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Prévisions stratosphériques à moyen & long terme

Messages recommandés

Bonjour,

J'ai pensé qu'il ne serait pas inintéressant d'ouvrir un sujet spécifique pour les prévisions stratosphériques, qui sont un élément un peu hybride entre la prévision long terme et la prévision saisonnière et recoupant un peu des deux sans pour autant relever exactement de l'une ou de l'autre. Je m'en explique :

- Bien qu'il existe de vraies prévisions saisonnières du comportement que pourrait avoir la stratosphère plusieurs mois à l'avance, il n'empêche que pour l'essentiel la stratosphère est suivie par les mêmes modèles que ceux que l'on utilise pour élaborer des tendances à long terme. A savoir, en premier lieu, GFS et le CEP. Ce en quoi l'étude et le suivi de la stratosphère ne relève pas vraiment de la prévision saisonnière, dans la mesure où une grande partie des tendances stratosphériques sont élaborées plus ou moins exactement de la même manière que l'on évoque une tendance au zonal ou à un blocage à J+10.

- Pour autant, le suivi de la stratosphère est un outil qui permet seulement d'essayer d'anticiper des évolutions synoptiques à très long terme (souvent 15 à 20 jours au minimum), ce qui la distingue de la prévision long terme telle qu'on l'entend réellement. Quand on anticipe une évolution de la stratosphère à J+8, c'est en vue d'anticiper par ricochet d'éventuels effets que nous pourrons ressentir réellement à notre niveau qu'à J+20 ou J+30, soit des échelles de temps qui dépassent largement celles des topics hebdomadaires.

La création d'un topic dédié à la stratosphère peut ainsi permettre :

- De soulager les topics de prévisions à long terme de débats sur des évolutions stratosphériques qui sont anticipées durant la période qu'ils couvrent (par exemple, un réchauffement à J+6), alors même qu'il s'agit d'éléments qui n'ont absolument aucune influence sur le temps sensible à cette échéance et qui ne sont donc pas utiles à ce stade,

- De soulager les topics de prévisions saisonnières de messages sur cette même évolution stratosphérique à J+6 avec des images issues de sorties du CEP ou de GFS, alors que la prévision saisonnière c'est la recherche d'indices ou de signaux pour élaborer des tendances à très long terme (au moins 20 à 30 jours à l'avance).

J'espère que la modération n'y verra pas d'inconvénients particuliers (j'ai quand même hésité avant de créer ce topic), mais je pense que cela permettrait vraiment de donner un cadre à des débats qui sont somme toute très intéressants mais qui n'ont pas toujours leur place que ce soit en prévision long terme ou en prévision saisonnière. Sinon ma foi, vous fermez et/ou vous fusionnez - je ne m'en offusquerais pas wink.png

Cela étant, message pour tous les participants : la bonne tenue et la longévité de ce topic spécifique, si la modération accepte de le conserver, dépend aussi de vous (nous). Ce serait donc bien de ne pas en faire une antichambre du topic des souhaits ("ouah c'te réchauffement dans la tête de la stratosphère, ça va être février 1956 bis je le sens") ou de celui des lamentations ("bah de toute façon ça va encore rater et on va se retrouver avec un flux d'ouest moisi"), et de s'efforcer tout autant que dans les autres topics de prévision de rester autant que possible dans le factuel et d'argumenter vos propos.

Ce point nécessaire étant fait, pour les néophytes, je vais juste replacer quelques messages sur la stratosphère que j'avais postés l'année dernière et qui se sont un peu dispersés sous un amoncellement d'autres messages, et qui peuvent permettre d'avoir quelques informations sur le sujet. Ces messages ne sont donc pas forcément "actuels" car certains passages portent sur les conditions que l'on observait au moment où ils ont été postés, mais ils permettent néanmoins de comprendre les mécanismes en jeu.

Quelques notions de base sur la stratosphère :

