qu'elle se perpétuera ad eternam.

d- comme il a été dit plus haut, tout dépend aussi de l'idée que l'on se fait de la biodiversité. Un "conservationnisme" strict en la matière a peu de chance de succès... car la vie elle-même n'est pas conservatrice ! Ce qui n'empêche pas d'essayer de réguler le développement humain, dont l'extension indéfinie et la pollution attenante engendrent bien des catastrophes locales.

oui effectivement nous n'avons pas la même idée sur ce point.

Il n'est pas question d'être conservationniste ou non mais il est question, de façon objective, d'envisager les conséquences du RC sur la biodiversité.

Et ceci à partir des conditions actuelles où cette dernière est déjà bien mise à mal, c'est un fait, par le développement quasi-incontrôlé de la présence humaine sur Terre.

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Lieu : st yrieix le déjalat (19) 750 m / 1700 mm annuel

Etant forestier ,je connais tres bien la foret car je parcours de nombreux departements en france pour mon boulot et mes vacances.Les consequences de l'ete de 2003 ,on affabli de nombreux arbres feuillus comme resineux .Mais en plus de cela il y a multiplication des insectes ravageurs ,chenilles qui n'ont rien arrange.Pour l'ete 2005 , les chenilles ont ete tres nombreuses dans certaines regions(indre chenilles sur chene sessiles et pedoncules ,arbres entierement effeullier et gard chenilles sur chene vert extreme attaque basse cevennes ) ce qui n'est pas rejouissant car cette annee va etre fatale pour les arbres si les conditions sont favorables pour les chenilles car elles vont etre tres nombreuses et voraces.

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Certes, et c'est pourquoi j'ai pris le soin de prendre la moyenne de la fourchette.

Concernant le Younger Dryas, il s'agit d'un évènement, a priori moins global que le réchauffement envisagé par le GIEC qui, jusqu'à preuve du contraire, est l'organisme le plus qualifié acuellement pour prévoir le climat futur en fonction des connaissances du moment et des scénarii d'émissions de GES envisagés.

D'autres organismes de recherche ont d'ailleurs corroboré les résultats publiés par le GIEC.

D'autre part qui dit que cet évènement du YD n'a pas entraîné la disparition d'espèces vivantes et qui peut comparer des variations de température ayant lieu dans des conditions initiales complètement différentes?

Les évènements de Heinrich et de DO sont bien qualifiés d'évènements climatiques brutaux.

Les variations de température globale sont de l'ordre de 2 à 4°C en quelques décennies ou siècles.

La variation envisagée par la grande majorité des climatologues est de l'ordre de 3°C en 1 siècle globalement.

J'ai du mal à ne pas envisager ceci comme un évènement à classer dans les changements climatiques brutaux.

Inutile d'engager un débat général sur le GIEC, cela serait trop long. A mon avis, on perd son temps à débattre de modèles au lieu d'observer le réel. Surtout quand il faut associer des modèles d'évolution du climat à des modèles d'évolution du vivant, alors même que le climat et le vivant ont une complexité échappant à mon avis à nos capacités actuelles de modélisations (a fortiori leur combinatoire).

Un exemple de ce type n'a évidemment pas force de loi.

Il faut voir un peu plus loin que cela.

Evidemment. Mais comme vous le signaliez vous-même, on sait au moins que la vie procède par variation-sélection-adaptation. Le mécanisme à l'oeuvre chez les écureuils observés est un cas très classique d'évolution darwinienne, dont il n'y a pas lieu de penser qu'il ne soit pas réplicable ailleurs (en fait, il l'est mais c'est un peu fastideux de citer ici les centaines d'exemples de la littérature). Il faut surtout en revenir à un constat logique : la plupart des espèces vivant actuellement ont, par définition, survécu à des amplitudes thermiques sur plusieurs dizaines de milliers à plusieurs millions d'années, selon leur date d'apparition.

La disparition de pans entiers de forêt tempérée dans les zones du même nom, telles qu'elles sont envisagées dans le futur, au profit de zones semi-arides, va détruire non seulement les espèces végétales présentes dans ces forêts mais également les espèces animales qui y vivent.

