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Grosse crue du Tarn le 02 Novembre 2008 sur le Mont Lozère


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St-Étienne-du-Valdonnez (Lozère) - 885 m d'altitude au pied du Mont Lozère et du causse de Sauveterre. A 9 km au SE de Mende

Je vous propose ici de revenir sur les conséquences de l’épisode cévenol exceptionnel par endroit (même si ses conséquences n'ont pas été dramatiques en dehors des vallées de l'Allier et de la Loire supérieure) qui a frappé l’Est de la Lozère durant le week-end de Toussaint 2008. Je vais vous parler ici de la crue du Tarn au Pont de Montvert, village situé à 875 m d’altitude au pied du Mont Lozère, tout prêt de ses sources, sur le versant atlantique des Cévennes donc, juste au niveau de la ligne de partage des eaux (voir carte ci dessous)

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Episode exceptionnel au niveau des précipitations avec de nombreux records battus : 542 mm en 3 jours à Villefort dont 428 mm en 24 heures : record absolu pulvérisé sur ce poste pourtant habitué aux abats d’eau supérieurs à 300-400 mm…

Environ 480 mm à St Maurice de Ventalon (Col de la Croix de Berthel) à quelques km à l’Est du Pont de Montvert. On peut donc considérer que le bassin versant du Tarn en amont du village a reçu une lame d’eau de 300 à 500 mm environ selon les secteurs.

A épisode pluvieux exceptionnel, crue exceptionnelle : le Tarn a atteint la côte de 5.61 m le 02 Novembre 2008 à 01h30 locales à la station de mesure située juste en amont du Pont de Montvert (bassin versant de 67 km2). Pas ou très peu de dégâts car le secteur est "habitué", peu peuplé et surtout les maisons sont hors zone inondable par la plupart des crues.

Selon les séries de mesures dont je dispose (j’ai fait mon Mémoire de Maîtrise en Géographie Physique sur cette rivière dans ce secteur) il s’agit tout simplement de la plus forte crue depuis 1948 (de manière certaine) voir même de la plus forte depuis le début du XXème siècle ! La crue du 22-09-1992 avait atteint la côte de 4.72 m et celle du 19-10-2006 4.92 m, niveau largement dépassé donc ce week-end. Merci aux agents de la DIREN pour la transmission des chiffres.

Mes photos ont été réalisées entre 9h30 et 11h30 locales, soit plusieurs heures après la pointe de crue. A 10h00 locales le niveau n’était plus qu’à 3.71 m (ce qui correspond tout de même à une crue moyenne) : il faut donc s’imaginer la rivière 1.5 à 2 mètres plus haut (selon la largeur du lit) pour avoir une idée du niveau atteint en milieu de nuit !

Autre précision qui fait froid dans le dos et qui montre le potentiel destructeur de cette rivière : la plus forte crue connue est celle du 29-09-1900 (ce jour là il était tombé 950 mm en moins de 12 heures à Valleraugue au pied de l’Aigoual, sans doute à peu près autant vers le Mont Lozère) qui avait atteint un niveau de 8 mètres en plein dans le village : le parapet du vieux pont avait été emporté, ainsi que plusieurs maisons..

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Carte postale ancienne de 1900, montrant le parapet du vieux pont emporté et les blocs énormes déposés par la crue ! (Source : Archives Départementales de la Lozère)

Voilà le décor planté, place aux photos. Elles ont été réalisées dans des conditions difficiles, sous de fortes averses et avec un vent tempétueux, donc prise de vue pas évidente, ce ne sont pas des chefs d’œuvre artistiques…

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Versant Sud du Mont Lozère, vers Rûnes. Les centaines de mm tombés ont totalement saturé les sols, l’eau ruisselle de partout sur les versants et converge vers la vallée du Tarn en bas.

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Voici donc le Tarn furieux (2 mètres plus bas que lors de la pointe de crue je le rappelle) en amont du Pont de Montvert, au niveau de la station de mesure de Fontchalettes.

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L’eau ruisselle encore de partout avec quelques éboulements le long de la route. Les traces de ravinement sont très marquées, on voit que la nuit a été très agitée.