- La stratosphère se trouve à environ 30 km d'altitude, et correspond notamment aux niveaux 10 et 30 Hpa sur les cartes que vous pouvez trouver sur différents sites (comme celle-ci). Elle se situe donc au dessus de la troposphère, qui correspond à la couche d'air qui se trouve en dessous, jusqu'au sol. - La stratosphère connaît un cycle annuel quelque peu différent de la troposphère : à partir de la fin de l'été jusqu'en début d'hiver, elle se refroidit progressivement au dessus des régions polaires en créant ce que vous pouvez imaginer comme une grosse bulle bien concentrée d'air très froid, comme sur la carte dont je vous ai donné le lien ci-dessus. Durant cette phase, elle ne présente que peu de variations : tous les ans son refroidissement se fait à la même vitesse, à partir des mêmes dates, et selon la même tendance. A compter du milieu de l'hiver (parfois même début d'hiver), et jusqu'au printemps, elle va à l'inverse se réchauffer mais cette fois selon des changements qui peuvent être extrêmement brutaux et rapides, ponctués de réchauffements très sévères et de refroidissements tout aussi rapides et violents. - La stratosphère influence de manière directe la troposphère qui se situe en dessous d'elle. Lorsque le vortex stratosphérique est particulièrement froid et dense, cela va avoir tendance à favoriser de la même manière l'établissement d'un vortex solide et dense dans la troposphère. A notre niveau, cela signifie qu'il va y avoir moins d'échanges thermiques entre les régions polaires (qui vont rester dans des masses d'air très froides) et les régions tempérées comme la notre, qui connaissent ainsi moins de séquences hivernales. Et comme vous le devinez, à l'inverse, lorsque le vortex stratosphérique est moins froid, plus déstructuré, cela a un impact sur le vortex troposphérique qui va lui aussi être plus "poreux". Cela implique davantage de descentes d'air froid vers les régions tempérées avec des épisodes hivernaux plus nombreux et plus forts, pendant que les régions polaires vont être libérées de ces masses froides et connaître des températures plus clémentes que la normale. - Au niveau de la troposphère (donc notre niveau), il existe un indice qui s'appelle l'AO et qui permet de mesurer en quelque sorte le niveau de concentration du vortex troposphérique. Lorsque cet indice est positif, cela signifie dans les grandes lignes que les masses froides sont concentrées sur les régions polaires, alors que lorsqu'il est négatif, le vortex est éclaté et l'air froid s'écoule plus facilement vers les régions tempérées. - Ce n'est pas en rapport direct avec le sujet mais comme je vais en parler plus tard : de la même manière il existe un indice, la NAO, qui lui mesure en quelque sorte la puissance et le positionnement de la circulation zonale (courant d'ouest) sur l'Atlantique et l'Europe Occidentale. Un indice positif signifie une circulation zonale plus forte que d'habitude (temps océanique doux et humide en général chez nous en hiver), et un indice négatif qu'elle est plus faible que d'habitude ou que ce courant circule en dehors des latitudes habituelles (temps souvent plus frais/froid et plus sec chez nous). - Quand on parle de vortex structuré ou déstructuré, de l'AO, de la NAO, on parle bien évidemment de grands schémas généraux à l'échelle de l'hémisphère, mais on ne peut pas pour autant faire de parallèles directs avec notre si petit pays sur les cartes. Quand on parle par exemple d'une AO négative, ayez conscience que cela signifie qu'il y a davantage de probabilités de voir se mettre en place des épisodes hivernaux dans les régions tempérées comme la notre, mais cela ne signifie pas qu'on peut dire que cela se mettra en place juste chez nous. Par exemple en janvier dernier, nous avons connu une grande douceur, alors que l'AO était bien négative : c'est seulement que les grandes masses froides descendaient ailleurs que chez nous (en l'occurrence, sur l'Amérique du Nord et l'Asie centrale). - Pourquoi s'intéresse t-on alors à la stratosphère ? Pour le présenter de manière simple, tout simplement parce qu'on a toujours beaucoup de mal jusqu'à présent à prévoir le comportement de la troposphère en hiver. C'est vrai que c'est en train d'évoluer depuis quelques années avec l'arrivée de nouveaux indices (SAI, OPI), mais c'est encore quelque chose de récent. Alors que la stratosphère, on a découvert depuis déjà plusieurs décennies que son comportement évoluait en fonction de certains éléments comme l'activité solaire, ou l'indice QBO. Et vu que la stratosphère a un impact direct sur la troposphère, prévoir le comportement de la première, ce que l'on arrive à faire avec des résultats qui sont plus qu'encourageants, est très intéressant vu qu'elle joue un rôle non négligeable sur la seconde. - En particulier on sait que la stratosphère fait l'objet, en hiver, de changements extrêmement brutaux et rapides qui peuvent très fortement l'affaiblir en l'espace de seulement un ou deux jours, déplacer le vortex stratosphérique en l'éjectant littéralement du bassin arctique, voire carrément le faire éclater. Ces changements brutaux, on les appelle des réchauffements stratosphériques soudains (SSW en anglais). Bon ici je n'entre pas dans des détails pas forcément utiles à la compréhension générale et je fais volontairement quelques raccourcis (on va pas aller jusqu'à parler des inversions du vent ou ce genre de choses), c'est seulement pour avoir une idée générale de ce dont on parle. - Ces événements soudains, en impactant le vortex stratosphérique, vont du coup avoir une influence sur la troposphère. Cette influence est moins directe, est plus lente (les délais de réactions sont de l'ordre de la semaine au moins, voire un peu plus), un peu plus diffuse, mais elle est désormais assez bien documentée - on sait notamment quelles réactions de la troposphères sont les plus souvent observées selon la nature du réchauffement dont la stratosphère a fait l'objet. - Même si la aussi je vais peut-être faire quelques raccourcis, à une déstructuration du vortex stratosphérique, correspond généralement un affaiblissement du vortex troposphérique (indice AO négatif), et donc à davantage de potentiel d'épisodes hivernaux dans les régions tempérées. Prévoir des conditions agitées en stratosphère, cela permet donc de prévoir que la troposphère va aussi faire l'objet de conditions particulières favorables à de grands blocages et à des échanges méridiens.

Petit guide du débutant en prévision stratosphérique :

Suite à quelques débats sur les prévisions stratosphériques, je vous propose un petit post en guise de "didacticiel" de ce genre de prévisions qui peuvent parfois paraître bien complexes quand on es tun néophyte du sujet. Ce mini-guide n'a pas vocation à faire de vous des experts de la prévision stratosphérique (je ne me considère pas comme en étant un moi-même, donc je ne vais pas prétendre vous dire comment le devenir), mais seulement à savoir où aller et comment interpréter les divers indices qui peuvent vous permettre de vous faire un point de vue rapide et synthétique de ce genre de prévisions, sans forcément rentrer dans des considérations très techniques.

Un bon point de départ, c'est simplement de se donner une idée de la situation. Pour cela, vous pouvez déjà regarder la situation sur une analyse H+0 de GFS comme ici, ce qui va vous donner la forme générale du vortex (ici bien rondouillet), mais cela ne va pas vous donner de véritable idée sur sa force à moins de regarder depuis des années ce genre de cartes. L'indice le plus synthétique que l'on peut avoir, c'est de regarder la température moyenne à 10 hPa dans les régions comprises entre 90 et 65° N, et vous pouvez les trouver sur cette page. Notez que vous avez aussi un accès aux archives des années passées, utile si vous voulez prendre le temps de faire des comparaisons. Donc, voici la situation actuelle :

10mb9065.gif

Note : vous pouvez aussi regarder à 30 hPa, cela donne également une bonne indication, mais dans le cadre d'un "je veux juste avoir une vision générale de la situation sans rentrer dans les détails" regarder à 10 hPa est à mon avis ce qui est le plus pertinent.

Avec une température moyenne de l'ordre de -69° (environ), le vortex stratosphérique est actuellement à peu près aussi dense et froid que l'année dernière à la même date, et il est également un peu plus froid que la moyenne des dernières années en cette saison. Cela ne présume pas de la suite, mais cela vous permet de savoir au moins d'où on part. Dans notre cas présent, le constat serait que malgré des conditions qui étaient très peu propices à un renforcement du vortex depuis mi-octobre (on a régulièrement eu des prévisions qui le voyaient se faire déjà très secouer dès les premiers jours de novembre), le vortex stratosphérique a un peu déjoué les pronostics en prenant pas mal de vigueur ces derniers jours. Au passage, cela montre aussi que cela n'a pas véritablement de sens de lier comme cela a pu être fait les changements synoptiques intervenus en Europe ces derniers jours avec des prévisions stratosphériques de fin octobre / début novembre qui ne se sont pas réalisées...

Pour passer désormais aux prévisions, la première chose que vous pouvez regarder ce sont les modélisations de GFS disponible sur la plupart des sites (cf lien donné en exemple ci-dessus pour les cartes Infoclimat), voici un exemple :

t10.png?run=run12model

Mais vous pouvez aussi accéder aux modélisations du CEP via le site de l'université de Berlin, soit ici. Choisissez le jour de diagnostic (= le jour du run quotidien du CEP utilisé), vous arrivez sur une page comprenant une multitude de données accessibles. Notre idée étant d'essayer de limiter les choses à regarder et de vous donner les éléments permettant simplement de se donner une idée synthétique, il y a trois choses qui peuvent être intéressantes de regarder.