Il en est de même pour les forêts tropicales gravement menacées par les futures sécheresses telles qu'elles sont également prédites dans ces zones.

raisonnement non valable.

Le GIEC lui-même reconnaît que l'on ne peut raisonnablement avancer de prédictions locales à long terme. Et si l'on en reste aux généralités (de long terme), le climat plus chaud et plus humide que l'on nous promet est globalement favorable à la biodiversité, si l'on en juge par la luxuriance des tropiques comparée à toutes les autres zones.

Il n'est pas question d'être conservationniste ou non mais il est question, de façon objective, d'envisager les conséquences du RC sur la biodiversité.

Entièrement d'accord avec vous.

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Etant forestier ,je connais tres bien la foret car je parcours de nombreux departements en france pour mon boulot et mes vacances.Les consequences de l'ete de 2003 ,on affabli de nombreux arbres feuillus comme resineux .Mais en plus de cela il y a multiplication des insectes ravageurs ,chenilles qui n'ont rien arrange.Pour l'ete 2005 , les chenilles ont ete tres nombreuses dans certaines regions(indre chenilles sur chene sessiles et pedoncules ,arbres entierement effeullier et gard chenilles sur chene vert extreme attaque basse cevennes ) ce qui n'est pas rejouissant car cette annee va etre fatale pour les arbres si les conditions sont favorables pour les chenilles car elles vont etre tres nombreuses et voraces.

Bonjour.

Pour étudier le rapport entre biodiversité et climat, qui est l'objet initial de ce post, on ne peut se référer à des événements uniques comme une canicule. Justement, j'aimerais savoir quels sont les éléments de "profondeur" dont vous disposez pour comprendre l'évolution locale des forêts que vous observez. En d'autres termes, a-t-on documenté des ravages passés et a-t-on pu en reconstituer les causes exactes ? A-t-on vu apparaître des parasites inconnus jusqu'alors et comprend-on leur origine (inroduction accidentelle, migration naturelle, chgt climatique) ?

Evidemment, c'est un peu vaste. Des exemples ont déjà été cités. Mais c'est toujours intéressant de comparer le passé et le présent. Si l'on prend des parasites dangereux pour l'homme, comme le plasmodium de la malaria, on s'aperçoit que la pathologie était endémique en Angleterre, entre le XVIe et le XVIIIe sicèles, c'est-à-dire... en plein petit âge glaciaire ! Cela relativise la crainte un peu simpliste qu'une hausse des températures moyennes entraîne ipso facto l'extension de la malaria. D'évidence, le froid n'est pas spécifiquement protecteur (et d'autres études montrent que la chaleur n'est pas le critère déterminant pour comprendre le cycle de vie des anophèles et des pathologies associées).

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Lieu : st yrieix le déjalat (19) 750 m / 1700 mm annuel

Tout le monde sait pkoi la foret landaise a ete crée ,pour un premier temps pour assecher des marais infestes de moustiques, puis apres ils ont vu que l'on povait produire du bois les ameliorant .Mais comme ,il avait peu d'arbres de belles venues ,ils sont alle chercher des plants et graines de l'espece portugaises ,plus gelives ce qui a pose des problemes pendant les grands froids.Ce qui est maintenant oublie car les plants actuel sont resistant au froid (on en trouve meme dans l'ouest du massif central jusqu'a des altitudes de 800 m) c'est pour dire.

Pour les chenilles ,elles sont deja presente sur les forets de feuillus mais en faible nombre,mais l'effet de masse c'est intensifier depuis le printemps 2003 du fait de tempé clemente et je pense aussi de l'ensolleillement important (n'etant pas specialiste des chenilles et autres insectes).La foret de bellevue à l'est de chateauroux ,seuls les chenes avaient perdu leur feuilles sur plusieurs hectares à la fin de juin 2005 ,je pensais que c'etait la secheresse ,mais j'ai vite vu que c'etait les chenilles les responsable car il avait des centaines et des centaines de papillons qui voltigeaient sous les arbres.Les chenes ayant perdu toutes leur feuilles essayaient de refaire quelques minuscules feuilles de la pousse d'ete mais en vain ,car la secheresse etant tres forte dans ce lieu.Le fait que les chenes ont essayé de refaire ces feuilles là , ont gravement puiser dans leur reserve .Mais ce qui m'inquiete un peu pour eux c'est qu'ils n'ont fait aucune reserve pour le printemps 2006 ,et il risque de la mortalite parmi eux dans l'ete surtout la chaleur fait des siennes.