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Au niveau de la station de mesure de Fontchalettes. Lors de la pointe de crue, les gros rochers étaient submergés…

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Les arbres situés dans le lit majeur ont été écorcés par les débris transportés par le courant : témoignage de la violence et de la hauteur de la crue.

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Gros bouillon, dans ce paradis du kayak extrême, personne à l’eau aujourd’hui.

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Sur le pont de la route du col de la Croix de Berthel, en amont de la confluence avec l’Alignon, principal affluent du haut Tarn.

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Nous voici à présent dans le village du Pont de Montvert. Au niveau du camping, la rivière en furie soulève des embruns qui tourbillonnent sous les violentes rafales de vent de SE !

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Le même endroit, en été, paradis pour les touristes à la recherche de fraicheur et de soleil. Contraste saisissant.

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Zoom sur le même secteur qu'au dessus…

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Avec également l’aspect estival des lieux, pour comparaison…

Une petite vidéo pour l’ambiance : le bruit fait partie intégrante de la scène, on ne peut s’en rendre compte uniquement avec des photos. Malheureusement la qualité d’image est médiocre : Vidéo crue du TARN

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Le torrent furieux descend vers le village où il reçoit les apports du Rieumalet (versant Sud du Mont Lozère) et du Martinet (versant Nord du Bougès).

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Photo prise du vieux pont, vers l’aval. Rappel, le 29 septembre 1900 le Tarn est passé par-dessus le pont d’où est faite la photo…

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Depuis ce même pont vers l’amont… A droite le Martinet qui conflue avec le Tarn.

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Et le même endroit un jour d’Août 2007, dans la quiétude estivale.

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Depuis le pont, vue sur le « quai » (largement submergé en 1900).

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Le vieux pont, qui en a vu d’autres, « rigole » devant une crue "ridicule" par rapport à celle de 1900 ou 1827 (parapet emporté). Pour résumer, la crue du 02 Novembre 2008 a sans doute été la plus forte depuis plus de 100 ans, mais elle semble presque insignifiante par rapport aux crues faramineuses de la fin du XIXème siècle.

Pour l’anecdote historique c’est de ce pont qu’est partie la « Guerre des Camisards » qui enflamma les Cévennes au XVIIIème siècle. Le soir du 24 Juillet 1702, l’abbé du Chayla fut poignardé et jeté à la rivière par des rebelles protestants, ce fut le début d’une longue période de « guérilla » où les modestes paysans cévenols résistèrent aux « dragons » du Roi Soleil Louis XIV. Bref, fin de la parenthèse historique, retour aux photos.

Nous quittons à présent le Pont de Montvert pour descendre la vallée, en direction de la confluence avec le Tarnon à proximité de Florac.

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Le Tarn en furie dans sa vallée sauvage. Malgré des crues énormes, peu de vulnérabilité ici : il n’y a pas ou peu de constructions en zone inondable entre le Pont de Montvert et l’entrée des gorges du Tarn. A gauche le Bougès, à droite le Mont Lozère.

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Un peu plus en aval, le Tarn occupe tout son lit (très encaissé) et au même au delà. Les arbres sont mis à rude épreuve…

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Les accumulations de gros blocs, bien au dessus du niveau du jour, témoignent des crues cataclysmiques de la fin du XIXème siècle… Qu'est ce que ça devait être à l'époque ! default_rolleyes.gif

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Une image d’automne en Cévennes…

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Depuis le Pont de la Vernède, un vieux chêne qui fait front face au courant.

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Juste en amont de Cocurès, aux « pierres plates » haut lieu de baignade estivale. default_laugh.png

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Depuis le pont de Cocurès : les arbres portent les stigmates de la crue de la nuit !

Ici la crue a été beaucoup plus "banale" qu’au Pont de Montvert : niveau maxi 7 mètres pour 340 m3/secondes environ soit une crue quinquennale environ. En Novembre 1994, le Tarn était monté à 9 mètres ici même. Elle l'a été encore davantage dans les gorges du Tarn car le Tarnon (qui descend de l'Aigoual, d'habitude encore plus violent que le Tarn, a été sage cette fois-ci. Le Massif de l'Aigoual n'ayant pas été aussi touché par ces pluies diluviennes).