- D'abord, les prévisions à 10 hPa du premier tableau, qui permettent de faire des comparaisons avec les prévisions de GFS présentées ci-dessus. Exemple ici avec ce que prévoit donc le CEP à la même date :

ecmwf10f216.gif

Cela permet de se rendre compte que la modélisation du CEP est assez proche de GFS malgré l'échéance lointaine - encore que les runs ne sont pas les mêmes, avec le site de Berlin on a accès aux modélisations 00z de la veille donc on raisonne avec au moins un jour de retard. Cette ressemblance n'est pas signe de fiabilité absolue : même si les prévisions stratosphériques sont un peu plus fiables que les prévisions troposphériques à longue échéance, un peu plus fiables cela ne veut pas dire non plus infaillible.

Ce qui peut être important dans une vision de modeste connaisseur, c'est surtout de regarder l'évolution du vortex stratosphérique (la grosse bulle bleue) : reste t-il globalement homogène et bien d'une forme plus ou moins circulaire comme ici (signe d'un vortex restant structuré même s'il va bien évidemment se réchauffer), ou voit-on qu'il a tendance à se déformer en ovale, en huit, voire carrément à se scinder en deux ou davantage de morceaux (ce qui serait alors effectivement signe d'une nette déstructuration) ?

- La seconde chose que l'on va regarder, c'est les "Temperatures and temperature differences" qui se trouvent tout en bas de la page. Vous devez voir ceci :

temps.gif

C'est surtout les deux premières cases qui sont intéressantes : elles montrent la température moyenne du vortex à 10 et 30 hPa (cf les tous premiers graphiques que l'on a regardé), avec en couleur les observations, et en noir plus fin la prévision faite par le CEP. Dans le cas présent, on voit que le CEP envisage bien une hausse de la température à 10 hPa qui nous ramènerait un peu au dessus de la moyenne de saison, mais cela reste bien limité. La hausse est encore plus faible à 30 hPa.

Pour vous donner une idée ce que l'on pourrait attendre ici, dans la définition de McInturff un réchauffement stratosphérique mineur correspond à une hausse de la température d'au moins 25° : avec une prévision du CEP qui nous donnerait une hausse d'à peine une dizaine de degrés à 10 hPa et moins encore à 30, on est très loin ne serait-ce que de cette définition d'un réchauffement mineur. Ça, c'est juste pour vous permettre de réaliser les ordres de grandeur en la matière, ce qui est toujours utile si l'on veut essayer de quantifier les prévisions que l'on a sous les yeux.

- Enfin, on va jeter un œil aux "Zonal mean wind and fluxes 60°N", également dans la partie basse du tableau :

fluxes.gif

Ici , nous allons nous contenter de la seconde case - non pas que les autres sont inintéressantes, mais notre objectif est de faire simple et synthétique sans trop s'éparpiller. Selon les définitions, un vrai réchauffement stratosphérique (SSW) se caractérise par une inversion des vents zonaux dans le vortex, donc on le verra se matérialiser si les prévisions envisagent que l'on bascule sur des valeurs négatives. Dans le cas présent, le vent zonal devrait un peu s'affaiblir notamment à 10 hPa, mais resterait tout de même solidement ancré sur des valeurs positives, de l'ordre de +20 m/s. Cela montre que quels que soient les autres paramètres, ce run du CEP ne projette pas de véritable déstructuration du vortex stratosphérique sur les 10 prochains jours.

Voila, ce petit guide ne va certainement pas faire de vous des as de la prévision stratosphérique - de toute façon ce n'est pas sa vocation. Prenez-le plutôt comme une initiation basique, utile pour consulter les prévisions et avoir un minimum d'éléments pour les interpréter.

Quelques rappels de prudence sur les conséquences que l'on peut déduire à notre niveau des évolutions stratosphériques :

Ce qu'il y a de bien avec les prévisions stratosphériques, c'est que c'est un très beau paquet cadeau, bien doré bien vernis, qui brille d'autant plus que c'est quelque chose d'assez neuf .. mais dont on découvre bien vite les limites dès que l'on gratte un peu cette couche de vernis.

Il ne s'agit pas de prétendre ici que ces prévisions ne servent à rien bien entendu, ce n'est pas du tout ce que je sous entend, mais de toucher du doigt leurs limites : elles permettent d'appréhender à l'avance des changements éventuels dans la synoptique globale mais sans avoir aucune idée des conséquences de ces éventuels changements. En bref, dit autrement et de manière un peu plus brutale, avec la prévision stratosphérique on n'a aucune idée des conditions des prochaines semaines sur notre petit bout de France mais on sait un peu mieux pourquoi on n'en sait rien.

Afin de vous en faire une démonstration un peu plus concrète, j'ai été faire un tour dans les archives pour refaire un petit historique des grands réchauffements stratosphériques observés une première décade de janvier, comme cette année, et de visualiser la situation générale des 10 à 20 jours qui les ont suivi. Histoire de bien vous "spoiler" dès le début : on va trouver absolument de tout.

Le cas le plus proche de nous, et avec lequel nous allons commencer, c'est janvier 2013 :

30mb9065_2013.gif

Pour chaque SSW étudié, je vous propose trois cartes :

- la première représente la situation de la stratosphère à 30 hPa au summum de l'évènement,

- la seconde représente les géopotentiels moyens observés à 500 hPa dans les 10 à 30 jours qui ont suivi,

- la dernière représente les anomalies de température au sol sur ces mêmes 10 à 30 jours qui ont suivi.

Pour 2013, voici ce que cela donne :

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(Comme toujours, cliquez dessus pour agrandir)

Le réchauffement de 2013 s'est soldé par un cas magnifique d'éclatement (split) du vortex stratosphérique, avec une première portion rejetée vers le nord-ouest canadien tandis que la partie principale était rejetée en Sibérie centrale.

A 500 hPa, on a observé les décennies qui ont suivi de très puissants blocages au niveau de l'Alaska, mais pas grand chose côté Europe avec un puissant vortex centré du côté de la mer de Kara. En analyse fine, il y a bien eu une velléité de blocage au nord de l'Europe (lien) propice à un coup de froid temporaire sur le vieux continent (lien), mais cela n'a pas fait le poids à la reprise d'un courant très doux de SO (lien) cédant peu à peu la place à un courant de NO sur dorsale Atlantique (lien). Cela s'est davantage décanté, sans étincelles toutefois, à compter de la seconde décade de février .. soit bien plus d'un mois après le SSW.

Second cas, nous passons à janvier 2004 :

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A niveau stratosphère, le réchauffement de 2004 s'est matérialisé par un net déplacement (displacement) du vortex en direction de la Russie occidentale.

Les anomalies de géopotentiels des 10 à 30 jours qui ont suivi ce phénomène portent la cicatrice de blocages entre Quebec et Groenland (crochet visible sur ce secteur), et d'enfoncement des bas géopotentiels sur l'Europe orientale. Dans l'analyse fine, de conditions plutôt zonales et douce en fin de première décade (lien), on est resté sur des conditions zonales même si moins marquées (lien), puis on est restés dans des conditions océaniques douces en marge d'un décrochage sur l'Europe orientale (lien), avant d'assister à la tentative de constitution d'un AG en fin de mois (lien) qui a foiré lamentablement (lien). Et pour le reste, bon appétit (lien).