Pour les chenilles sur le chene vert dans le gard ,c'est pareil les chenilles sont deja presentent ,mais là aussi ,il y a eu un effet declencheur de l'effet de masse , qui est plus d'un printemps 2005 sec et chaud.Là aussi les chenes ont repondu par la reapparition de petites feuilles ,mais là je pense que le chene vert est plus arme contre le chute anormale des feuilles que les chenes pedoncules et sessiles.

Je n'ais aucune donnees sur les secheresses precedentes , mais je crois que la canicule de 2003 ,n'aucun precedent du fait de la chaleur extreme ,ainsi la grave secheresse et la forte luminosité, ont gravement secoué les arbres , il y a eu des mortalites assez importantes sur des departements les plus gravement touches par la secheresse.Mais les arbres qui ont resiste ,ils ont ete affaibli plus ou moins gravement ,les annees futures vont etre importantes pour leur convalescence.

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Lieu : Remiremont - Porte des Hautes Vosges (400 m)

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Lieu : Remiremont - Porte des Hautes Vosges (400 m)

Certes, le problème des chenilles n'est pas une chose nouvelle, mais la douceur des T° moyennes de ces dernières années a permis leur propagation et leur prolifération dans des régions où elles étaient présentes en quantité peu dommageable pour les fôrets.

En l'occurence, j'évoque là le cas de la Lorraine où depuis une dizaine d'années, les attaques de chenilles se font de plus en plus intensives sur les massifs fôrestiers en plaine tout du moins. Il est fort probable qu'il y ait un lien entre les sécheresses (1996 et 2003) accompagnées de températures très douces, en particulier durant la période hivernale, et la prolifération d'un grand nombre de ces fossoyeurs fôrestiers.

A cela, il faut ajouter la prolifération d'insectes xilophages depuis la tempête de 1999 qui a fourni un grande quantité de milieux favorables à leur développement ainsi que l'augmentation de la nécromasse à leur disposition.

Aussi, la sécheresse de l'année 2003 pourrait bien être symptomatique des évolutions futures dans l'hypothèse où se genre de situation serait appelé à se reproduire avec un rythme de récurence assez soutenu à la faveur du réchauffement climatique. C'est pour cela qu'il convient peut être de prendre ce genre d'épisode en référence...

En fait, la question qui se pose est : Ne sommes nous pas en train d'assister à un bouleversement des équilibres fôrestiers à une échelle assez vaste?

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Lieu : Remiremont - Porte des Hautes Vosges (400 m)

Dans la série, "quel avenir pour nos fôrets face aux changements climatiques?", voici encore un article publié par l'INRA qui fait le point, dans cette perspective, sur les points forts et points faibles de chacune des grandes espèces qui composent nos différents couverts fôrestiers:

Nos forêts à l'aube d'une mutation

Une étude de l’Inra révèle comment le réchauffement climatique en cours est susceptible de bouleverser la physionomie de la forêt française d’ici 2100

C’est peu de dire que les forêts françaises sont à l’aube d’une gigantesque mutation. L’équilibre entre les grandes zones biogéographiques de l’Hexagone pourrait être totalement chamboulé d’ici la fin du siècle. Quelle en est la cause ? Le réchauffement climatique. Les scientifiques de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) se sont livrés à un travail de modélisation aux véritables airs de science-fiction.

Difficile d’imaginer que dans quelques décennies, le visage de l’Hexagone pourrait être radicalement transformé. Que les hêtraies de Normandie pourraient avoir cédé la place à des pinèdes venues d’Aquitaine. Que le très méridional chêne vert, après une conquête de l’Ouest au galop, se trouverait parfaitement acclimaté au littoral atlantique jusqu’en Bretagne. Et que les pins montagnards, asphyxiés par la chaleur, s’agripperaient aux plus hauts sommets, derniers refuges fournissant un très rare froid vital.