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Pour finir, une photo du versant méditerranéen des Cévennes cette fois-ci, sur le Gardon de St Jean du Gard à l'entrée Nord du village du même nom. Le pont submersible a été submergé (euphémisme) durant la nuit et de nombreux troncs d'arbres et débris divers se sont accumulés.

Annexes : Vu que j'en vois au fond de la salle que ça intéresse, oui toi je t'ai vu ! default_biggrin.png/emoticons/biggrin@2x.png 2x" width="20" height="20"> Je vous mets ici un extrait de mon Mémoire de Maîtrise qui tente d’expliquer le processus des crues du Tarn sur le Mont Lozère pour ceux que ça intéresse. Puis un petit topo historique sur les crues au Pont de Montvert.

Types de temps associés aux crues cévenoles

Si nous étudions la répartition de ces événements dans l’année, nous voyons qu’ils se produisent pour une grande majorité entre les mois de septembre et décembre. Un maximum secondaire se situe en hiver et au printemps, par contre elles sont quasiment absentes en juin, juillet et août.

C’est que les plus grosses crues sont associées à un type de temps particulier : les épisodes cévenols. Ils se produisent le plus souvent aux alentours des équinoxes et essentiellement à l’automne. Une dépression située sur l’Espagne génère un flux de sud est en provenance de la Méditerranée toute proche, l’air chargé d’humidité est contraint de se refroidir par effet orographique au contact des Cévennes, ce qui précipite des quantités de pluie énormes sur ces régions.

Prenons l’exemple de la crue du 8/11/1982 qui a atteint les 390 m3.s-1 et une hauteur de 4.3 mètres. En 48 heures, le 7 et le 8 il est tombé 467 mm de pluie à la Vialasse sur le versant sud du Mont Lozère à 1290 mètres d’altitude et 583 mm aux Cloutasses Hautes, à seulement un kilomètre de là mais à prés de 1400 mètres d’altitude (CNRS).

La crue du 22/09/1992 est, quant à elle, liée à des pluies de 304 mm en 24 heures à la Vialasse et 363 mm en 24 heures aux Cloutasses Hautes. Comment expliquer que des pluies moins importantes aient provoqué une crue beaucoup plus forte ? Cela peut se comprendre à travers la lithologie et la morphologie du bassin versant et du cours d’eau.

Le rôle de la géomorphologie dans la genèse des crues

La genèse des crues sur les cours d’eau du Mont Lozère est tout à fait particulière. Le rôle de la couverture de formations superficielles est essentiel. Cosandey (1994) l’a étudiée dans les bassins versants élémentaires du versant sud du Mont Lozère. Nous avons déjà dit que les manteaux d’altérites étaient très filtrants mais peu épais et disposés de façon discontinue selon les versants. Cela induit un comportement particulier face aux fortes pluies. Même sous de fortes intensités (fréquentes ici, tant lors des orages estivaux que lors des épisodes cévenols), il n’y a jamais d’apparition d’un ruissellement de type hortonien.

Nous avons plutôt à faire à un fonctionnement de type aires contributives saturées, mais un type spécial (voir annexe 6).

Selon le modèle classique, les zones saturées par les précipitations ont une extension aval/amont sur le versant : l’alimentation de la nappe de fond se fait par écoulement hypodermique. Les bas de versants étant saturés les premiers, la montée de crue se fait donc de manière progressive au fur et à mesure que l’ensemble des sols du versant sont imbibés.