Cas suivant, voici janvier 2002 :

30mb9065_2002.gif

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En janvier 2002, on n'est pas passé loin d'un éclatement complet, avec un noyau de vortex renvoyé vers Québec et le reste sur la Scandinavie. Situation très ressemblante, d'une certaine manière, avec ce que nous proposent les modèles pour début janvier 2014 :

t10.png?run=run12model

Eh ben sérieusement, autant se pendre de suite si la suite venait à être la même : en 2002 c'était dégueulasse (lien), c'est resté dégueulasse (lien), puis ça s'est figé dans le dégueulasse (lien), ensuite on a creusé encore dans le dégueulasse (lien) jusqu'à toucher le fond du dégueulasse (lien), on a repris une part de dégueulasse (lien), pour finir par se noyer dans le dégueulasse (lien). Si vous aviez comme préjugé qu'un SSW permet d'exclure catégoriquement du zonal sur les décades suivantes, j'espère que vous en avez eu pour votre argent.

Cas suivant, on remonte un peu dans le temps pour revenir à janvier 1998 :

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Comme en 2002, on est dans le cas d'un quasi éclatement, sauf que cette fois le gros du vortex stratosphérique est resté figé entre Groenland et Canada tandis que la portion congrue était rejetée sur la Sibérie centrale.

Par chez nous, de conditions pas fameuses au départ (lien, lien), on a profité d'un petit décrochage idéalement positionné (lien) avec comme on dit la mayonnaise qui a bien pris (lien). Avec un Atlantique totalement libéré, les conditions ont pris une tournure de plus en plus idyllique (lien) avant le retour de notre ami l'AF (lien) et de conditions bien moins reluisantes (lien).

Grand saut pour le dernier cas recensé de grand réchauffement une première décade de janvier, on remonte cette fois à janvier 1985 :

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Joli cas d'éclatement (split), un peu comme en 1998 avec le noyau stratosphérique principal rejeté sur le nord-est canadien tandis que le résidu s'est décalé vers la Scandinavie. Les conditions dans la troposphère ont été excessivement perturbées dans les deux décades qui ont suivi avec de très gros blocages côté Alaska d'une part et nord-est canadien de l'autre, et de très grandes vagues de froid tant en Eurasie qu'en Amérique du Nord.

Chez nous, les conditions étaient franchement idylliques au moment de ce réchauffement stratosphérique (lien). La suite laisse un gout désagréable que bien des hivernophiles connaissent : le flux de SO sous anticyclone groenlandais (lien) qui s'installe (lien) et qui dure (lien). La farce continue début février (lien) avant le retour de conditions plus intéressantes plus d'un mois après le SSW (lien). En gros, les deux à trois décades qui ont suivi ce SSW ont été marquées par la douceur entre deux périodes plus hivernales : le SSW, trool à ses heures ?

Vous le voyez, finalement le fait de savoir qu'un SSW au moins mineur et très possiblement majeur devrait se produire début janvier, finalement ne nous dit pas grand chose sur la suite des événements à venir. Il induira très probablement des changements dans la synoptique générale, mais lesquels et surtout nous seront-ils favorables, c'est une question déjà bien plus complexe.

Après on peut essayer de trouver des pistes qui pourraient nous indiquer les éventuelles similitudes entre cette année et la situation de l'une de celles que j'ai exposées ici - tant que cela ne se résume pas à une recherche effrénée et subjective de tout ce qui nous rapproche des années où cela s'est bien passé hivernophilement parlant et de tout ce qui nous éloigne de celles où au contraire cela a lamentablement foiré. Personnellement, je n'ai pas vraiment de réponse pour savoir ce qui pourrait nous rapprocher ou nous éloigner de telle ou telle année.

Toutefois, le fait même que ces 5 cas de réchauffement intervenus début janvier sont tous aussi différents les uns des autres tant dans leur réalisation que dans leurs conséquences peut aussi nous enseigner que finalement chaque situation est trop unique pour raisonner par comparaison. Ce que l'on peut quand même tirer de ces 5 cas étudiés, c'est qu'un réchauffement stratosphérique début janvier n'apporte aucune certitude sur la survenue de périodes hivernales sur l'Europe Occidentale : dans deux cas on a eu des conditions plutôt hivernales sur les 10 à 30 jours suivants, dans les trois autres à l'inverse des conditions bien douces.

De manière plus générale, une petite prudence supplémentaire : il est toujours (trop) facile d'attribuer tel ou tel changement de synoptique à d'éventuels réchauffements stratosphérique. La climatologie nous présente bien suffisamment de cas où on a vu l'indice AO plonger subitement sans SSW, et de cas où des SSW n'ont été suivis d'aucune conséquence sur la synoptique générale, pour savoir qu'il faut se montrer humbles sur certains raccourcis faits à la va-vite et finalement bien fragiles.

Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet :

La bible pour ceux qui voudraient en savoir plus : la thèse de Gaelle Ouzeau, qui est en libre accès sur le site des archives en ligne (HAL). Résumé de la thèse :

Les moyennes et hautes latitudes de l'hémisphère nord sont caractérisées par une forte variabilité climatique en hiver, incluant l'occurrence d'évènements extrêmes tels que les vagues de froid ou les tempêtes, et présentent une faible prévisibilité aux échéances mensuelle à saisonnière dans les systèmes opérationnels. Un nombre croissant d'études montre qu'au-delà du couplage océan-atmosphère, le couplage troposphère-stratosphère contribue également à la variabilité climatique à ces échelles de temps. Cette thèse vise à mieux comprendre l'influence de la stratosphère sur la variabilité climatique hivernale à nos latitudes, et à quantifier sa contribution potentielle à la prévisibilité climatique saisonnière en comparaison de la contribution océanique. Dans un premier temps, un état des lieux des connaissances sur le couplage troposphère-stratosphère est dressé et la variabilité inter-annuelle du vortex stratosphérique polaire est revisitée par le biais d'analyses composites sur la base des réanalyses atmosphériques du CEPMMT. Ensuite, les principaux outils de cette thèse sont présentés et validés, à savoir le modèle ARPEGE-Climat et la technique de « nudging » permettant de relaxer (guider) le modèle vers les réanalyses. Comme beaucoup de modèles, les versions 4 et 5 d'ARPEGE-Climat en configuration T63L31 simulent un vortex stratosphérique polaire nettement décalé vers le sud, ce qui peut avoir des conséquences négatives sur la variabilité simulée via la modification des interactions ondes-écoulement moyen. Si la faible résolution verticale dans la stratosphère est souvent mise en avant pour expliquer le manque de prévisibilité dans les modèles, nos travaux sur la version 5 d'ARPEGE-Climat montrent que l'augmentation de la résolution verticale et l'élévation du toit du modèle à 0.1 hPa ne suffisent pas pour obtenir un climat plus réaliste, que ce soit en termes d'état moyen, de variabilité ou de prévisibilité à l'échelle saisonnière. C'est pourquoi, tout au long de cette thèse, la technique de la relaxation de la stratosphère vers les réanalyses issues du CEPMMT a été exploitée afin de montrer, de manière idéalisée, sa forte influence sur la variabilité climatique hivernale aux extratropiques de l'hémisphère nord, par rapport au seul forçage par les températures de surface de la mer observées. L'étude des hivers 1976-1977 et 2009-2010 via la réalisation de simulations d'ensemble avec et sans nudging a permis de confirmer la contribution de la stratosphère à la phase négative de la NAO et aux fortes anomalies négatives de température observées sur l'Europe du nord. La généralisation des ensembles à la période 1958-2007 (avec initialisation au 1er Novembre) confirme l'impact positif du nudging extratropical mais montre un effet très limité du nudging équatorial qu'il conviendrait d'évaluer de manière plus précise en augmentant la taille des ensembles. Ainsi, si elle confirme l'importance de la stratosphère pour la prévision saisonnière hivernale à nos latitudes, cette thèse ouvre de nombreuses perspectives concernant les mécanismes qui sous-tendent le couplage troposphère-stratosphère et l'intérêt d'une prévision statistico-dynamique consistant à relaxer le modèle ARPEGE-Climat vers une stratosphère prévue de manière statistique.