En moins d’un siècle, l’Hexagone, sous l’effet du changement climatique, pourrait avoir quasiment perdu tout aspect de climat continental et réduit à peau de chagrin les zones de haute montagne pour se laisser submerger par la chaleur méditerranéenne et la douceur atlantique.

Un scénario parmi d’autres d’un avenir possible

Il est urgent de préciser que la France n’aura pas forcément cette allure-là en 2100. Jean-Luc Dupouey et Vincent Badeau du laboratoire d’écologie et écophysiologie forestières de l’Inra et de l’université de Nancy ne se sont pas livrés à un travail de prospective. Ils ont esquissé un scénario d’un avenir possible. À partir d’une photographie de la couverture forestière métropolitaine des années 1985-2001 tenant compte de la répartition des espèces, des plus montagnardes aux plus méditerranéennes (c’est-à-dire de celles adaptées aux climats le plus froid et le plus chaud du pays, le climat étant la contrainte majeure de la répartition des espèces en France), les scientifiques ont cherché à estimer les modifications des aires potentielles de répartition des grandes essences sous l’effet du réchauffement.

Le travail a été finement mené, intégrant quantités de paramètres météorologiques des années 1960 à 2000 à partir du modèle Aurelhy de Météo France offrant un maillage du territoire à l’échelle du kilomètre : les températures moyennes, minimales et maximales, l’amplitude thermique, le nombre de jours de gel, la vitesse du vent, les quantités et les répartitions de précipitations, le rayonnement solaire (grâce aux données d’observations satellitaires) et même les taux mensuels d’évapotranspiration potentielle de la végétation.

Toutes ces données compilées ont été corrélées avec celles sur la présence des espèces végétales fournies par l’inventaire forestier national et celles sur la nature des sols. Cette carte biogéographique de la France métropolitaine de l’an 2000 a permis d’extrapoler celles d’un futur proche (2050) et d’un futur plus éloigné (2100). À partir du modèle climatique Arpège de Météo France qui table sur une multiplication par deux des émissions atmosphériques de gaz carbonique, selon un scénario modéré du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC-IPCC), « nous avons pu calculer le différentiel entre 2100 et 2000 et ajouter ainsi aux données Aurelhy les anomalies Arpège correspondant aux futurs proche et éloigné », précise Vincent Badeau.

Les cartes 2050 et 2100 dessinent ainsi les nouveaux contours des niches écologiques des espèces étudiées, c’est-à-dire là où l’arbre est susceptible de trouver naturellement les meilleures conditions d’existence. Les progressions de groupes biogéographiques les plus spectaculaires concernent le groupe 6 (essences aquitaines des Landes et du massif armoricain) qui, de 17% du territoire en 2000, gagne près de la moitié du pays en 2100 (46%), et le groupe des espèces méditerranéennes, qui progresse de 9 à 28% du territoire. Tandis que les cinq autres ensembles régressent : 16 à 6% pour les trois groupes montagnards alors que les groupes actuellement majoritaires océaniques et continentaux (4 et 5) seraient relégués à la marginalité, tombant de 58 % du pays à 20 %.

Il n’est évidemment pas écrit que les essences occuperont, de facto, ces niches. Les arbres ne vont pas prendre leurs jambes à leur cou pour galoper à raison de plusieurs centaines de kilomètres en moins d’un siècle ! Les pratiques sylvicoles au premier chef, mais aussi les capacités de migration variables selon les espèces, les impacts des dépérissements et des possibles proliférations de parasites ravageurs (champignons ou insectes par nature thermophiles) sont autant de facteurs qui interféreront lourdement dans la fabrication du paysage forestier.

«Les régions méditerranéennes et de haute montagne sont les plus déterminées par la température. Pour les autres il convient de rester prudent sur les évolutions, reconnaît Vincent Badeau. Le modèle reste encore frustre. Nous ne sommes pas en état de publier une liste des espèces à risque. On a, par exemple, des indices pour penser que le hêtre pourrait être menacé en Normandie mais pas de certitude permettant de donner des consignes pour la sylviculture.»