Sur les versants du Mont Lozère, les formations superficielles sont très peu épaisses en haut de versant ; par contre les accumulations de fond peuvent être importantes, comme dans un alvéole par exemple. La saturation des sols commence donc en haut de versant et progresse vers l’aval en étant absorbée au fur et à mesure qu’elle gagne des zones d’accumulation plus épaisses. Dans un premier temps, l’écoulement n’atteint pas le drain principal qui se situe au pied du versant. Par contre, s’il pleut suffisamment pour que les formations superficielles épaisses du fond soit saturées, c’est l’ensemble du versant qui ne peut absorber les précipitations. Ainsi, dès ce cap franchi, toute l’eau qui tombe est écoulée. On assiste donc à une montée des eaux soudaine. Dès que la pluie cesse, le débit baisse aussi vite. Cela se voit sur les hydrogrammes de crues de ces petits bassins versants où la montée des eaux est d’abord lente et progressive puis brusque, la décrue étant tout aussi brutale. Nous somme en présence d’un effet de seuil, tant qu’il n’est pas atteint, et même si les pluies sont conséquentes, les cours d’eau ne réagissent pas (des orages estivaux donnant plus de 100 mm en quelques heures ne provoquent pas de hausse conséquente du niveau des cours d’eau). Par contre, quand il est franchi, la crue est brutale. Ce seuil a été calculé, il varie selon l’épaisseur des altérites et de l’état préalable des réserves en eau. En considérant les réserves hydriques comme nulles, il varie de 230 à 270 mm de pluie, valeurs relativement fréquentes sur le versant sud du Mont Lozère.

C’est ainsi que les premières pluies automnales même fortes n’ont quasiment aucun effet sur les cours d’eau et qu’inversement des épisodes de moindre intensité mais survenant après une période humide peuvent provoquer des crues. De même, puisqu’une fois que le seuil est franchi l’ensemble des pluies tombées sont écoulées, plus les intensités sont fortes plus la crue est violente. C’est pour cela que la crue du 22/09/1992 a été exceptionnelle et largement supérieure à celle de 1982 : bien qu’il ne soit tombé que 363 mm contre 583 mm en 1982, ces pluies ont atteint des intensités de prés de 100 mm.h-1 une fois les sols saturés ce qui a entraîné une pointe de crue énorme dans les bassins versants élémentaires.

Il s’agit là du fonctionnement de bassins versants élémentaires de quelques hectares seulement. Le fonctionnement du Tarn est plus complexe. La puissance des crues dépend, entre autre, de la conjonction dans le temps et l’espace des pointes de crues des petits bassins versants. C’est ainsi que la crue du 22/09/1992, bien que la plus forte du siècle, n’a pas été exceptionnelle sur le Tarn tandis que dans des bassins versants de moins de 20 hectares, le débit s’est élevé jusqu’à 1500 l.s-1 soit 7500 l/s/km2, ce qui est tout à fait remarquable, les autres crues cévenoles n’atteignant que 500 l.s-1 au maximum.

Un autre facteur géomorphologique intervient dans la puissance et la rapidité des crues de la rivière, il s’agit de la pente très forte du lit du cours d’eau dans la partie en gorge. Nous avons vu les fortes valeurs de ces pentes, en moyenne 7.25 % pour le tronçon et jusqu’à plus de 10 % par endroit. Cela combiné avec l’étroitesse des lits fluviaux, il nous est aisé de comprendre les fortes vitesses atteintes par le courant (supérieures à 5 m.s-1) ainsi que la rapide propagation de l’onde de crue le long de la vallée.

A SUIVRE MESSAGE SUIVANT...

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St-Étienne-du-Valdonnez (Lozère) - 885 m d'altitude au pied du Mont Lozère et du causse de Sauveterre. A 9 km au SE de Mende

SUITE... ET FIN...

La crise érosive des XVIIème et XIXème siècles

Comme tous les milieux de montagne, le Mont Lozère a été marqué entre les XVIIème et XIXème siècles par une crise érosive importante. Elle n’atteint pas l’ampleur de ce que l’on observe dans d’autres régions de montagnes méditerranéennes, mais elle apparaît comme forte si on la compare à ce qui c’est passé ailleurs dans le Massif Central. Cette crise érosive est commune à toute la bordure cévenole du Massif Central. Quelles en sont les manifestations ?