- Première partie : Introduction et présentation du couplage troposphère - stratosphère et de la variabilité climatique hivernale

- Seconde partie : Méthodologie et validation du modèle Arpège Climat

- Troisième partie : Etude des hivers 2009/2010 et 1976/1977

- Quatrième partie : Prévisions d'ensemble

C'est surtout la première partie qui peut-être intéressante pour les amateurs que nous sommes d'autant qu'elle est très agréable à lire et très facile d'accès même pour ceux qui n'ont pas forcément de connaissances sur le sujet ; sur les autres parties le sujet devient beaucoup plus technique et fait référence à des outils (données et modèles) auxquels nous n'avons pas forcément accès. La troisième partie sur l'étude des hivers 2009/2010 et 1976/1977 pourrait être aussi intéressante, mais je n'ai pas pris le temps encore de la lire donc je ne vais pas pouvoir vous en parler en connaissance de cause.

Je le donne aussi parce qu'il mérite vraiment d'être lu, le récapitulatif qui avait été fait par Cirrus en 2012 : /topic/78824-le-couple-tropo-stratosphere-et-ses-forcages-externes/'>lien

Des liens pour le suivi de la stratosphère :

- Modélisations sur le site d'Infoclimat : lien

- Modélisations sur le site de Météociel : lien

- Le laboratoire d'analyses stratosphériques de l'université de Berlin : lien

- Les analyses et prévisions stratosphériques de la NOAA : lien

- Les analyses stratosphériques de l'agence japonaise JMA : lien

- Les archives stratosphériques de la NOAA : lien

- Le topic saisonnier de suivi de la stratosphère sur le forum anglais Netweather (et il y a du niveau !) : lien

Cette liste n'est pas exhaustive, si vous avez d'autres liens que vous voulez partager envoyez les moi en MP et je compléterais ce message.

Pour passer maintenant à la prévision stratosphérique, j'ai fait référence il y a quelques jours dans le topic de prévisions hivernales (message #739 du 14/11) au potentiel de réchauffement(s) stratosphérique(s) dans le courant des prochaines semaines :

Le vortex stratosphérique va très probablement se faire secouer en décembre, avec possiblement une, deux voire trois séquences de réchauffements brutaux à anticiper sur ce mois. C'est encore trop tôt dans la saison pour imaginer quelque chose de véritablement sévère au niveau de la stratosphère (véritable SSW avec inversion du vent zonal), mais cela devrait être plus que suffisant pour la perturber et l'empêcher de développer un vortex stable et consolidé. A notre niveau qui est le plancher des vaches, il n'y a pas vraiment de fruits directs à attendre de cette situation sur ce mois de décembre, mais cela témoigne d'un potentiel véritable en seconde partie d'hiver.
Cette option est aussi mise en avant par Judah Cohen et Jason Furtado du laboratoire de recherches atmosphériques et environnementales sur leur blog, voir leur actualisation du 16/11:

At AER we have developed a polar vortex model that predicts the strength of the polar vortex one month in advance. It is predicting a major sudden stratospheric warming (SSW) in mid-December.
The show must go on happy.png

EDIT : ajout de liens.

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Merci treizevents pour ce sublime message sorcerer.gif

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Merci beaucoup pour ce topo très pédagogique, qui confirme l'extrême prudence à avoir dans l'interprétation des SSW. Restant toujours aussi dubitatif sur les tentatives de prévisions à LT en milieu tempéré je continuerais donc à parcourir en silence de temps en temps les topics de cette section du forum comme d'hab !

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Un topic qui a du sens et ou l'on peut espérer des interventions de qualité,quelques solides connaissances a avoir tout de même,la thèse de Gaëlle Ouzeau fort intéressante au demeurant est plutôt hardcore...Certains passages méritent pour un non scientifique de multiples relectures,et même a la fin on est pas forcément certains d'avoir tout compris.biggrin.png

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Merci cher ami pour ce partage de lien très intéressant. Un topic qui va s'avérer très intéressant avec les nombreuses interventions qui va y avoir !!! default_biggrin.png/emoticons/biggrin@2x.png 2x" width="20" height="20">

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Je ne pense pas qu'il y aura beaucoup d'interventions, la barre est haute.

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Invité

Bonjour,

Il commence à y avoir quelques petits réchauffements mineurs à 10 hpa qui sont de plus en plus modélisés, surtout dès début décembre. On verra si ça abouti sur quelque chose de plus concret comme annoncé par " certains ".

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Je suis de retour après une très longue absence. J'avais eu l'intention de faire un post complet à la fin de l'été/début d'automne comme je le fais chaque année, mais au final, je ne l'ai pas fait. Pas véritablement par manque de temps, mais c'est tout simplement parce que je passe beaucoup moins fréquemment qu'avant sur le forum, voire pas du tout sur certaines périodes (pas par lassitude, ne vous inquiétez pas wink.png ). Donc je ne sais pas trop ce qui a été posté car je n'ai, à ce jour, rien lu sur le topic hiver 2015/2016 (à l'exception de la dernière page et demi de la discussion). Cet après-midi, je me suis motivé à pondre une petit analyse.