Le hêtre menacé par la sécheresse

Côté indices, le hêtre se révèle gourmand en eau et peu résistant à la sécheresse, laissant présager qu’il est mal armé face au réchauffement. En effet, grâce au réseau européen d’observation des dommages forestiers auquel participent 600 sites d’observation sur le sol national, le moteur de la croissance du hêtre a été clairement identifié. «L’état du houppier et la quantité de feuilles produites par un hêtre sont directement corrélés à la quantité d’eau reçue l’année précédente en juin, juillet et août. Les stress hydriques estivaux se traduisent dès l’année suivante par des pertes foliaires», précise Vincent Badeau.

Le hêtre est d’autant moins tolérant à la sécheresse qu’il ne sait pas se protéger. Jean-Marc Guehl, le directeur du laboratoire d’écologie et d’écophysiologie forestière, s’est à ce titre livré à un exercice tout à fait édifiant. Depuis dix ans, il simule dans des serres des atmosphères avec des teneurs en CO2 multipliées par deux (soit le scénario retenu pour l’étude) et scrute les comportements des jeunes peuplements.

«Il y a les espèces comme le chêne qui, face à un afflux de CO2, ferment leurs stomates [NDLR : les orifices à la surface des feuilles qui permettent à la fois d’absorber le CO2 nécessaire à la croissance de l’arbre et de transpirer]. Cet effet antitranspirant joue un rôle protecteur contre la sécheresse. Il n’existe pas sur le hêtre», explique Jean-Marc Guehl.

Or la vision actuelle du réchauffement suggère que les périodes de sécheresse s’aggraveront au sud et à l’ouest du pays, surtout dans la deuxième moitié du siècle, voire plus tôt en cas de scénario de réchauffement plus rapide. Tant et si bien que l’augmentation de croissance attendue des forêts – l’augmentation de CO2 stimule la photosynthèse – pourrait être compromise. Il est acquis que l’augmentation de CO2 dans l’atmosphère au cours du XXe siècle a déjà dopé les arbres, indépendamment des progrès de la sylviculture, l’accroissement de la taille des cernes des pins à crochet dans les Pyrénées en a clairement attesté.

«Au Nord, le réchauffement devrait être globalement bénéfique pour les feuillus. On peut s’attendre à des hausses de productivité de 20 à 30% d’ici à 2020, qui devraient se poursuivre par une faible croissance au nord-est et une stabilité au nord-ouest», pronostique Denis Loustau de l’Inra de Bordeaux. Mais pour le pin maritime du sud-ouest, les projections sont plus pessimistes : la chute de production devrait atteindre 20 à 30 % d’ici à 2100, voire 40 % pour les productions plus à l’intérieur des terres.

Quant à la forêt méditerranéenne, la productivité promet d’être chaotique, très variable selon les essences. Mais surtout l’avenir de la frange méditerranéenne se résume à une Terra incognita visualisée en gris sur la carte du chêne vert en 2100. Les essences du Maghreb auront-elles franchi la Méditerranée pour gagner les côtes françaises ? En tout cas, si l’on en croit l’étude publiée ce mois-ci par l’Agence européenne de l’environnement, les scientifiques de l’Inra ont peut-être tablé sur un avenir trop clément.

L’Europe s’est, au XXe siècle, réchauffée plus vite (+ 0,95°C) que la moyenne planétaire (+ 0,7°C). Ce phénomène devrait, selon l’agence, s’accentuer au XXIe siècle, avec une fourchette de réchauffement pour le Vieux Continent de 2 à 6,3°C.

Marie VERDIER

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Lieu : st yrieix le déjalat (19) 750 m / 1700 mm annuel

oui ,le hetre sera la premiere victime des secheresses à venir mais aussi des chaleurs , car le hetre à besoin d'une humidite constante et d'une certaine fraicheur pour survivre.Deja en 2003 ,de nombreux hetres sont morts ou gravement souffert de la canicule ,mais les chenes aussi ont souffert ,par contre ils meurent que plusieurs annees plustard.Ce qui peut preserver nos forets du deperissement sera surtout le manque de periode de secheresse lors de la saison froide ,car les chaleurs estivales ne sont pas mortelles si les arbres ont assez de reserves d'eau au niveau du sol.

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