Des crues plus fréquentes et destructrices

En effectuant des recherches d’archives, tant à travers des photographies anciennes que des témoignages, nous pouvons mettre en évidence une hausse de la fréquence et de la puissance des crues.

Dès le début du XVIIIème siècle, les habitants de Saint André de Capcèze, village situé non loin de notre zone d’étude, se plaignent de subir des inondations graves tous les deux ou trois ans.

Le premier témoignage de crue du Tarn au Pont de Montvert date du 16/08/1697. Antoine Velay (cité par Higonnet, 1971) nous dit : « Le 17 août 1697 à deux heures de nuit après avoir plu tout le jour, il fit de si grands éclairs, tonnerre et pluie qu’il emporta tous les moulins du Pont de Montvert avec six à sept maisons sans rien y laisser (…) emporta partie des ponts, tous les jardins, emporta beaucoup de terres et surtout celles qui étaient près de la rivière n’y ayant rien laissé ni prés ni arbres (…) ». Ce témoignage assez précis pour l’époque et bien que ne donnant pas d’indication de la hauteur d’eau est tout de même révélateur de la puissance de la crue (ponts et maisons emportées).

La suite des XVIIIèmes et XIXèmes siècles n’est qu’une longue liste de crues dévastatrices sans précisions complémentaires sur les magnitudes et éventuels dégâts. Seuls sont mentionnés des « ensablements de moulins et de canaux d’irrigation » ce qui est la preuve d’une importante charge solide des rivières. Ainsi nous avons trouvé mention d’inondations au Pont de Montvert ou dans les environs pour les années : 1700 ; 1705 ; 1706 ; 1722 ; 1725 ; 1728 ; 1732 ; 1745 ; le 14/02/1762 ; le 14/11/1766 ; en 1793 ; 1799 ; 1804 ; 1805 ; le 9/11/1808 ; 1815 ; 1825 ; 1827 (le parapet du vieux pont est emporté) 1841 ; 1846 ; 1856 ; 1866.

La fin du XIXème siècle est marquée par plusieurs crues catastrophiques, grâce aux témoignages des ingénieurs des Ponts et Chaussées de l’époque nous possédons des valeurs certes imprécises mais révélatrices des hauteurs d’eau. En 1875 et 1890 le Tarn dans la traversée du village est monté « à plus de sept mètres, et s’est étalé sur une largeur supérieure à cinquante mètres ». 1891 est marquée par deux crues, en janvier le Tarn « a tout emporté sur son passage ». Puis le 21 octobre, il monte à « plus de six mètres et on signale des maisons emportées ».

Mais la crue la plus terrible, celle qui est encore cité en référence aujourd’hui, est celle du 29 septembre 1900, « la plus forte connue de mémoire d’homme » qui aurait dépassé les huit mètres de hauteur. Toute la vallée du Tarn est dévastée jusqu’à Millau et à Sainte Enimie dans les gorges calcaires, le niveau s’est élevé à plus de quinze mètres. Au Pont de Montvert, « le vieux pont a été submergé et son parapet emporté, il n’a résisté que par ses fondations et ses voûtes mais la partie supérieure a été déchaussée jusqu’à l’extrados. Les ponts sur le Rieumalet et le Martinet ont été détruits ainsi que cinq maisons ». Nous disposons de clichés pris quelques jours après cette crue, malgré la mauvaise qualité des images nous pouvons remarquer les quantités et surtout la taille énorme des matériaux déposés lors de cette crue gigantesque.

A travers cette chronique des crues apparaît la fréquence très élevée d’événements importants ainsi que leurs fortes magnitudes sans communes mesures avec les inondations du XXème siècle. Mais les cours d’eau ne sont pas les seuls à connaître des dynamiques excessives durant cette période, les versants eux-mêmes sont actifs.

Des versants déstabilisés

En relation avec l’augmentation de la fréquence et de la magnitude des crues, les processus de ravinements ont été exacerbés entre le XVIIème et le début du XXème siècle. Nous l’avons vu dans l’étude des photographies aériennes, les ravinements affectent les versants du Mont Lozère comme ceux des autres montagnes cévenoles. Toutes les descriptions de l’époque insistent sur ce point. Martel (1898) décrit le Mont Lozère : « ses flancs se composent de surfaces herbeuses ça et là creusées de ravines». Il cite Onésime Reclus qui dresse le tableau d’une montagne où : « (…) La terre à nu, s’éraille et s’écroule sous le premier orage ».