Pour ce qui est du nouveau topic "prévisions stratosphériques à moyen et long terme" que j'ai découvert en tout début d'aprem, il avait déjà été question de créer un topic parallèle spécifique aux analyses strato, il y a de cela 3 ans et demi. Au lieu de cela, j'avais créé un autre topic à but pédagogique pour les novices, car j'avais peur qu'un nouveau fil de discussions spécialement dédié aux analyses strato soit totalement déserté, mort du fait du niveau de connaissances. Mais, après réflexion, je pense que c'est tout de même une très bonne idée de lancer ce topic car il y a davantage de personnes intéressées qu'auparavant :-)

Petit tour d'horizon de ce que nous connaissons actuellement et de ce que l'on pourrait connaître:

Il est relativement difficile d'anticiper les caractéristiques météorologiques à grande échelle de la future période hivernale 2015/2016. Ceci s'explique en grande partie par la phénomène el-niño très intense que nous connaissons actuellement. De part cet événement, il est difficile de chercher des analogues en terme de forçages externes par le passé

Les précédents épisodes el-niño très intenses que nous avons connu remontent aux années 1972, 1982 et 1997. Si on isole les autres composantes qui influent sur notre système climatique telles que l'activité solaire et la QBO, il ne nous reste plus que l'hiver 1982/1983 de très ressemblant par rapport à notre future période hivernale. Les hivers 1972/1973 et 1997/1998 arrivent derrière avec des ressemblances en terme de QBO mais pas en terme d'activité solaire pour l'hiver 1997/1998 et inversement pour l'hiver 1972/1973. Pour autant, nous commençons différemment cet hiver élargi 2015/2016, par rapport à l'hiver étendu 1982/1983 au sein de la stratosphère. La concentration de la masse d'air froide est en effet nettement plus importante sur ce mois de novembre que sur le mois de novembre 1982 (pendant lequel les conditions étaient proches des normales de saison) au-dessus des régions arctiques de la moyenne stratosphère. Mais comme l'hiver 1982/1983, nous sommes dans la gamme des valeurs positives de NAM (Northern Annular Mode) dans la stratosphère, ce qui ne fut pas le cas des hivers 1972/1973 et 1997/1998.

[align=center]822309Sanstitre.png[/align]

Ces trois hivers ont tous au moins vu un SSW au mois de décembre, mais aucun n'a été majeur. Dans le premier cas, le SSW est intervenu au début du mois de décembre 1972 et a été d'amplitude intermédiaire. Cet événement stratosphérique a été précédé d'un important flux de chaleur entrant venu de la stratosphère vers la mi-novembre 1972 et a été associé malgré cela à une dégradation du vortex polaire peu durable. L'onde planétaire résultante ne s'est propagée qu'à la périphérie du vortex stratosphérique et a entretenu le vortex polaire à moyen terme. Dans le cas suivant, le réchauffement stratosphérique a été plus tardif et s'est manifesté aux alentours du 1er janvier 1983. Le phénomène en lui-même s'est révélé très faible car peu de « bruit de fond stratosphérique ». Les valeurs de NAM au sein des couches moyennes sont restées faiblement positives. Dans le dernier cas, le réchauffement a eu lieu mi-décembre et s'est étendu jusqu'au début du mois de janvier 1998. Lors de ce réchauffement, on s'est approché de très près du renversement des westerlies en easterlies au 60e parallèle de l'hémisphère nord. Le préconditionnement stratosphérique s'est effectué à l'extrême fin du mois de novembre 1997 avec un bon phasage entre la troposphère et la haute stratosphère. Cet événement quasi-majeur a affecté la circulation globale de l'hémisphère nord sur un mois entier approximativement, entre le 1er janvier 1998 et le 10 février 1998.

4 décembre 1972 : -1,8 (indice NAM)

30 décembre 1982 : 0,1 (indice NAM)

7 janvier 1998 : -3 (indice NAM)

Ces 3 SSW ont tous été des displacement events.

409299Sanstitre3.png

On constate notamment quelques différences relatives aux forçages troposphériques mis en jeu (antérieurement aux SSW). On peut observer que les infiltrations d'anomalies hautes de géopotentiel à l'intérieur du complexe dépressionnaire ont été occasionnées principalement entre la Sibérie et le Canada dans le cas des hivers 1972/1973 et 1982/1983 tandis que ces infiltrations se sont principalement concentrées au-dessus du quadrant atlantique/européen dans le cas de l'hiver 1997/1998. Toutefois, je ne m'aventurerais pas à tirer des conclusions quant à l'impact des schémas troposphériques sur « la différenciation » d'un SSW, seulement à partir de cette comparaison.

[align=center]190999Sanstitre6.png[/align]

Actuellement, l'anomalie froide de haute altitude est actuellement très prononcée et précoce pour la saison étant donné qu'on frise les records de froid absolu en terme de température minimale mesurée localement à un point quelconque de la moyenne stratosphère arctique en terme de température moyenne entre le 60e parallèle de l'hémisphère nord et le pôle, puisqu'on approche les records de valeurs positives de NAM (Northern Annular Mode pour une mi-novembre). Depuis quelques jours, l'anomalie de NAM est supérieure à +1. Le courant circumpolaire d'ouest (ou jet de la nuit polaire) est notamment très puissant à la périphérie du vortex polaire stratosphérique. Bref, nous sommes dans une situation relativement hors norme pour un début d'hiver élargi au sein de la stratosphère.

D'après les modèles numériques, d'ici la fin du mois de novembre, le noyau de rotation dextrogyre s'affaiblirait dans la haute stratosphère. Le jet de la nuit polaire serait progressivement rejeté vers les latitudes méridionales de l'hémisphère nord et perdrait en vitesse. En effet, le tube de vent maximal occupe actuellement sa position moyenne le long du 60e parallèle tandis qu'il se glisserait le long du 40e parallèle d'ici 10 jours. Cet affaiblissement du tourbillon cyclonique s'accompagnerait notamment d'un renversement du gradient thermique méridien aux alentours du 25 novembre du fait de l'augmentation du champ de température en plein cœur de ce dernier. L'air froid s'excentrerait du pôle pour surplomber le Canada. Cet affaiblissement demeurerait cantonner au sommet de la stratosphère sur la fin du mois de novembre et n'affecterait pas l'auge polaire dans les couches moyennes. Néanmoins, dans le cas où certains forçages dynamiques surgiraient, la zone de basse stratopause pourrait se déconcentrer davantage des régions arctiques. Par la même occasion, si une telle configuration survient, les couches stratosphériques sous-jacentes pourraient également se déstabiliser, sans toutefois connaître des perturbations de grande ampleur.

[align=center]955983Sanstitre2.png[/align]

Pour ce qui est de la troposphère, la dorsale atlantique (avant rétractation progressive éventuelle d'ici fin novembre) ainsi que l'anticyclonique sibérien pourraient se maintenir plusieurs jours. La circulation ondulatoire serait donc plus ample par rapport à ce qu'on a connu ces dernières semaines. Ces blocages chauds d'altitude seraient source de flux de chaleur entrants à la basse stratosphère.