Valadas (1984) cite les travaux de P. Weyd (1912) disponibles aux Archives Départementales de la Lozère à Mende. Des témoignages concernant les catastrophes de l’époque dans le département de la Lozère sont compilés. Ils peuvent nous fournir des preuves de la dégradation poussée des versants. Ainsi, de nombreux articles font état « d’ensablements de moulins » et même d’une crue du Lot en 1807 qui fut si chargée en matière en suspension que « la plus grande partie du poisson fût tuée ». A la suite des crues de l’automne 1866, le Préfet de la Lozère tient un discours devant la Société d’agriculture : « La terre des vallées à été emportée ou ensevelie sous des avalanches de roches, à la place des verts pâturages et des arbres fruitiers : un désert ! Cailloux et sables s’étendent sur les anciens champs cultivés, le lit des rivières est comblé ; à chaque crue désormais elles se déplacent passant sur de nouvelles terres ». Ces différents témoignages font état d’une très abondante charge sédimentaire des cours d’eau de la région, les ingénieurs forestiers prétendent même qu’une grande partie des sables qui obstruent le port de Bordeaux viennent des montagnes lozériennes. Cette abondance sédimentaire des rivières est la preuve des phénomènes de décapage des versants.

Cette crise érosive sur les versants peut être considérée comme importante à l’échelle historique mais elle est faible à l’échelle géologique par rapport à d’autres montagnes méditerranéennes (Bernard-Allée et Valadas, 1991).

Voilà, j’espère que je ne vous ai pas « assommé » default_biggrin.png/emoticons/biggrin@2x.png 2x" width="20" height="20"> et que ça vous a intéressé.

En tout cas ça vaut vraiment le coup de vivre un épisode cévenol sur le Mont Lozère, les ambiances sont très particulières quand la nature se déchaîne et que le paysage est bouleversé le temps de quelques heures. Les habitants du Pont de Montvert qui font des aller-retour jusqu’au pont sous leur parapluie pour surveiller la rivière, les gendarmes, pompiers et agents de l’Equipement qui sillonnent les routes pour s’assurer qu’il n’y a pas de problème, la pluie, les brouillards qui accrochent les versants, le vent déchainé qui fait tourbillonner les feuilles et casse les branches, le bruit furieux des cours d’eau… C’est vraiment spécial et c’est une expérience à vivre. default_rolleyes.gif

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Posté(e)
st yrieix le déjalat (19) 750 m / 1800 mm annuel

default_happy.png/emoticons/happy@2x.png 2x" width="20" height="20"> Merci vincent ,je le relirais quand j'aurais un peu plus de temps, ah ces cevennes .

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Posté(e)
Sainte-Croix-aux-Mines (68) - 340 m

Alors là, un superbe reportage! default_huh.png Photos superbes (surtout pour un fan de torrents comme moi) associés à des infos détaillées, pertinentes, on sent qu'il y a de la recherche!

Certaines de tes photos permettent de se faire une très bonne idée de la compétence (très élevée) du Tarn et de ce qu'il est capable de prendre en charge (notamment la photo de 1900). Les très faibles débits estivaux nous montrent qu'on est typiquement dans un régime torrentiel, j'adore default_wub.png

Je fais aussi Géographie physique, et c'est un régal à lire, ça change de l'exemple traditionnel de la Durance qu'on nous montre en cours default_happy.png/emoticons/happy@2x.png 2x" width="20" height="20">

Je voudrais juste mentionner le seul aspect non évoqué ici, le coté écologique d'une telle crue, dont l'impact sur les êtres vivants du cours d'eau sera sans doute non négligeable. Bon nombre de truites ou de chabots ont sans doute été ensevelis, et le lit mineur du cours d'eau a du être profondément transformé (postes, caches, zones de repos ou d'alimentation pour les poissons ont été modifiés). L'équilibre devrait toutefois vite se remettre en place.

Un grand bravo encore Vincent, je vais me mettre ça sous Word et l'imprimer je crois!

PS; certaines photos font penser aux paysages du Yukon, d'Alaska ou de Colombie Britannique default_wub.png

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Posté(e)
St-Étienne-du-Valdonnez (Lozère) - 885 m d'altitude au pied du Mont Lozère et du causse de Sauveterre. A 9 km au SE de Mende

Merci default_wink.png/emoticons/wink@2x.png 2x" width="20" height="20"> Qu'est ce que j'aurais aimé voir la pointe de crue... Ca sera pour une autre fois...

Les crues style 1900, c'est inimaginable, on a vraiment du mal à réaliser que ça puisse se déchainer autant... Un tel niveau par contre je ne souhaite pas le voir car là pour le coup c'est la cata. j'ai d'autres photos anciennes de 1900 où on voit des maisons emportées au Pont de Montvert. Je les mettrai plus tard.

Pour l'impact écologique, c'est pas faux même si comme tu le dis tout se remet en place rapidement en général. Les crues comme celle-ci servent aussi à "nettoyer" les cours d'eau, ça fait du bien de temps en temps. Mais c'est sur que les castors ont pas du aimer, quoi que eux encore ils peuvent fuir, les truites non...

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En effet les photos sont saisissantes default_ohmy.png/emoticons/ohmy@2x.png 2x" width="20" height="20"> et comme tu nous le précise ,le tarn était 2m plus haut à sont pic maximum,c'est quand meme pas rien! ça devait etre très impressionnant!

Un grand bravo pour ce reportage fabuleusement réalisé et riches en informations default_biggrin.png/emoticons/biggrin@2x.png 2x" width="20" height="20">

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Superbe ton reportage Vincent, très instructif. Le contraste entre les photos d'été 2007 et dernièrement est saisisant!

Et pour le temps que tu as pris pour rediger ce sujet, un grand merci à toi!

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Posté(e)
Saint-Etienne (Montaud) : alt 500m.

Très bon dossier ! default_wink.png/emoticons/wink@2x.png 2x" width="20" height="20"> Les photos sont saisissantes avec la transition avant/après,on voit bien comment la crue est importante ! default_ohmy.png/emoticons/ohmy@2x.png 2x" width="20" height="20">

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Posté(e)
st yrieix le déjalat (19) 750 m / 1800 mm annuel

Tiens une question vincent ,ou est le tocic dédié aux photos des stations du massif central? J'ai trouvé merci.

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PS: certaines photos font penser aux paysages du Yukon, d'Alaska ou de Colombie Britannique default_wub.png

Quand ma ptite soeur (10 ans) a vu les photos, elle m'a dit "On dirait que c'est aux Etats-Unis, où il y a les Cow-Boys !" default_happy.png/emoticons/happy@2x.png 2x" width="20" height="20">
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Pas le temps de lire toutes les informations finales mais alors quel dossier !

Tu as fais vraimenbt fort là, bravo, bravo !! default_flowers.gifdefault_clover.gif

Il faut vraiment que tu mettes ça sur le site quand la V5 sera en route. :!: default_stuart.gif

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Alors là, un superbe reportage! default_huh.png Photos superbes (surtout pour un fan de torrents comme moi) associés à des infos détaillées, pertinentes, on sent qu'il y a de la recherche!

Certaines de tes photos permettent de se faire une très bonne idée de la compétence (très élevée) du Tarn et de ce qu'il est capable de prendre en charge (notamment la photo de 1900). Les très faibles débits estivaux nous montrent qu'on est typiquement dans un régime torrentiel, j'adore default_wub.png

Je fais aussi Géographie physique, et c'est un régal à lire, ça change de l'exemple traditionnel de la Durance qu'on nous montre en cours default_happy.png/emoticons/happy@2x.png 2x" width="20" height="20">

Je voudrais juste mentionner le seul aspect non évoqué ici, le coté écologique d'une telle crue, dont l'impact sur les êtres vivants du cours d'eau sera sans doute non négligeable. Bon nombre de truites ou de chabots ont sans doute été ensevelis, et le lit mineur du cours d'eau a du être profondément transformé (postes, caches, zones de repos ou d'alimentation pour les poissons ont été modifiés). L'équilibre devrait toutefois vite se remettre en place.