[align=center]957046sanstitre7.png[/align]

Du fait de la reprise d'une certaine activité ondulatoire dans la troposphère et dans la haute stratosphère, l'anomalie froide intense pour la saison et présente au-dessus des régions arctiques pourrait progressivement se résorber courant décembre. Le mois de décembre sera peut-être sujet à un réchauffement stratosphérique canadien, le « terrain » y serait favorable.

En ce qui concerne la récente analyse technique de l'AER, je reste un peu perplexe. La dernière réactualisation du 16 novembre, laisse transparaître un possible SSW majeur d'ici la mi-décembre à une échéance d'un mois. Autant dire qu'ils mettent la barre très haut dans leurs prévisions car un SSW majeur en plein mois de décembre, c'est un événement d'une grande rareté, un phénomène insolite. Depuis le début des relevés stratosphériques, il n'y a eu que 6 SSW majeurs sur les mois de novembre et décembre :

30 novembre 1958

8 décembre 1965

27 novembre 1968

4 décembre 1981

15 décembre 1998

16 décembre 2000

… D'autant plus que nous sommes à 1 mois d'échéance. Au-delà de 10 jours d'échéance, les modèles numériques sont généralement très versatiles sur le comportement des réchauffements stratosphériques ainsi que sur l'intensité des phénomènes. Les cartes au-delà de 10 jours d'échéance ne peuvent nous renseigner que sur la nature du phénomène, pas sur l'intensité à proprement dit.

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Invité Sky Blue

Bonjour Cirus et merci de nous consacrer un peu de ton temps.

Effectivement comme toi je trouve le Pole Nord stratosphérique très froid et largement en dessous des moyennes de la saison comme le montre les 2 graphes suivants à 10 et 30hPa.

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Peut t'on considérer que le RC + l'ENSO actuel refroidit la Strato, c'est une question que je me pose.???

Mais, après réflexion, je pense que c'est tout de même une très bonne idée de lancer ce topic car il y a davantage de personnes intéressées qu'auparavant :-)

Tu as fait des émules ICStratosphériens.scared.gif

On ne maitrise pas tout (moi en premier) mais on s'amuse bien avec les copains.(c'est l'essentiel)smile.png

Sinon d'accord avec toi, autant le réchauffement Canadien est courant en décembre autant le Majeur est rare.

Mais cette année 2015 atypique peut nous surprendre alors pourquoi pas.

On va suivre avec attention l'affaire.

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Peut t'on considérer que le RC + l'ENSO actuel refroidit la Strato, c'est une question que je me pose.???

Selon cette étude: http://www.atmos-chem-phys.net/12/11819/2012/acp-12-11819-2012.pdf

Le RC pourrait être responsable à l'avenir -via la fonte de la banquise arctiques/du réchauffement des régions polaires- d'un refroidissement de la moyenne stratosphère au cours des mois de novembre. Mais cette position est loin de faire l'unanimité des scientifiques à ce sujet. D'autres études complémentaires sont nécessaires pour étayer cette question, pour valider ou non cette hypothèse. Mais bon, là, je m'enfonce un peu dans le hors sujet ^^ .

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Mais comme l'hiver 1982/1983, nous sommes dans la gamme des valeurs positives de NAM (Northern Annular Mode) dans la stratosphère, ce qui ne fut pas le cas des hivers 1982/1983 et 1997/1998.

[align=center] [/align]

D'abord merci pour cette analyse, et puis je me permets juste de souligner cette phrase, car j'ai supposé une possible coquille, étant donné que l'hiver 82/83 ne peut pas avoir 2 valeurs, qu'il s'agissait peut être d'une allusion à un autre hiver, ou qu'à une partie de l'hiver?

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"En ce qui concerne la récente analyse technique de l'AER, je reste un peu perplexe. La dernière réactualisation du 16 novembre, laisse transparaître un possible SSW majeur d'ici la mi-décembre à une échéance d'un mois"

Bonjour,

Précision d'importance : oui leur modèle voit un SSW majeur pour la mi-décembre mais ils pensent que cela est peu probable. Citation AER :" we currently feel that this forecast is unlikely"

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D'abord merci pour cette analyse, et puis je me permets juste de souligner cette phrase, car j'ai supposé une possible coquille, étant donné que l'hiver 82/83 ne peut pas avoir 2 valeurs, qu'il s'agissait peut être d'une allusion à un autre hiver, ou qu'à une partie de l'hiver?

Oui, petit coquille, voici la correction:

"Mais comme l'hiver 1982/1983, nous sommes dans la gamme des valeurs positives de NAM (Northern Annular Mode) dans la stratosphère, ce qui ne fut pas le cas des hivers 1972/1973

et 1997/1998."

"En ce qui concerne la récente analyse technique de l'AER, je reste un peu perplexe. La dernière réactualisation du 16 novembre, laisse transparaître un possible SSW majeur d'ici la mi-décembre à une échéance d'un mois"

Bonjour,

Précision d'importance : oui leur modèle voit un SSW majeur pour la mi-décembre mais ils pensent que cela est peu probable. Citation AER :" we currently feel that this forecast is unlikely"

Effectivement, erreur de ma part, j'ai dû lire trop rapidement ce passage. Ils rejoignent en effet, ce que j'ai écrit plus haut:

"We currently feel that this forecast is unlikely because the model is overly sensitive to SSW and has many false positives and because a major SSW is relatively rare in December

."

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Pourquoi de pas avoir commenter le SSW de janvier 2012 13V, il n'en valait pas la peine? Pourtant il s'en est suivi une VDF de belle facture.

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C'est une impression ou des températures stratosphérique très froides en automne et début d'hiver ont tendance à être en relation avec des SSW majeurs ? c'est juste une question default_wink.png/emoticons/wink@2x.png 2x" width="20" height="20">

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Merci pour vos analyses.

J'ai une question peut être bête.. tant pis je la pose quand même ! default_smile.png/emoticons/smile@2x.png 2x" width="20" height="20">

Est ce que le placement du VP au niveau stratosphérique a une influence sur la troposphère, et donc le temps ressenti.

Par exemple, on peut constater depuis plusieurs jours, que le VPS aurait tendance à se décaler sur l'Europe dans les prochains jours. Ce décalage pourrait il un impact sur le temps en Europe.

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Pourquoi de pas avoir commenter le SSW de janvier 2012 13V, il n'en valait pas la peine? Pourtant il s'en est suivi une VDF de belle facture.

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Parce ce qu'il y a LE cas d'école en la matière

Celui de janvier 2009 était spectaculaire default_smile.png/emoticons/smile@2x.png 2x" width="20" height="20">

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Pourquoi de pas avoir commenter le SSW de janvier 2012 13V, il n'en valait pas la peine? Pourtant il s'en est suivi une VDF de belle facture.

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Simplement parce qu'à l'époque, il s'agissait de trouver des comparables pour une première décade de janvier pour être à date constante par rapport à ce qu'il se passait lorsque j'avais posté ce message :

j'ai été faire un tour dans les archives pour refaire un petit historique des grands réchauffements stratosphériques observés une première décade de janvier,
Dans le cas de 2012, le réchauffement s'était produit en seconde quinzaine janvier (pic de l'épisode le 22/01).

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Simplement parce qu'à l'époque, il s'agissait de trouver des comparables pour une première décade de janvier pour être à date constante par rapport à ce qu'il se passait lorsque j'avais posté ce message :

Dans le cas de 2012, le réchauffement s'était produit en seconde quinzaine janvier (pic de l'épisode le 22/01).

Pouvait-il y avoir un lien de cause à effet ? car cette VDF avait débuté vers le 28 janvier, effet rapide sur la troposphère...

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Puisque l'on évoque dans ce fil la possibilité d'un SSW particulièrement précoce cette année, j'ai été faire un petit tour dans les archives pour trouver toutes les occurrences de SSW ayant eu lieu un mois de décembre, et j'ai fait une petite extension aux cas de SSW de fin novembre. Je n'ai trouvé que 7 occurrences, Mike ou Cirrus me feront signe s'il m'en manque, précision étant faite que je ne parle ici que des SSW majeurs. J'ai été les comparer avec les anomalies de température relevées en France sur ces périodes - je sais, j'ai un peu le nez dans le guidon, mais je n'avais pas forcément le temps de faire mieux. Voici le résultat :

[align=center]post-2200-0-12964800-1448195166_thumb.png[/align]

[align=center] [/align]

[align=center] [/align]

Pour précision utile, il s'agit dans tous les cas de déplacements du vortex stratosphérique (displacement event), à l'exception du cas du 8 décembre 1987 qui avait consisté en une scission du vortex stratosphérique (split event). Les anomalies de températures nationales sont calculées à partir d'un panel de 30 stations réparties sur tout le pays et sont exprimées par rapport à la moyenne 1950-2010.

Ce qui pourrait marquer, c'est que finalement on ne trouve que très peu de cas de grandes vagues de froid dans le délai d'influence considéré en général comme étant 15 à 45 jours après le SSW, en fait on n'en trouve même qu'une seule : c'est celle de mi-janvier 1966. Du coup, voici les anomalies moyennes de ces 15 à 45 jours faisant suite à ces SSW :

[align=center]

30 Nov 1958 : +1,1°

8 Dec 1965 : -2,0°

27 Nov 1968 : -1,2°

04 Dec 1981 : +1,0°

15 Dec 1998 : +2,0°

16 Dec 2000 +1,7°

8 Dec 1987 : +2,9°[/align]

Cela donne sur l'échantillon une moyenne de +0,8° et une médiane de +1,1°. Si je devais le traduire littéralement en sans gants, cela semblerait indiquer qu'un SSW précoce semblerait favoriser bien davantage des conditions très douces en France sur les 15 à 45 jours qui y font suite (donc grosso modo on parle du mois de janvier) que des vagues de froid. Comme je préfère garder les gants, et surtout que c'est bien trop limiter les choses que de rester focalisé sur notre nombril franco-français, je me limiterais à constater qu'un SSW précoce n'est en rien un gage de conditions hivernales à venir en Europe Occidentale.

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Invité Sky Blue

Maintenant que ce topic existe il me semble intéressant de l'alimenter régulièrement.

A ce jour pas grand chose à signaler au niveau strato et c'est logique pour une fin Novembre.

On notera juste un petit réchauffement périphérique à horizon 7-8 jours.

En T10 hPa.

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En U10 hPa également.

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Pour le moment pas de quoi alimenter un scénario à onde n°1 sur la durée.

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Avec un flux Zonal se portant très bien sur la période.

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A suivre au prochain épisode stratosphérique.

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Invité Sky Blue

Toujours RAS de chez RAS au niveau Strato à horizon 10 jours.

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Aucune diffusion de flux de chaleur non plus , logique au vue des éléments ci dessus.

Zonal stratosphérique en pleine forme et un QBO positif à tous les étages.

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En conclusion, il ne faut pas compter sur un forçage stratosphérique à horizon 10jours minimum.(+si affinité avec inertie)

La MJO tourne en rond comme une âme en peine dans l'Océan indien.(phase 2-3), elle risque bien d'aller faire coucouche panier dans son rond central l'animal.

La puissance du Nino en cours n'étant certainement pas étrangère à cet état, mais rien n'est sur pour autant dans ce bas monde.

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Au moins un réchauffement Canadien et un scénario à onde N°1 à se mettre sous la dent pour Décembre.???

Patience étant le maitre mot de la météo les amis.

La suite au prochain numéro en Décembre si dieu me prête vie.!

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Bonjour,

Une analyse d'un climatologue américain qui travaille sur les prévisions à long terme.

Cette analyse tente de montrer la probabilité d'un SSW courant DJF via l'analyse de l'anomalie de géopotentiel à un endroit précis du globe en novembre :

CVJeU5BUAAA4wD5.png

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Invité Sky Blue

Un nouveau point hebdomadaire qui confirme que le Strato reste droite dans ses bottes en étant bien froide et plutôt stérile aux ondes atmosphériques.

En U10 hPa à J+10 on note juste un frémissement en périphérie, pas de quoi alimenter pour le moment un scénario à onde n°1, ou alors ce sera pour plus tard.

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Le froid au niveau du Pole Nord est largement en dessous des moyennes.

A 10 hPa.

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Et encore plus à 30hPa, c'est très impressionnant.

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Le vent Zonal se porte toujours bien et notamment au 60° Nord qui reste la référence pour les renversements des vents Zonaux de fin de saison.

Il subsiste un indice négatif du QBO à 10hPa sur l'équateur en novembre (-55)

Idem en basse strato à 100hPa(-52)

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Un petit coup de rétro sur les régimes Cassou qui sont logiquement dominés par la NAO+, avec de l'AR lors de nos coups de polaire maritime en Novembre et du BL par omniprésence des HP sur l'Europe.

Seul la NAO- manque à l'appelle mais on sait pourquoi au vue des éléments que l'on connaît de notre récurrence actuelle.

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Prochain point, quand cela bougera réellement, ou au gré de ma motivation.

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Merci Skye Blue,

Je suis désolé de te poser les questions qui suivent, car j'ai beau avoir lu les posts précédents, je ne comprend pas quelle est la cause de ces records de froid et si cela peut avoir un impact sur la troposphère ou sur nos (chaudes) températures actuelles au sol.

Mille excuses si cet élément a déjà été évoqué.

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