Un grand bravo encore Vincent, je vais me mettre ça sous Word et l'imprimer je crois!

PS; certaines photos font penser aux paysages du Yukon, d'Alaska ou de Colombie Britannique default_wub.png

Merci pour toutes ces explications illustrées default_flowers.gif une sacrée mine de renseignements que tu nous proposes là.

Pour en revenir à l'impact écologique, il n'y a pas que les poissons qui ont souffert tous les petits mammifères taupe/lapin... etc sont souvent noyés.

Après comme le dit Vincent ca permet de "laver" l'écosystème après faut pas que ca se reproduise trop souvent...!

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Posté(e)
FIRMI ( aveyron)-320m

félicitation pour ce superbe documentaire default_biggrin.png/emoticons/biggrin@2x.png 2x" width="20" height="20"> un régal default_tongue.png/emoticons/tongue@2x.png 2x" width="20" height="20">

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Très bon reportage sur la crue duTarn, ainsi que le dossier sur les évennements anterieures, moi qui connait Valleraugues, effectivement il y avait beaucoup d'eau

Merci pour toutes ces explications et les photos default_flowers.gif

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Beau reportage. Très bel exposé qui donnerait envie de lire votre mémoire.

Par contre je suis déçu des photos du pont de Montvers. Je connais le coin pour être venu en vacances. Je trouve le Tarn plutôt calme pour une crue du siècle !

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Posté(e)
st yrieix le déjalat (19) 750 m / 1800 mm annuel

c'est en 1900 la crue du siecle et puis la photo de 1900 c'est apres la crue biensur ,vincent n'etait pas né pour photographier default_happy.png/emoticons/happy@2x.png 2x" width="20" height="20">

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Posté(e)
St-Étienne-du-Valdonnez (Lozère) - 885 m d'altitude au pied du Mont Lozère et du causse de Sauveterre. A 9 km au SE de Mende

Je pense que Franck voulait bien parler de la crue du week-end dernier qui serait à priori la plus forte depuis celle de 1900 (depuis 1948 c'est certain en tout cas, mais la hauteur est celle relevée au poste de mesure qui est 1 ou 2 km en amont du village, avant les confluences avec le Rieumalet et le Martinet, ce qui a pu jouer) ... Et c'est vrai que pour une crue aussi forte on pourrait s'attendre à plus de dégâts.

Mais comme je l'ai dit, il faut déjà imaginer que sur les photos il y a 1.5 à 2 m d'eau en moins qu'au plus fort de la crue qui a eu lieu en pleine nuit (et ce n'est pas rien 1.5 ou 2 m de hauteur en plus), ensuite les affluents (Martinet et Rieumalet) sont resté assez "sages" alors qu'en 1900 le Rieumalet avait détruit son pont également...

Sinon niveau pluie, confirmation par MF48 : les 427 mm en 24 heures de Villefort explosent le précédent record qui était de 365 mm en 1899 (par contre je ne sais pas si la série de mesures est continue entre la fin XIXIème et aujourd'hui sur le poste de Villefort, il me semble que oui mais je n'en suis pas certain).

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Posté(e)
Deauville 14 (8 km) Plaisir 78 (en haut)

c'est en 1900 la crue du siecle et puis la photo de 1900 c'est apres la crue biensur ,vincent n'etait pas né pour photographier default_happy.png/emoticons/happy@2x.png 2x" width="20" height="20">

Tu crois Sylver et pourquoi pas 1948 default_laugh.png

Exellent dossier comme toujours (pédagogique,photographique) default_flowers.gif

Bon ok il manque les 2 m default_tongue.png/emoticons/tongue@2x.png 2x" width="20" height="20">

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